Critique : Dolemite Is My Name – Original Gangsta

Affiche de "Dolemite Is My Name", sur laquelle Eddie Murphy apparaît au premier blanc dans le costume blanc du célèbre Dolemite. Au second plan, on découvre un montage révélant tous les personnages secondaires.

Treize ans après le superbe Black Snake Moan, Craig Brewer troque la mélancolie du blues contre l’énergie de la funk avec Dolemite Is My Name. Pour le rôle principal de ce biopic diffusé sur la plateforme Netflix, le réalisateur a fait appel à Eddie Murphy, qui effectue un retour en grâce. Le comédien se glisse ici dans la peau de Rudy Ray Moore, figure emblématique de la Blaxploitation devenue célèbre grâce au personnage de Dolemite.

Le long-métrage démarre au début des années 70, époque à laquelle notre héros est au creux de la vague sur le plan artistique. Après avoir été danseur et chanteur, Rudy Ray Moore travaille chez un disquaire de Los Angeles. En pleine panne d’inspiration, Moore est un jour happé par les récits en rimes d’un sans-abri prénommé Rico. Convaincu que ces élucubrations ont le potentiel de fonctionner sur scène, le chanteur décide d’endosser le costume d’un personnage de l’une d’entre elles : le légendaire et inénarrable macro Dolemite, aussi réputé pour ses prouesses sexuelles que pour son kung-fu imparable, et spécialisé dans la démolition de gros enfoirés.

L’héritage qu’a laissé Rudy Ray Moore dans la culture hip-hop est considérable, notamment grâce à sa prose vulgaire, son personnage de « pimp » et son arrogance teintée d’une savoureuse nonchalance. Pourtant, s’il est encore possible d’entendre le nom de Dolemite dans les chansons de Snoop Dogg, qui l’avait d’ailleurs embauché pour le clip de Murder was the case, celui de Moore avait tendance à se faire oublier. C’était sans compter sur le talent de Craig Brewer et du grand Eddie Murphy, qui dévoilent avec leur long-métrage l’humanité d’un véritable artisan de la musique et du cinéma, davantage poussé par l’envie de représenter une communauté mise de côté à Hollywood que par les élans égotiques qui caractérisent le héros qu’il a popularisé.

Photo tirée de "Dolemite Is My Name", sur laquelle D'Urville Martin, incarné par Wesley Snipes, est assis à la table d'un strip club en compagnie d'une jeune femme.

Au-delà des ellipses parfois hasardeuses et du manque d’ampleur accordé à la reconstitution, ce sont l’audace, la solidarité et le talent rejeté de Rudy Ray Moore que l’on retient avant tout de Dolemite Is My Name. Du réalisateur Craig Brewer à Eddie Murphy, en passant par les excellents seconds rôles campés par Keegan-Michael Key, Craig Robinson et Da’Vine Joy Randolph, la joie de participer à ce projet est palpable chez chacune des personnalités impliquées dans le projet. Mention spéciale à Wesley Snipes, formidable et hilarant dans le rôle de l’acteur D’Urville Martin.

Certes, les secondes chances inespérées et autres récits d’outsider sont monnaie courante dans le paysage du cinéma américain. Mais ces thématiques sont abordées avec tellement de cœur, de second degré et de recul par Craig Brewer que son film en devient profondément attachant. C’est lorsque Rudy Ray Moore et ses acolytes se lancent dans la réalisation d’un long-métrage que l’intrigue se révèle être la plus passionnante.

Après avoir résumé succinctement le come-back inattendu du protagoniste, la création et l’exploitation de Dolemite – personnage inédit pour l’époque et politiquement incorrect -, ainsi que son envie d’aller encore plus loin en concurrençant Shaft et Coffy, Brewer prend le temps de s’attarder sur le tournage de ce film. En résulte des séquences passionnantes, tournées dans le véritable studio improvisé de Rudy Ray Moore à Los Angeles, où la débrouillardise associée à la créativité, l’humour et l’entraide, donnent naissance à des idées aussi ingénieuses que barrées.

Photo tirée de "Dolemite Is My Name ", sur laquelle le personnage incarné par Eddie Murphy avancent fièrement dans les rues de Los Angeles.

S’il n’avait pas le corps de Jim Brown et Billy Dee Williams, comme aimaient lui rappeler les producteurs, Moore avait en revanche un charisme unique et une persévérance à toute épreuve, auquel le réalisateur rend brillamment hommage. Avec ce film, Craig Brewer entend donc rendre à Dolemite ce qui est à Dolemite, ressuscitant au passage la carrière d’Eddie Murphy, véhicule d’émotions dont l’aura est intacte et qui tient ici l’un des rôles de sa vie.

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Critique : Ad Astra – Au nom du père

Affiche d'Ad Astra, qui dévoile le regard inquiet de Brad Pitt dans une tenue d'astronaute.

Dans un futur proche, la recherche d’une autre forme de vie est devenue l’une des quêtes majeures de l’humanité. L’astronaute Clifford McBride était chargé de mener l’exploration spatiale dans le but de trouver des réponses, mais a mystérieusement disparu depuis une vingtaine d’années. Alors que la survie de la Terre est menacée, les directeurs du programme décident d’envoyer son fils Roy dans l’espace, convaincus qu’il est encore vivant.

Première incursion de James Gray dans la science-fiction, Ad Astra permet au cinéaste de continuer à explorer les liens familiaux, son thème de prédilection. Après le retour au foyer de Little Odessa, la recherche d’une sœur dans The Immigrant ou encore les retrouvailles entre deux frères dans La nuit nous appartient, le réalisateur s’intéresse au rapport père/fils avec cette quête initiatique que n’aurait pas renié Joseph Conrad.

À l’instar de l’ouvrage Au cœur des ténèbres, mais également de The Lost City of Z, le long-métrage prend le temps de rappeler que l’important n’est pas la destination, qui ne manque jamais de décevoir tant les attentes sont généralement hautes, mais les différentes étapes pour y arriver. Ici, Roy McBride s’aventure dans un espace partiellement colonisé, ouvertement désigné comme le Far West, pour retrouver un père qu’il ne connaît plus et qu’il n’a finalement jamais connu.

Photo tirée du film "Ad Astra", sur laquelle Brad Pitt se tient dans un long tunnel et regarde vers l'objectif, en tenue d'astronaute.

Véritable machine dévouée à la cause qu’il est censé servir, sans pour autant en connaître les rouages, le héros semble vide de toute émotion, excepté les regrets. Au-delà de la voix-off souvent sur-explicative du film, c’est le jeu renfermé de Brad Pitt, qui nous offre ses regards les plus touchants depuis L’assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford, qui met parfaitement en valeur le pragmatisme de son personnage.

Son périple l’amènera logiquement vers la redécouverte des émotions et des sentiments, qu’il s’agisse de la culpabilité, la peur ou le besoin d’aimer. Parsemé de séquences inattendues et flirtant parfois avec l’horreur, d’échanges brefs mais décisifs avec les personnages incarnés par Ruth Negga et Donald Sutherland, Ad Astra est avant tout une initiation à la redécouverte de soi par la solitude la plus extrême dans un milieu inconnu, hostile et immensément vide.

Photo tirée du film "Ad Astra", sur laquelle le personnage de Brad Pitt apparaît de dos, en tenue d'astronaute. Sur Mars, le personnage vient de sortir d'un tunnel et s'apprête à avancer vers une navette.

Le film apparaît ainsi comme une réponse à The Lost City of Z, qui se plaçait du point de vue du père aventurier et absent, prêt à tout pour découvrir une cité perdue. Comme dans ce dernier, l’ambition et la recherche obstinée, pourtant censées nous aider à comprendre notre place dans le monde, semblent aboutir sur l’échec, le repli sur soi et la désillusion. Ces notions sont ici symbolisées par le souvenir de Clifford McBride, interprété par Tommy Lee Jones, que son fils Roy doit remettre en cause s’il espère lui-même ne pas sombrer.

Si ces questionnements sont loin d’être neufs au cinéma, James Gray prouve, au même titre qu’Alfonso Cuarón, Christopher Nolan ou encore Duncan Jones, que l’espace permet de les sublimer. Afin de magnifier l’épure visuelle du film, il aurait peut-être fallu diminuer la voix-off, qui souligne inutilement les interrogations existentielles que les images traduisent de manière limpide. Elle n’empêche néanmoins pas l’émotion de décoller et d’imposer Ad Astra comme une expérience cinématographique singulière, avec laquelle James Gray continue pourtant de creuser un sillon ouvert il y a 25 ans, audacieuse par sa manière d’explorer le vide et surtout très réussie.

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Critique : Les Oiseaux de passage – Il était une fois dans l’Ouest

Affiche de Les Oiseaux de passage, sur lequel une femme incarnée par Natalia Reyes est vue de profil en tenue prénuptiale et se confond avec le ciel. Dans la partie basse de l'affiche, on retrouve d'autres personnages alignés, menés par José Acosta, et armés.

À la fin des années 60, en Colombie, Rapayet et Zaida se marient dans la tradition du peuple Wayuu. Quelques années plus tard, au début des années 70, Rapayet se lance dans le commerce de marijuana avec de jeunes Américains. Après une période florissante, le trafiquant voit son empire s’effondrer progressivement, et son âme disparaître.

La façon dont Ciro Guerra et Cristina Gallego, réalisateur des Oiseaux de passage, croisent la culture Wayuu avec les codes du film de gangsters est brillante. À l’inverse du Parrain, le long-métrage ne s’ouvre pas sur un mariage mais sur une danse prénuptiale superbement filmée. Après la jungle tropicale de L’Étreinte du serpent, c’est dans le désert que les réalisateurs plongent immédiatement le spectateur pour ne plus l’en sortir.

Photo tirée des Oiseaux de passage, sur laquelle la famille des personnages incarnés par José Acosta et Natalia Reyes est alignée.

À mesure que le film avance, les conditions de vie des personnages évoluent, contrairement aux étendues arides et statiques qui les entourent. En acceptant de traiter avec des étrangers dans un pays où le capitalisme réussit à se frayer un chemin, Rapayet et sa famille tournent le dos aux mœurs de leur culture et finissent même par les bafouer.

Dès lors que le personnage se lance dans la vente de drogue, des présages apparaissent, annonçant par le biais de rêves et d’hallucinations sa chute et celle de son entourage. Si la famille ne les ignore pas, elle a en revanche bien du mal à les accepter pour tenter de se racheter. Une fois que l’engrenage infernal est lancé, et que le profit est privilégié au détriment du code d’honneur des Wayuu, il devient inutile d’espérer un quelconque apaisement.

Photo tirée des Oiseaux de passage sur laquelle une femme vue de dos dans le désert observe deux hommes aux visages masqués par des linges blancs.

Les Oiseaux de passage parvient donc à immerger pleinement son audience dans une culture, à lui faire comprendre l’impact que l’histoire du pays a pu avoir sur elle, et à dévoiler ses préceptes avec des séquences symboliques mais suffisamment sobres pour ne pas verser dans un mysticisme caricatural. Pour cela, le long-métrage présente des personnages archétypaux et suit une trame narrative que n’auraient pas renié Jean-Pierre Melville, Francis Ford Coppola ou encore Martin Scorsese.

La place fondamentale des messagers, des conseillers, des hommes de main et de certains membres de la famille rappelle évidemment certains classiques du genre. Par ailleurs, le découpage du récit en différents chapitres, ou plutôt en différents chants, confèrent à cette fresque l’épaisseur qu’elle mérite. Les ellipses accentuent le poids des années, des péchés accumulés, des trahisons et raccourcissent le compte à rebours du temps qu’il reste à Rapayet avant de payer.

Alors qu’ils croyaient à une possible rédemption, Rapayet et Zaida, interprétés par les excellents José Acosta et Natalia Reyes, voient leurs espoirs être anéantis avec une cruauté sans nom dans le dernier acte des Oiseaux de passage. Cette conclusion contient d’ailleurs certaines des séquences les plus fortes et les plus fascinantes vues cette année, où la violence rend le calme assourdissant du désert particulièrement oppressant, et la fuite de ses protagonistes d’autant plus illusoire.

Les Oiseaux de passage est disponible en DVD et Blu-ray.

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Critique : Once Upon a Time… in Hollywood – La Porte du paradis

Affiche de Once Upon a Time... in Hollywood, sur laquelle on découvre un montage des trois personnages principaux incarnés par Leonardo DiCaprio, Brad Pitt et Margot Robbie, avec les collines de Hollywood en fond.

Los Angeles, 1969. Rick Dalton est une star du petit écran à la ramasse, qui peine à retrouver la gloire d’antan après avoir tenté sa chance au cinéma. Pour se remonter le moral, le comédien peut toujours compter sur la présence de son acolyte Cliff Booth, sa doublure cascade au passé trouble. Pendant que l’acteur tente de remonter la pente à cette époque charnière pour Hollywood et les États-Unis, la comédienne Sharon Tate, alors en pleine ascension, et son mari Roman Polanski s’installent dans une maison voisine de la sienne sur Cielo Drive.

En plus d’être une référence évidente à la trilogie de Sergio Leone, le titre du neuvième film de Quentin Tarantino sonne comme celui d’une fable et d’une invitation au voyage. Un périple dans le paradis perdu du réalisateur, celui du déclin hollywoodien, avant qu’un nouveau chapitre ne débute grâce à des cinéastes comme Arthur Penn, Monte Hellman, Dennis Hopper ou encore Robert Altman.

Photo de Leonardo DiCaprio dans Once Upon a Time... in Hollywood, sur laquelle il saute de l'arrière d'un pick-up, fusil à pompe en main.

Si l’admiration de Quentin Tarantino pour ces metteurs en scène n’est plus à présenter, celle pour des acteurs injustement oubliés comme Ralph Meeker ainsi que pour des séries B mises de côté, à l’image de la franchise des Tony Rome portée par Frank Sinatra, est aussi bien connue. C’est cette dernière que le cinéaste veut mettre en exergue dans Once Upon a Time… in Hollywood en se focalisant sur Rick Dalton et Cliff Booth, deux vestiges du passé aussi attachants qu’ambigus.

22 ans après le grand Jackie Brown, le cinéaste nous offre une nouvelle virée déroutante dans Los Angeles au côté du duo instantanément culte formé par Leonardo DiCaprio et Brad Pitt. Le premier part dans un registre outrancier et exploite les névroses de son personnage à l’excès, livrant ainsi sa performance la plus caustique et la plus folle depuis Django Unchained.

Photo de Brad Pitt devant sa Cadillac, à l'entrée d'un ranch, dans Once Upon a Time... in Hollywood.

Plus qu’un simple comédien dépassé, Rick Dalton symbolise toute une époque que Tarantino ressuscite à travers des digressions savoureuses, que ce soit de faux extraits, des moments de tournage ou encore de fausses publicités. Ce sont ces dernières qui, si le spectateur a du mal à se laisser happer par l’ambiance, peuvent s’avérer fatigantes. Mais le voyage passionnant, qui passe d’un genre à l’autre avec une aisance déconcertante, vaut véritablement le détour et s’impose comme l’un des événements cinématographiques de l’année, capable de susciter une multiplicité d’interprétations.

En ce qui concerne Cliff Booth, taiseux ultra charismatique soupçonné d’avoir liquidé son épouse parce qu’elle était trop bavarde, il semble représenter un véritable défouloir pour le réalisateur. Ce dernier iconise Brad Pitt comme jamais auparavant, ce qui n’est pas une mince affaire, et lui offre les scènes les plus tendues et les plus démesurées du long-métrage. Son passage dans le ranch occupé par la « Famille » de Charles Manson est par exemple l’une des meilleures séquences du film, durant laquelle Tarantino remet le pied sur l’accélérateur en nous offrant le duel magistral, et hilarant, entre un homme et une secte.

Photo de Margot Robbie, dans la peau de Sharon Tate, dansant au milieu d'une pool party dans Once Upon a Time... in Hollywood.

Au millieu de cet apparent foutoir, bien plus cohérent qu’il n’y paraît, se dresse Sharon Tate. Ombre qui plane sur la totalité du long-métrage, en partie à cause du sort tragique qui l’attend la nuit du 9 août 1969, l’acolyte de Dean Martin dans Matt Helm règle son compte incarne les rêves et les envies de cinéma du réalisateur, qu’il ne veut définitivement pas laisser s’échapper. Les regards que Margot Robbie lance au public et à l’écran d’une salle obscure font d’ailleurs partie des plus beaux moments de Once Upon a Time… in Hollywood.

Quentin Tarantino s’accorde une once de mélancolie dans l’ultime plan du film, comme s’il avait du mal à quitter ses personnages, rappelant au passage au spectateur qu’il s’agit bien là d’une fable et que le champ des possibles est tout simplement infini au cinéma. Depuis le fabuleux Avé César des frères Coen, on n’avait pas vu plus bel hommage à la machine à rêves américaine.

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Critique : Santiago, Italia – La chute

Affiche de Santiago, Italia, sur laquelle le réalisateur contemple de haut la ville de Santiago avec au loin, les sommets enneigés des Andes.

Trois ans après le somptueux Mia Madre, Nanni Moretti a sorti en début d’année Santiago, Italia, documentaire sur le coup d’État militaire du général Pinochet organisé au Chili. En convoquant de nombreux militants et soutiens du président Salvador Allende, ainsi que des militaires chiliens, le cinéaste s’intéresse à cette page cruciale de l’histoire du pays, et aux efforts que l’Italie a mis en œuvre pour accueillir des réfugiés.

Avec ce film, le réalisateur rappelle ainsi l’engagement du gouvernement et du peuple italiens envers des personnes cherchant à fuir l’effondrement d’un pays. Cela lui permet de dire ce qu’il pense de la situation politique actuelle en Italie, en mettant notamment en lumière la gratitude des Chiliens ayant réussi à échapper à la dictature.

Photo d'une image d'archive tirée du documentaire "Santiago, Italia", sur laquelle on peut voir l'ambassade d'Italie accueillant des dissidents après le coup d'État militaire de 1973.

Ce propos prend une ampleur considérable grâce à la scission du documentaire en plusieurs chapitres, qui vont de la joie provoquée par l’élection de Salvador Allende à l’arrivée des dissidents en Italie. L’émotion se fait sentir dès que les partisans évoquent le bouleversement social apporté par le président chilien, et se renforce lorsqu’ils racontent le coup d’État du 11 septembre 1973. Ils se souviennent ensuite de l’incertitude qui régnait dans les rues de Santiago à cette période, de la peur de mourir, du camp de prisonniers qu’est devenu le Stade national de la capitale et des tortures que certains ont subies.

Si les réactions face caméra filmées par Nanni Moretti sont suffisamment parlantes, le regret de ne pouvoir accéder à davantage d’images d’archives se fait parfois sentir. Ces dernières sont toujours puissantes et particulièrement évocatrices de la gravité des faits en train de se jouer. Que ce soit lors du bombardement de la Moneda, le palais présidentiel, ou de la découverte du corps d’une révolutionnaire lancé par-dessus les murs de l’ambassade d’Italie, qui accueillait les réfugiés, le spectateur est soufflé aussi bien par les vidéos d’époque que par les prises de parole.

Photo tirée du documentaire "Santiago, Italia", sur laquelle Nanni Moretti échange avec un ancien militaire chilien emprisonné.

Nanni Moretti donne donc son point de vue sur l’Italie contemporaine et son discours n’a nullement besoin d’être prononcé tant les images, l’orientation de ses questions et la pertinence des témoignages parlent pour lui. Le réalisateur ne masque à aucun moment son opinion, comme il le rappelle à un militaire emprisonné qui lui demande d’être impartial, ce qu’il refuse. Documentaire qui sonne comme une piqûre de rappel, Santiago, Italia jette un regard passionnant sur le passé pour éviter la désillusion bornée.

Santiago, Italia est disponible en DVD.

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