Critique : L’esprit de Caïn – La mauvaise éducation

Affiche de L'esprit de Caïn de Brian De Palma sur lequel John Lithgow est de face et affiche un regard très inquiétant. Son visage est coupé par une ligne qui évoque en un clair comme pour scinder en deux le personnage avec une partie négative. En bas à gauche, nous voyons le personnage de Lolita Davidovich et Steven Bauer s'étreindre.

Pédopsychiatre réputé, Carter Nix a un comportement étrange et obsessionnel vis-à-vis de sa fille Amy. Après avoir abandonné sa carrière pour se consacrer à son éducation, Carter a des attitudes qui inquiètent de plus en plus sa femme Jenny. Lorsqu’elle trompe son mari, Jenny le voit se transformer et découvre une personnalité meurtrière qu’elle n’aurait jamais pu soupçonner.

Film maudit de Brian De Palma auquel on a souvent reproché son montage hasardeux, L’esprit de Caïn est un thriller dans lequel le cinéaste installe une tension permanente et offre comme à son habitude de géniales idées de mise en scène qui servent un récit décousu mais passionnant.

Dès l’ouverture, le cinéaste ne laisse que peu de doutes sur l’éventuelle pathologie de Nix qui l’amènera à commettre des meurtres sordides. Le spectateur découvre rapidement Caïn, l’autre personnalité du pédopsychiatre bien plus désinhibée et prédisposée au sale boulot qui permet à John Lithgow de livrer une prestation volontairement grotesque et réjouissante. Dans le cadre étouffant que représente la voiture de Nix, la première scène révèle la folie du pédopsychiatre et son obsession envers sa fille et les enfants.

Photo de John Lithgow dans le rôle de Caïn dans L'esprit de Caïn de Brian De Palma. Le personnage est assis dans la voiture et discute avec Carter, son autre personnalité que l'on devine à la place du conducteur.

Maître du thriller psychologique, Brian De Palma donne dans cette introduction quelques clés sur son personnage principal. Cela n’enlève rien au suspense de l’intrigue puisque la narration bascule ensuite vers un autre personnage. S’il le fait de façon moins virtuose que dans Pulsions, le réalisateur captive tout autant lorsqu’il nous présente Jenny, la femme de Carter qui voit un amour du passé ressurgir tout en étant de plus en plus consciente des dérives de son mari quant à l’éducation de leur fille.

Dans ce deuxième acte où Carter est vu d’un regard extérieur, le personnage apparaît tour à tour pathétique puis menaçant, notamment lors d’un cauchemar magistralement mis en scène en trois temps durant lequel De Palma biaise la frontière entre le rêve et la réalité.

Le spectateur se perd dans des ellipses mais se rattrape grâce aux indices donnés puis aux révélations faites sur la maladie de Carter qui font une nouvelle fois basculer le film. Avant Shyamalan, De Palma explorait le trouble dissociatif de l’identité, ce qui donne lieu à des séquences inattendues où le chasseur devient la proie avant de laisser Caïn reprendre le contrôle des événements.

Photo tirée du film L'esprit de Caïn réalisé par Brian De Palma. Il s'agit d'un plan penché dans un escalier qui correspond à un plan séquence où l'on suite la psychiatre incarnée par Frances Sternhagen et des policiers dans un commissariat.

Les signes révélés tout au long de l’œuvre prennent alors tout leur sens et si le montage met de côté Jenny dans la première partie puis Carter dans la deuxième, le spectateur a néanmoins saisi tous les enjeux et la nature des protagonistes avant l’ultime chapitre qui clôt habilement un récit dans lequel on aime se perdre.

L’esprit de Caïn laisse un souvenir trouble et si l’on a du mal à situer certaines séquences, l’ambiance tantôt oppressante, tantôt romantique mise en avant par la musique lancinante de Pino Dinaggio est profondément marquante. Si De Palma semble se montrer plus optimiste que dans certains de ses films lors du dénouement, le plan final relève toute la noirceur, l’ironie et l’étrangeté fascinante de ce thriller sous-estimé duquel ressortent des séquences aussi mémorables que celles de ses chefs d’œuvre établis.

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Critique : Message from the King – Le Solitaire

Affiche de Message from the King de Fabrice du Welz sur laquelle nous voyons la main du héros entourée d'une chaîne ensanglantée avec au loin devant lui, les bâtiments de Los Angeles. Il s'agit d'un dessin et seul le sang est en couleur.

Après avoir reçu un inquiétant message de sa sœur, Jacob King quitte l’Afrique du Sud pour lui rendre visite à Los Angeles. A son arrivée, il découvre qu’elle est morte dans de terribles circonstances et se lance à la recherche des responsables.

Polar dont le pitch semble totalement dénué d’originalité, Message from the King est un solide film de genre qui marque la première incursion de Fabrice Du Welz à Hollywood. Epaulé par l’excellent Chadwick Boseman, le réalisateur de Calvaire et Colt 45 réussit à créer un personnage mémorable autour duquel le mystère est permanent.

Lorsque Jacob King débarque à Los Angeles, il n’a que 600 dollars en poche et une adresse à laquelle sa sœur ne vit plus depuis longtemps. Alors que le spectateur s’attend à voir le héros plonger dans un engrenage infernal, King fait immédiatement preuve d’un sang froid et d’une concentration qui rappellent Mr Majestyk, l’agriculteur imprévisible interprété par Charles Bronson dans le film culte de Richard Fleischer.

Photo de Chadwick Boseman dans Message from the King de Fabrice du Welz sur laquelle on distingue le visage de Chadwick Boseman à travers une vitre marquée par la pluie. Il semble faire nuit.

Ne révélant rien sur son personnage hormis le fait qu’il a grandi dans les Cape Flats avec son frère et sa sœur, Fabrice Du Welz donne au fil de l’œuvre une véritable aura à son protagoniste. S’il débarque dans la ville poisseuse que William Friedkin décrivait dans Police Fédérale Los Angeles, King ne semble jamais impressionné et encore moins déstabilisé par l’environnement auquel il s’adapte rapidement.

Le héros mène la danse dans chaque conversation et réussit à enquêter à partir du moindre détail. Néanmoins, ses agissements ne sont jamais présentés de façon spectaculaire et le long métrage s’écarte de productions récentes à l’image de John Wick 2. Fabrice Du Welz évite habilement toute surenchère et donne les clés sur King dans une scène finale qui le place aux côtés des icônes du cinéma de genre des années 70.

L’action est peu présente et le rythme ralentit dans la deuxième partie où les protagonistes gagnent en épaisseur, à commencer par Jacob King mais également sa voisine de motel interprétée par Teresa Palmer. Au-delà de sa vengeance, ce sont les flous sur son passé et ses talents qui nous intéressent et que Fabrice Du Welz dévoile au compte-gouttes.

Photo de Chadwick Boseman et Teresa Palmer discutant face-à-face dans un café de Los Angeles dans le film Message from the King de Fabrice du Welz.

Message from The King aborde le vigilante movie de façon plausible sans pour autant perdre en radicalité. Le réalisateur n’a aucun mal à créer une atmosphère pesante et à insuffler de la brutalité à son récit, notamment lorsque Boseman cogne avec une chaîne, arme fétiche du héros qui colle parfaitement à sa personnalité. La violence est expéditive car King ne prend aucun plaisir à en faire usage. C’est cette cohérence entre son caractère et les choix que l’on découvre à l’écran qui font que Message from the King est une série B bien plus efficace que bon nombre de longs métrages récents.

Le pragmatisme de King surprend de bout en bout. A mesure que la conclusion se rapproche, sa ruse se ressent de plus en plus dans la mise en scène, notamment lors des séquences de combat sèches et maîtrisées.

La chaleur et la corruption de Los Angeles rendent le héros vulnérables mais il ne verse jamais dans les discours mièvres sur son passé, la justification de ses capacités ou la dénonciation de ses ennemis à travers des états d’âme faciles. Jacob King se rapproche davantage du Michael Caine de Get Carter que du Liam Neeson de Taken et s’impose sans difficulté comme l’un des personnages les plus badass du cinéma d’action de ces dernières années.

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Critique : L’homme aux mille visages – L’arnaqueur

Affiche de L'homme aux mille visages d'Alberto Rodriguez sur laquelle le héros se tient au centre de l'affiche debout et une multitude de ses ombres sont autour de lui.

Trahi par son gouvernement, Francisco Paesa est engagé pour résoudre une affaire de détournement de fonds qui pourrait engendrer un véritable scandale en Espagne. L’ancien agent secret voit à travers cette proposition la possibilité de se venger et de récupérer une somme colossale.

Présenté comme un homme qui a tout perdu et qui ne paraît pas spécialement malin dans les premières séquences, Francisco Paesa est l’un des protagonistes les plus intéressants que l’on ait vu au cinéma depuis le début d’année. Dès le départ, Alberto Rodriguez brouille les pistes en confiant la voix off à un personnage secondaire et perd le spectateur dans un enchaînement de flashbacks et d’ellipses.

La musique et le montage dynamique contrastent avec la nature extrêmement calme et réservée de Paesa. Chacun des personnages qui l’entourent pense l’avoir cerné, à commencer par Luis Roldán, l’ancien directeur de la garde civile accusé de corruption sur lequel Paesa exerce un contrôle total. S’il a le même talent et la même facilité pour convaincre que Frank Abagnale, le héros d’Arrête moi si tu peux, Paesa n’a pas sa candeur et son désir de revanche ne s’exprime qu’à travers de rares regards. En cela, le titre du film résume parfaitement l’escroc.

Photo de José Coronado et Carlos Santos dans le film L'homme aux mille visages d'Alberto Rodriguez. Coronado présente deux passeports aux autorités d'un aéroport et Santos se tient juste derrière lui, à sa droite.

Si L’homme aux mille visages souffre de quelques baisses de rythme, Alberto Rodriguez n’a aucun mal à faire douter le spectateur de la finalité d’un scandale qui secoua l’Espagne dans les années 90. Le public est baladé entre les nombreux enjeux et les différents états d’âme des seconds rôles. A plusieurs reprises, le projet de Paesa semble compromis. L’homme est en réalité redoutable et le puzzle finit de s’assembler dans la dernière demi-heure où tous les protagonistes apparemment importants s’effondrent une fois que leurs ficelles sont lâchées.

La conclusion paraît expéditive mais elle synthétise à merveille le côté insaisissable d’un homme qui a su faire tomber un gouvernement. Dans ses silences, ses observations et sa façon de ne jamais dévoiler ses intentions, Paesa rappelle Smiley, l’agent secret interprété par Gary Oldman dans La Taupe qui servait une toute autre cause.

Photo d'Eduard Fernandez dans le film L'homme aux mille visages d'Alberto Rodriguez où l'homme est dans Paris, semble observer quelque chose tout en fumant une cigarette. Il porte des lunettes de soleil.

Francisco Paesa est un marionnettiste féroce que l’on trouve pathétique avant de percevoir sa jubilation lorsque sa vengeance commence à se concrétiser. Alberto Rodriguez n’expose jamais ses convictions morales et laisse les autres protagonistes se justifier avant de chuter les uns après les autres.

Le cinéaste réussit, à travers une reconstitution impeccable, à dévoiler les motivations d’un individu insondable sans jamais les exprimer clairement. On comprend la grandeur de son influence une fois que le film est terminé. Porté par l’excellent Eduard Fernández (Truman, La méthode), Francisco Paesa est un personnage qui demeure longtemps dans l’esprit du spectateur pris de court par son plan dévoilé avec brio par le réalisateur de La Isla Mínima.

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Critique : A voix haute – Seine-Saint-Denis Style

Affiche d'A voix haute de Stéphane de Freitas et Ldj Ly sur laquelle un étudiant parle devant une assemblée. On ne distingue que sa bouche et sa main en mouvement.

Depuis 2013, le concours Eloquentia organisé à l’université de Saint-Denis élit les meilleurs orateurs du 93. A voix haute suit le parcours de plusieurs participants durant l’édition 2014-2015. Entre exercices d’écriture et d’expression orchestrés par des professionnels, le groupe va étudier la façon de construire son argumentaire avant de le communiquer devant une assemblée.

Réalisé par le créateur du concours Stéphane de Freitas et Ladj Ly, membre de Kourtrajmé à qui l’on doit le court métrage Les Misérables, A voix haute retranscrit aussi bien l’essence d’Eloquentia que l’investissement que les participants du groupe y apportent.

En filmant la formation d’étudiants issus de parcours divers qui souhaitent relever le défi, les réalisateurs dévoilent au spectateur la naissance d’un groupe qui se soude à mesure que les exercices s’enchaînent. Les différentes disciplines enseignées, qui vont du slam à la plaidoirie, permettent de réévaluer le débat comme un outil de progression indispensable. Elles offrent également aux participants la possibilité de révéler leur singularité, ce qui donne lieu à des scènes de confrontation ou de monologues drôles, touchantes et surtout extrêmement spontanées.

Photo d'une session de formation où les étudiants communiquent et rient pour préparer le concours Eloquentia, présenté dans le documentaire A voix haute.

Parsemé d’interludes où l’on découvre le quotidien de certains étudiants, A voix haute ne paraît jamais didactique. L’empathie envers les personnalités que l’on voit évoluer est totale. Plus Eddy, Leïla, Souleïla et Ehladj paraissent à l’aise et déterminés à l’approche du concours, plus le spectateur comprend leurs raisons et leurs envies de relever le défi que représente Eloquentia. Grâce à cette construction narrative qui distille au bon moment des scènes de vie où les participants racontent leur histoire, le public ressent davantage leur implication et l’importance qu’ils mettent dans la formation.

Le film s’ouvre et se termine sur un souffle lancé avant de prendre la parole qui résume à la fois la difficulté de s’exprimer et l’audace dont font preuve les participants. Lorsque les épreuves débutent, le spectateur a l’impression de connaître les étudiants et l’attention devant leurs plaidoiries est totale. En cela, A voix haute atteint parfaitement son objectif et l’on est complètement captivés par les mots de ces orateurs talentueux.

Photo des participants du concours Eloquentia présentés dans le documentaire A voix haute. On les voit saluer et remercier leur auditoire.

Alors que les jurys formés notamment de Leïla Bekhti, Edouard Baer et Kery James découvrent pour la première fois les étudiants, les choix pour leur plaidoirie prennent tout leur sens pour le public. On est ravi de voir certains se tourner vers un exercice volontairement théâtral tandis que d’autres optent pour une approche plus poétique. Leurs discours procurent plus d’énergie et de sourires que les comédies en salles en ce moment. La créativité qui émane des jeunes et des réalisateurs d’A voix haute nous rappelle sans prétention et avec beaucoup d’émotion les bienfaits de la parole.

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Critique : Django – Paris Blues

Affiche du film Django d'Etienne Comar sur laquelle nous découvrons Django Reinhardt au milieu de l'affiche, assis et jouant de la guitare. Les personnages secondaires sont autour de lui. La lumière est centrée par Reda Kateb.

En 1943, Django Reinhardt est le roi du jazz dans la capitale française occupée par l’armée allemande. Lorsque la propagande nazie lui demande d’effectuer une série de concerts en Allemagne, Django voit sa vie bouleversée et prend la fuite pour tenter de rejoindre la Suisse.

Après une première séquence tragique dans les Ardennes, Django révèle la vie insouciante de Reinhardt en pleine Occupation. Le contraste est immédiatement marqué et la star du jazz manouche semble bien loin de la guerre et ses retombées, notamment sur les Tsiganes envoyés dans des camps.

En dehors de la scène, Django se laisse porter par sa réputation et son entourage mais dès qu’il s’installe avec sa guitare, l’artiste capte immédiatement l’attention. La première démonstration de son talent permet de voir Reinhardt vivre pleinement sa musique et la communiquer avec une aisance folle. En observant Django sur scène après une courte présentation dans laquelle on aperçoit une vedette apparemment égoïste, le spectateur découvre une personnalité surprenante et imprévisible.

Photo de Reda Kateb souriant et jouant de la guitare avec son groupe dans le film Django d'Etienne Comar qui revient sur la vie de Django Reinhardt.

Tous les passages musicaux du long métrage ont une importance capitale. Etienne Comar n’a aucun mal à insuffler du rythme dans sa mise en scène qui s’accorde avec les morceaux et entraîne le public. Alors qu’il n’hésite pas à utiliser le swing malgré son interdiction au début de l’œuvre, les compositions de Django évoluent avec le récit qui relate son exil de Paris.

Au fil du film, ses performances gagnent en engagement et le jazzman revendique de plus en plus son intégrité artistique. L’évolution de sa réflexion se ressent notamment lors de la composition de l’hommage aux Tsiganes qu’il ne jouera qu’une seule fois. Lorsque la fuite n’est plus une option, le rythme du jazz de Django perd en frénésie pour mieux faire sentir au spectateur l’isolement du musicien alors qu’il semblait indifférent à la situation en Europe lorsqu’il était au sommet de sa gloire.

S’il relate des faits réels, Etienne Comar prend avec Django de nombreuses libertés dans son portrait du jazzman afin de mieux développer le tiraillement qui l’anime. Django Reinhardt a besoin de se produire mais est obligé de se cacher. Sa conscience artistique change alors qu’il est confronté aux impacts de la guerre sur son pays et ses proches. Lors des échanges avec des résistants et des soldats allemands, Django passe du détachement à une implication à laquelle il tente d’échapper dans toute la première partie du film.

Photo tirée du film d'Etienne COmar où l'on voit Reda Kateb et Cécile de France face-à-face discutant autour d'un lac.

C’est sur ce cheminement qu’Etienne Comar axe son long métrage, qui traite à la fois du sort des Tsiganes durant la guerre mais également de la remise en question de Reinhardt sur sa façon de percevoir et créer du jazz. Sa fougue, ses peurs, sa joie et son courage se mêlent et sont parfaitement retranscrits par Reda Kateb, choix idéal pour incarner la figure du jazz qui passe sans cesse de la fragilité au besoin de lutter.

Django captive dans cette manière d’aborder toutes les facettes de la star. Fasciné par son personnage, Etienne Comar s’applique à ne négliger aucun trait de caractère, à rendre authentiques des échanges profondément émouvants notamment lorsque l’on perçoit l’influence sur Reinhardt des autres protagonistes, à commencer par celles interprétées par Cécile de France et Beáta Palya.

Le scénariste de Mon roi et Des hommes et des dieux n’oublie aucun détail. Ce souci de mettre en avant des rapports profonds apporte à l’œuvre une véritable tension lorsque les protagonistes se retrouvent traqués ou pris au piège par l’armée allemande. Django conjugue habilement un sujet ignoré avec la vie en temps de guerre d’une icône vulnérable mais guidée par sa musique.

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