Critique : 11.6 – Braquage à la française (C’est tout de suite moins classe)

Affiche du film 11.6 de Philippe Godeau sur laquelle on distingue François Cluzet en gros plan, en train de se retourner.

On attendait quelque chose de vraiment intéressant avec 11.6, un polar à la française apparemment prenant et efficace. On savait qu’il n’y aurait pas de séquences d’action époustouflantes mais nous voulions pénétrer dans l’esprit de Toni Musulin, un personnage énigmatique aux agissements mystérieux.

Musulin, c’est ce convoyeur de fonds lyonnais qui a un jour décidé de partir avec le fourgon qui contenait 11,6 millions d’euros. L’homme s’est rendu à la police quelques jours après ce que certains ont surnommé « le casse du siècle ».

Le long métrage de Philippe Godeau démarre plutôt bien et se révèle dans sa première partie très intéressant. On s’immerge dans le quotidien de Musulin, un homme ordinaire qui subit la pression de ses patrons et décide de s’insurger contre le système. François Cluzet (Ne le dis à personne) est brillant dans la peau de ce taiseux au comportement douteux. Philippe Godeau (Un dernier pour la route) fait comprendre à son spectateur que l’on ne sait pas grand-chose de l’homme et que ses proches non plus. On sent Musulin méthodique et déterminé mais l’on ne connaît jamais le fond de sa pensée.

On comprend le choix du réalisateur mais si l’on s’était rendus en salles, c’était pour en savoir plus sur l’affaire mais également pour tenter de connaître les motivations de ses actes, quitte à ce que ces éléments relèvent de la pure supposition et de la fiction. Godeau est en constante retenue sur son approche du bonhomme et décide de ne pas prendre parti. Même s’il n’a jamais rencontré le criminel et qu’il s’est inspiré d’un livre sur le sujet, il ne prend finalement aucune liberté et le spectateur a l’impression de se faire berner. Le souci de réalisme devient finalement le gros problème du long métrage qui aurait pu n’être qu’un énième épisode de Faites entrer l’accusé. Musulin fait du jogging. Musulin fait des pompes. Musulin aime les voitures de luxe. Et après ? Les possibilités qu’offrait ce parcours inhabituel sont inexploitées, on reste dans le flou total jusqu’au bout et Godeau n’ose pas faire d’hypothèses, sous prétexte que l’homme n’a jamais dévoilé ses intentions et que l’on ne pourra jamais les connaître.

Photo de François Cluzet et Bouli Lanners assis dans l'espace de repos des convoyeurs de fond dans le film 11.6.

On aurait aimé que le réalisateur nous donne son point de vue sur les deux millions qui n’ont jamais été retrouvés. On aurait aimé connaître les raisons du braquage et même si nous les comprenons en partie, 11.6 n’est jamais explicite. Quand le générique de fin apparaît, on se dit qu’on aurait dû en rester à la page Wikipédia du détenu et aux quelques interviews qui ont été données. Godeau n’a pas vraiment d’histoire à raconter et il ouvre son film en faisant croire à son spectateur qu’il va faire une découverte surprenante alors qu’au final, il repart bredouille. Pourtant, 11.6 n’est pas ennuyeux mais c’est son manque d’audace et le fait de ne pas sortir des conventions qui nous agacent profondément.

11.6 est une œuvre trop plate et creuse pour convaincre son spectateur. Si le film est très propre dans sa réalisation et son interprétation, il lui manque cependant une histoire à raconter et surtout le point de vue d’un cinéaste qui préfère rester muet, tout comme le personnage qu’il met en scène.

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