Critique : 2 days in New York – Une frenchie dans Manhattan

Affiche du film 2 Days In New York sur laquelle Julie Delpy et Chris Rock sont côte à côte devant un New York très éclairé.

Pour la suite de la surprise 2 days in Paris, la sympathique Julie Delpy nous emmène cette fois-ci dans les rues de Manhattan, terrain de jeu de Martin Scorsese et Woody Allen. En apprenant que la réalisatrice gardait le même concept, à savoir les relations dans un couple franco-américain lorsque celui-ci est confronté à la famille et à la culture de l’un des deux conjoints, on pouvait se demander si cela avait vraiment un intérêt et si l’on se laisserait séduire une deuxième fois.

Divorcée de Jack (Adam Goldberg), son compagnon du premier épisode, Marion vit désormais avec Mingus, avec qui tout se passe pour le mieux. Ils élèvent leurs deux enfants de leur précédent mariage ensemble et aucun problème ne perturbe leur quotidien. Jusqu’à l’arrivée de la famille de Marion…

Le film se divise en deux parties. La première est celle de la rencontre entre Mingus et les proches de Marion. Les quiproquos sont parfois à mourir de rire, les situations aussi. Delpy a l’intelligence d’allier son humour avec celui de Chris Rock, acteur aux mauvais choix récurrents mais véritable légende du Saturday Night Live et du One Man Show aux Etats Unis. Il trouve d’ailleurs ici l’un de ses meilleurs rôles, irrésistible dans sa gestuelle et son faciès lors des scènes d’incompréhension totale avec ces français barjots, mais également lorsqu’il s’adresse à une pancarte de Barack Obama à laquelle il se confie à travers des monologues anodins. Delpy n’appuie pas sur le côté politique du personnage, et ne gave pas son spectateur. La mentalité bourgeoisie new-yorkaise se fait ressentir sans jamais tomber dans l’outrance et le stéréotype, et l’on ne peut s’empêcher de penser au Allen de la grande époque. Elle amène avec finesse des répliques qui font mouche à chaque reprise, à travers cette famille de beaufs remplie de préjugés dont on ne peut que rire, à l’image du « c’est un black, il est cool » ou « c’est le seul noir de New York qui ne fume pas d’herbe ».

Photo de Chris Rock et Albert Delpy côte à côte dans un sauna dans le film 2 Days in New York de Julie Delpy.

Après avoir enchainé les gags de ces touristes stupides tous interprétés par des acteurs excellents, elle nous emmène dans la seconde moitié du film plus profonde, touchante et symbolique qui reprend certains thèmes amenés l’air de rien au début de l’œuvre. L’héroïne, Marion, est photographe, expose dans une galerie new yorkaise et a décidé de vendre son âme, littéralement. Delpy nous parle de sa condition à la fois d’artiste et de femme et nous dit d’une très belle manière qu’elle ne peut pas être l’une sans être l’autre. Dans une jolie séquence avec un invité surprise très bien choisi, elle se révèle touchante et sincère et l’on comprend que le cinéma représente sa vie, qu’elle a besoin de lui pour s’affirmer comme la personne qu’elle est. Ca peut paraître prétentieux mais Delpy a l’art de rompre tous ces éléments métaphoriques par des revirements de situation burlesques qui nous prouvent qu’elle ne s’est pas perdue en chemin pour dévier sur un trip auteuriste et nombriliste bavard.

2 days in New York est drôle, joyeux, émouvant, très bien interprété et mis en scène. Julie Delpy est une réalisatrice qui a son univers propre et qu’on reconnaît immédiatement, ce qui fait sacrément plaisir pour cette semaine de cinéma qui nous a offert des œuvres plutôt ternes ou redondantes.

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