Critique : 40 ans, mode d’emploi – Ma vie n’est pas une comédie romantique

Affiche du film 40 ans mode d'emploi de Judd Apatow sur laquelle Leslie Mann se brosse les dents pendant que Paul Rudd est sur les toilettes avec un iPad.

Le roi de la comédie, Judd Apatow (Funny People), continue son analyse du quotidien des américains et aborde aujourd’hui la crise de la quarantaine avec This is 40 qui bénéficie de l’horrible traduction 40 ans mode d’emploi en France, histoire de nous rappeler que les personnages principaux étaient deux rôles secondaires mais capitaux du deuxième film du cinéaste, En cloque mode d’emploi.

Cette fausse suite nous ramène donc vers Debbie et Pete qui connaissent une période difficile et qui ont du mal à surmonter leurs problèmes de couple, de famille et financiers.

La banalité du scénario est en vérité sa grande force. Nous sommes confrontés à la vie de deux protagonistes auxquels n’importe quel quadragénaire pourra s’identifier. Le film est très ancré dans la culture américaine mais les situations que vivent les deux héros sont universelles et anti spectaculaires. Nous sommes dans le réel et 40 ans mode d’emploi n’est pas, à l’inverse de la plupart des comédies romantiques hollywoodiennes, destiné à vous vendre du rêve. Ici, il n’y a pas de fioritures, on se montre nos hémorroïdes, on chie la porte ouverte, on prend du poids car on ne mange pas que des crudités.

Apatow s’exhibe en nous racontant l’histoire de ces deux êtres perdus. Il met une nouvelle fois en scène sa femme, Leslie Mann, ainsi que ses deux filles et l’on voit que toute la bande s’amuse à retranscrire des situations qui sentent le vécu. On pourrait se foutre royalement de leur vie et affirmer qu’il y a un côté très narcissique dans toute cette entreprise.

Mais Apatow est un véritable auteur. S’il se sert de son expérience, c’est pour en tirer un scénario solide. Le réalisateur sait que l’on est toujours meilleur lorsqu’on parle de choses que l’on connaît et que l’on comprend. Son long métrage est hilarant mais toujours touchant. Comme dans Funny People, il utilise un ton plus acerbe que dans ses deux premières œuvres. Il met en scène des séquences parfois très dramatiques mais le fait avec du recul. Si l’on est émus par les réactions de Pete et Debbie, on ne s’apitoie jamais sur leur sort et Apatow n’oublie pas que son spectateur est là pour rire et surtout prendre du plaisir. En ce sens, certaines scènes comme la confrontation du couple avec leur père respectif sont excellentes car l’on ne peut s’empêcher de s’esclaffer malgré la gravité du propos.

Photo de Paul Rudd et Leslie Mann dans le film 40 ans mode d'emploi de Judd Apatow. Avec leurs filles, les deux parents posent pour une photo de famille en pyjama à l'occasion d'un anniversaire. Ils ont du gâteau sur le visage.

Le reproche que l’on peut faire à 40 ans mode d’emploi, c’est qu’il manque de linéarité. On a parfois l’impression d’assister à une succession de sketchs qui n’ont pas toujours de lien entre eux. Mais Apatow tient le rythme et l’on ne voit pas les deux heures passer. On ressort avec la banane de la séance grâce à la fin brillamment amenée. La tendresse qui émane du long métrage est un ravissement et le film respire bien plus la sincérité que la plupart des œuvres du genre.

Si Paul Rudd (I love you man) et Leslie Mann sont excellents, Apatow n’hésite cependant pas à s’entourer de seconds rôles choisis avec soin. On retrouve des nouveaux membres de sa «famille» comme Chris O’Dowd (Good Morning England) et Melissa McCarthy (Mes meilleures amies) et des anciens comme le fabuleux Jason Segel (Les Muppets), dont chaque apparition est toujours la garantie de fous rires. La présence de Megan Fox (Transformers), Albert Brooks (Taxi Driver) et John Lithgow (Blow Out) est plus étonnante mais tout aussi justifiée car les trois comédiens font preuve d’un second degré réjouissant.

40 ans mode d’emploi est probablement le film le moins réussi d’Apatow mais le roi conserve son trône et a encore une bonne longueur d’avance. On espère qu’avec cette œuvre, il réussira à acquérir la reconnaissance qu’il mérite en France et arrêtera de passer inaperçu. Il est temps que les Boule et Bill et compagnie disparaissent pour laisser place à l’humour, le vrai.

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Une réponse à Critique : 40 ans, mode d’emploi – Ma vie n’est pas une comédie romantique

  1. L'accro aux dvd dit :

    Je l’ai vraiment trouvé d’un bon calibre malgré le nombre de critiques négatives qui fleurissent sur le web.
    Il subsiste quelques longueurs mais le propos général se tient et peut même nous amener à réfléchir. Un bon cru pour ma part.

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