Critique : Animal Kingdom – « Tu y mets le pied, tu y laisses les genoux »

Affiche du film Animal Kingdom de David Michôd sur laquelle nous découvrons la famille de gangsters réunie devant sa maison.

Révélation de l’année 2011, David Michôd signe son premier film avec Animal Kingdom après plusieurs courts métrages et documentaires. Il y décrit le quotidien d’une famille de criminels qui œuvre dans les rues de Melbourne. Parmi eux, le jeune Cody, qui se retrouve dans cet univers malgré lui suite à la mort de sa mère par overdose. Perdu entre ses oncles, sa grand-mère et les autorités, il est tiraillé et devra tôt ou tard choisir son camp.

La première chose qu’il faut dire est que le scénario du film n’a, au premier abord, rien de bien original. Michôd nous sert une énième histoire de gangsters dont on croit connaître l’issue. Et là où le metteur en scène est très intelligent, c’est qu’il dupe les spectateurs avec sa réalisation qui vient contrecarrer la naïveté du script. En ne prenant pas parti pour ses protagonistes, il les rend aussi imprévisibles qu’effrayants. La caméra laisse une distance entre eux et nous au lieu de s’y intégrer comme c’est souvent le cas dans les récents films du genre (The Town, Les Infiltrés). Nous ne sommes pas là pour nous identifier à eux mais seulement pour les observer. En regardant Cody évoluer parmi ces individus, nous sommes témoins de son égarement, de sa difficulté à prendre des décisions. Nous ne cernons pas immédiatement les personnages et les préjugés que l’on avait avant le visionnage se transforment petit à petit en doutes.

L’autre aspect intéressant de l’œuvre est que Michôd ne victimise en rien Cody. Il n’a certes pas choisi d’entrer dans ce milieu mais il finit par comprendre qu’il peut s’en sortir. Le choix ne dépendra que de lui. Voudra-t-il prendre la relève de la famille ou aspire-t-il à une vie meilleure ? L’acteur est parfaitement choisi. Avec son air un peu stupide et son incapacité à s’exprimer, le jeune James Frecheville est parfait à l’image du reste du casting. Les terribles Jacki Weaver et Ben Mendelsohn effectuent des prestations mémorables. Joel Edgerton est une vraie star en devenir et Guy Pearce (La route, L.A. Confidential) continue à se construire une carrière solide du côté du cinéma indépendant.

Avec une approche narrative qui s’écarte des habituels œuvres retraçant le parcours d’enflures, Animal Kingdom est un film qu’il faut voir si vous êtes amateurs du genre, ou non. On lui reprochera tout de même quelques longueurs mais ne passez pas à côté de ce long-métrage fort, brutal et réaliste.

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