Critique : Au delà – La mort aux trousses

Affiche du film Au-delà de Clint Eastwood sur laquelle Matt Damon est face à l'objectif alors que Cécile de France est de profil. Un enfant marchant devant une plage est visible en bas de l'affiche.

Depuis 2006, Clint Eastwood nous a livré 7 films, soit un par an. Parmi eux, il y en a qui sont de véritables chefs d’œuvres incontestables tels les deux longs métrages qui relatent la guerre d’Iwo Jima à travers le point de vue des deux ennemis (Mémoires de nos pères, Lettres d’Iwo Jima) ou Gran Torino dans lequel il s’offrait l’un de ses plus beaux rôles. Les autres ont parfois divisé, étant considérés par certains comme des éléments mineurs de sa filmographie où à l’inverse comme des pierres qui fortifient son édifice déjà bien solide. C’est le cas d’Au delà. Là où les Cahiers voient l’un des films les plus aboutis de l’homme, beaucoup n’y ont trouvé qu’une adaptation mélodramatique remplie de clichés destinée à un public crédule.

Le film s’ouvre avec l’un des événements les plus tragiques de ce début du XXIème siècle, le tsunami de décembre 2004. Cécile de France se retrouve prisonnière des eaux meurtrières avant de vivre une expérience entre la vie et la mort qui ne la laissera pas indemne. Eastwood a soigné sa mise en scène, les effets spéciaux sont fluides et de qualité et le spectateur ressent le désastre et le sentiment d’effroi des victimes. Mais quelque chose cloche. On a l’impression que Clint peut faire beaucoup mieux, qu’il a préféré se cacher derrière le point de vue du personnage de Cécile de France pour ne pas trop en montrer. La scène est plus que correcte mais paraît trop simple pour un artiste de son acabit. On sait que l’homme préfère filmer à l’instinct, qu’il tourne vite et l’on se rassure en se disant que le raz de marée n’est pas le sujet principal du long métrage.

Photo de Matt Damon allongé dans un lit et pensif dans le film Au-delà de Clint Eastwood.

Vient ensuite la présentation du personnage de Matt Damon, ancien médium qui n’arrive pas à vivre sa vie normalement. Sa « malédiction » lui cause du tort et il n’en peut plus de passer pour une bête de foire. Le segment le concernant est celui que j’ai préféré. Damon met en avant un aspect sensible de son jeu que l’on n’a pas souvent eu l’occasion de voir. La solitude de son personnage, délaissé par son entourage, traumatisé par ses souvenirs avec les défunts, est touchante. Eastwood le filme dans un environnement obscur avec une superbe photographie et l’on est convaincu par le parcours de ce protagoniste intéressant qui ne parvient pas à s’extraire de sa noirceur quotidienne. Il en de même pour celui du jeune Marcus qui vient de perdre son frère jumeau dans un terrible accident et qui souhaite absolument communiquer avec lui. En revanche, en ce qui concerne les passages dans l’Hexagone, on frôle la catastrophe. L’interprétation sonne fausse et Eastwood tombe dans une facilité exaspérante, n’évitant pas certains clichés du pays des baguettes, comme cet insupportable air à l’accordéon. Il ne parvient pas à éviter les stéréotypes avec lesquels Allen et Scorsese ont habilement joué dans Minuit à Paris et Hugo Cabret. Cécile de France ne parvient pas à sauver les meubles, et l’on en arrive à être irrité par les apparitions parisiennes, n’attendant plus que les deux autres intrigues.

Photo de Clint Eastwood sur le tournage de son film Au-delà.

Cette simplicité et ce manque de subtilité, on le ressent dans d’autres scènes du film, notamment lors de la mort du jeune Jason pourtant très bien amenée et lors des flottements dans l’entre deux, rendus à travers une esthétique pas vraiment réussie. De plus la fin mielleuse donne l’impression que Clint s’arrange pour tout boucler en quinze minutes, tirant des ficelles improbables, à l’image de la publication soudaine du livre de Cécile de France. C’est dommage, on aperçoit parfois quelques fulgurances, comme la scène du métro londonien, la romance entre Bryce Dallas Howard et Matt Damon ou la recherche du jeune Marcus d’un médium digne de confiance.

Eastwood aborde la mort avec spontanéité et signe une œuvre émouvante qui convaincra également en fonction des croyances et des relations que nous portons tous avec l’au-delà et la mort. Malheureusement, certains gros défauts plombent le long métrage et nous laissent l’impression que Clint est essoufflé et qu’il livre un travail à la va-vite. On voit que le sujet lui tient à cœur, qu’il maîtrise son scénario mais que ce dernier n’est justement pas à sa hauteur, tout comme sa mise en scène plutôt fade. Sa peur de manquer de temps, totalement compréhensible, se fait trop ressentir. Mais aucun doute, la grandeur, il l’emportera avec lui, quoi qu’il en soit.

Ce contenu a été publié dans Critiques. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *