Critique : Beetlejuice – Une époque formidable

Affiche du film Beetlejuice sur laquelle le personnage titre et les spectres interprétés par Geena Davis et Alec Baldwin surplombent la maison qu'ils hantent.

Il fut un temps durant lequel Tim Burton savait se renouveler et nous offrir des longs métrages uniques, créatifs et loin de la soupe grand public dans laquelle il se perd depuis un certain nombre d’années, même si l’on attend toujours ses nouveautés avec enthousiasme et espoir. Cette époque est celle d’Edward aux mains d’argent, d’Ed Wood ou de Batman mais aussi de Beetlejuice, qui a été restauré en Blu Ray pour notre plus grand plaisir.

Lorsqu’Adam et Barbara meurent dans un accident de voiture, ils découvrent qu’ils sont forcés de rester 125 ans dans leur demeure avant de pouvoir parcourir le monde des défunts. Mais très vite, les nouveaux propriétaires débarquent et décident de faire de gros changements dans la maison, ce qui déplaît beaucoup au couple. Pour les faire partir afin de retrouver la tranquillité, il va falloir leur faire peur. Et pour cela, Beetlejuice est l’homme parfait.

Si Burton avait mis en scène ce film en 2012, il aurait probablement choisi Johnny Depp, qui en aurait sûrement trop fait dans le rôle du mort vivant déjanté et se serait concentrer uniquement sur le personnage, laissant de côté l’intrigue et les autres protagonistes. C’est d’ailleurs ce qu’il a fait sur Dark Shadows, déception à pratiquement tous les niveaux qui reprenait tous les éléments du premier gros succès du cinéaste. Les zombies sont devenus des vampires, les fabuleux décors ne sont plus que des effets spéciaux écœurants, l’humour recherché à travers la confrontation avec la famille ne fonctionne plus et les prestations magistrales se sont transformées en cabotinages de comédiens qui ont beaucoup de mal à se renouveler.

Même si Beetlejuice a beaucoup vieilli, il continue à nous en mettre plein la vue et l’œuvre respire la sincérité d’un cinéaste qui préférait nous dévoiler son art coûte que coûte, même si cela devait lui attirer les foudres de nombreux spectateurs. En effet, le long métrage de Burton peut déplaire tant il est excentrique et opte pour un véritable parti-pris artistique, à l’image des deux opus de Batman très cartoonesques réalisés par le bonhomme.

Photo de Michael Keaton dans le film Beetlejuice de Tim Burton. L'acteur incarne le rôle titre et fanfaronne dans un cimetière.

Burton imposait sa vision des choses, Alec Baldwin (Les infiltrés) était encore mince, Geena Davis (Au revoir à jamais), Winona Ryder (Edward aux mains d’argent) et Michael Keaton (Batman) trouvaient encore des rôles à la hauteur de leur talent. C’était le bon temps. Keaton effectue un exercice de style magistral dans le rôle du bio-exorciste grossier et pervers et capte plus notre attention en quelques scènes que tout le reste du casting pourtant excellent. Johnny Depp devrait en prendre de la graine.

On sent que Burton tente de retrouver l’inspiration de ses débuts. Mais il n’assume plus ses délires jusqu’au bout, préférant livrer des films plats, calibrés et prévisibles. Ce qui nous plaît réellement chez l’artiste, c’est son don de pouvoir nous captiver avec des œuvres totalement foutraques, déstructurées, risquées mais toujours maîtrisées, à l’image de Mars Attacks, autre grosse bêtise jouissive que le cinéaste nous a livrée durant sa « grande période ». Aujourd’hui, Burton pourrait-il encore inclure dans ses longs métrages un serpent à tête humaine qui reluque le postérieur d’une gentille dame ? On en doute fortement.

En attendant Frankenweenie, n’hésitez pas à (re)découvrir cette perle du genre, rien que pour une scène d’anthologie rythmée par le grand Harry Belafonte et pour la prestation d’un Michael Keaton enragé au sommet de son art. Tim, fais nous plaisir, arrête les productions Disney, remets toi aux champignons et donne nous encore des chefs d’œuvre de cette trempe, que tu es le seul à pouvoir mettre en boîte.

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