Critique : Blanche Neige et le Chasseur – Recyclage sympathique

Affiche du film Blanche Neige et la Chasseur sur laquelle nous voyons les trois personnages principaux côte à côte.

Après le très kitsch mais intéressant Blanche Neige de Tarsem Singh (The cell), voici le retour de la princesse dans une adaptation plus sombre, plus violente mais également plus féérique. Depuis le début de cette pseudo compétition entre les deux nouvelles réappropriations du conte des frères Grimm, celle de Rupert Sanders était pour nous beaucoup plus alléchante. Paysages magnifiques, créatures démoniaques et angéliques, combats apparemment épiques, tous ces éléments nous ramenaient vers certains des plus grands mythes de l’Heroic Fantasy. Mais le résultat s’est-il avéré à la hauteur de nos attentes ?

Lorsque la belle Ravenna s’empare du trône, tout le royaume de Blanche Neige sombre dans les ténèbres. Notre héroïne, l’héritière légitime de la couronne, est enfermée dans une tour du château durant de nombreuses années. Quand la reine apprend que la jeune fille est la seule capable de lui offrir l’immortalité, elle décide de dévorer son cœur. Mais Blanche Neige parvient à s’échapper et s’enfonce dans la terrifiante forêt obscure. C’est à cet endroit qu’elle tombe sur le Chasseur, homme mystérieux qui connaît les bois mieux que personne et a pour ordre de la ramener, puis de la tuer.

Lourde tâche que de réadapter un conte qui a déjà été décliné en dessin animé, série, téléfilms et autres longs métrages, dont un sorti la même année. Pour son premier passage à la réalisation, Rupert Sanders a préféré s’éloigner de toute la mièvrerie et la naïveté de Disney pour nous proposer une œuvre plus adulte. Cependant, même s’il met de côté certains de ces prédécesseurs, il s’inspire néanmoins de nombreux autres univers de l’Heroic Fantasy, à l’image de celui de George R. Martin (Game of thrones) mais surtout celui de Tolkien (Le seigneur des anneaux). Vous retrouverez donc des similitudes entre la relation fraternelle qui unit Ravenna et Finn et celle de l’abominable couple des Lannister. Lorsque vous verrez Blanche Neige traverser des montagnes accompagnée par 7 nains, nul doute que vous penserez à la Communauté de l’Anneau et ses sympathiques Hobbits. Certains plans sont même quasiment identiques. C’est d’ailleurs le gros problème de Blanche Neige et le Chasseur. Sanders peine à trouver sa marque de fabrique, et pioche dans les images de Ridley Scott (Gladiator), Guillermo Del Toro (Le labyrinthe de Pan) ou encore Tim Burton (Sleepy Hollow).

Photo de Chris Hemsworth et Kristen Stewart dans le film Blanche Neige et le Chasseur. Le Chasseur protège Blanche-Neige en la cachant derrière un arbre.

Les images sont belles, la richesse des décors ainsi que la post production exemplaire nous en mettent plein la vue mais il est difficile de ne pas voir à travers Blanche Neige et le Chasseur tous ces mondes qui ont bercé notre enfance et adolescence. Après une première partie assez noire qui pose les bases et met en place les enjeux dramatiques, Sanders nous emmène dans une contrée du royaume plus rayonnante, où l’aspect poétique est bien mis en avant, notamment avec le personnage de Bob Hoskins, leader des nains, qui sont par ailleurs tous interprétés par d’excellents comédiens (Ray Winstone, Ian McShane, Nick Frost, Eddie Marsan, Toby Jones…). Mais la douceur est de courte durée et la tempête est rapidement de retour. Dans la dernière demi-heure, la grande bataille promise arrive mais elle est décevante. En effet, les scènes de combat sont majoritairement foutraques et manquent d’audace.

Le Chasseur, qui représente la grosse nouveauté, est très bien développé et Chris Hemsworth (Thor) parvient à lui conférer l’épaisseur qu’il mérite. Même s’il n’a pas le charisme que Viggo Mortensen avait apporté à Aragorn, il n’en reste pas moins attachant et les scénaristes réussissent même à ne pas tomber dans tous les stéréotypes de l’homme charmant hanté par un traumatisme. Quant à Charlize Theron (Young Adult) et Kristen Stewart (Twilight), il n’y a rien à dire sur leur performance. La première prouve qu’elle est toujours à l’aise dans la peau d’une vicieuse tandis que la deuxième dégage la pureté nécessaire au personnage et n’est jamais la fillette pourrie gâtée plombée par belle-maman que l’on avait peur de voir à l’écran.

Même s’il souffre d’un gros manque d’originalité, Blanche Neige et le Chasseur est tout de même une superproduction sympathique portée par des effets spéciaux bluffants, une partition magnifique de James Newton Howard (Le village, Blood Diamond) et des interprètes impeccables. Dans ses meilleures moments, le film parvient même à nous toucher grâce à sa beauté et sa poésie. Il ne reste plus qu’à Sanders de trouver sa patte pour devenir un réalisateur à suivre et pas uniquement un faiseur correct.

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