Critique : Blanche Neige – Les frères Grimm version Bling-Bling

Affiche du film Blanche Neige de Tarsem Singh sur laquelle tous les personnages principaux sont réunis autour du miroir.

Une chose est sûre, Tarsem Singh a un univers qui lui est propre. Là où certains le qualifient de tâcheron et ne comprennent pas l’engouement pour ses films, d’autres y voient des trouvailles visuelles majestueuses. Chez Brozkinos, nous ne sommes pas vraiment amateurs. Après avoir découvert récemment son adaptation mythologique foireuse Les immortels, nous étions plus que sceptiques quant à sa réappropriation de Blanche Neige.

Cette année, deux films sont en concurrence pour séduire le public avec l’histoire de cette jolie brune à la peau claire. Le premier est celui dont nous parlons et le deuxième est Blanche Neige et le chasseur, réalisé par Rupert Sanders. Mais les deux abordent le conte des frères Grimm avec un ton très différent. Là où le film de Sanders paraît plus effrayant, sombre et adulte, Tarsem Singh a préféré nous offrir une version plus légère, onirique et comique.

Affiche du film Blanche Neige et le Chasseur sur laquelle l'héroïne est prête à combattre, accompagnée des sept nains.

Le cinéaste a du potentiel et du talent, c’est évident. Il parvient à mettre en boîte de jolies séquences comme une scène d’entraînement des sept nains qui sont ici voleurs et non mineurs, un combat sympathique entre Blanche Neige et le Prince Charmant ou encore un délire final qu’il est préférable de prendre au quinzième degré. L’introduction en animation est assez réussie et l’on est surpris car l’on attendait vraiment rien de cette œuvre dont la campagne marketing laissait présager le pire. Dans l’ensemble, le film est plutôt bien interprété. La charmante Lily Collins est convaincante et n’en fait jamais trop. A l’inverse, Julia Roberts s’en donne à cœur joie dans la peau de la reine machiavélique et le rôle lui sied à merveille.

Photo de Lily Collins arpentant un bois bleu dans le film Blanche Neige de Tarsem Singh.

Malheureusement, des qualités, Blanche Neige n’en a pas beaucoup en réserve. Singh nous emmène dans un royaume aux paysages plus que limités dans lequel le récit se concentre principalement entre la forêt et le château, à l’image du conte. Cependant, les décors kitschissimes sont redondants, cheaps et franchement pas convaincants. On reconnaît le style du cinéaste, sa patte graphique affirmée qui le distingue de tant d’autres réalisateurs plats et pompeurs, mais l’on tombe presque dans le mauvais goût. L’aspect comique de l’adaptation est totalement raté, et certains comédiens sont en roue libre à l’image du pourtant très bon Armie Hammer (J.Edgar, The Social Network) et de Nathan Lane (La souris). Les scènes de combat et les attaques des nains, badass mais lourds, sont victimes d’un montage charcuté et frôlent le ridicule. Singh équilibre mal son histoire, bavarde et trop lente avant de laisser place à une confrontation finale bâclée, appauvrie par des effets spéciaux indigestes et dont on ne retient que la présence d’un caméo réjouissant. Pour un film au budget qui s’élève à près de 100 millions de dollars, on peut qualifier le résultat de gâchis.

Dans ses meilleurs moments, Blanche Neige nous rappelle les films que l’on apprécie de Terry Gilliam (Les aventures du baron du Munchausen, Docteur Parnassus). Malheureusement, l’aspect poétique laisse place à des éléments comiques qui ne font jamais mouche et à un traitement très inégal du conte mythique des frères Grimm. Ne pouvant pas vraiment être qualifié de navet, Blanche Neige ravira à la fois les détracteurs de Singh qui pourront finir de l’achever et ses admirateurs car le cinéaste n’a pas délaissé son univers pour un blockbuster froid et aseptisé.

Ce contenu a été publié dans Critiques. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Une réponse à Critique : Blanche Neige – Les frères Grimm version Bling-Bling

  1. Voilà qui me refroidit sérieusement, même si je l’avais déjà en partie été après avoir vu la bande-annonce.
    Dans « Immortels », j’avais été déçu par le pauvreté des décors, apparemment c’est le même souci ici…décevant de la part de ce réal.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *