Critique : Carnage – La primitive attitude

Affiche du film Carnage sur laquelle nous découvrons plusieurs clichés des quatre acteurs principaux face à l'objectif, affichant des émotions différentes.

Pour son nouveau film, Roman Polanski s’est essayé à un genre qu’il n’a pas souvent expérimenté mis à part dans Le bal des vampires (1967) et Pirates (1986), la comédie. Et comme il l’avait prouvé avec The Ghost Writer l’année dernière, le papy au parcours tumultueux est toujours en forme.

Adaptation du livre de Yasmina Reza, Le dieu du carnage, le film est construit comme une pièce de théâtre. Les deux seules scènes extérieures sont situées dans une cour de récréation new-yorkaise où l’on voit des enfants jouer et se bagarrer. Pendant tout le reste de l’œuvre, nous sommes spectateurs d’une confrontation magistrale entre les couples parents de deux petits monstres ayant chahutés jusqu’à ce que les dents de l’un soient expédiées hors de sa bouche par l’autre.

Les adultes se retrouvent donc pour signer une déclaration à l’amiable. Au départ, tout se passe bien même si quelques réflexions fusent. Au fil de la rencontre, les comportements de chacun et les sujets de conversation deviennent une source de conflits et de règlements de comptes souvent ridicules et complètement inutiles.

La mise en scène n’a rien d’exceptionnel mais elle n’en reste pas moins captivante. Les champs/contre-champs s’enchaînent. La caméra est au plus près des acteurs pour mieux impliquer le spectateur et ainsi le faire rire ou le mettre mal à l’aise. Mais Polanski sait aussi faire respirer son public et s’éloigner de ses protagonistes avant de replonger à nouveau lorsque la discussion s’emballe. Le spectateur est donc partagé entre plusieurs émotions allant de l’euphorie jusqu’à la gêne.

Ce qu’il faut reconnaître dans Carnage, c’est la qualité de l’interprétation. Les acteurs sont excellents, incarnant des bourgeois new-yorkais censés être civilisés mais qui peuvent très vite retomber dans leur condition animale, à travers une violence jamais physique mais toujours verbale.

John C. Reilly est l’un des seconds rôles les plus talentueux des Etats Unis, à l’aise dans tous les registres. Depuis Inglourious Basterds (2009), Christoph Waltz poursuit son sans faute (on oublie Les Trois Mousquetaires). Jodie Foster n’a plus rien à prouver, et ce depuis très longtemps. Mais celle qui continue à vraiment nous surprendre, c’est Kate Winslet, qui enchaîne les tournages et les prix d’interprétation avec brio.

Carnage est un très bon exercice de style dans lequel on ne s’ennuie jamais et où l’on suit toujours avec grand plaisir cette joute verbale. Décidément, les difficultés de la vie privée de Polanski n’ont jamais altéré son talent cinématographique.

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