Critique : Cellule 211 – La claque débarque en DVD

Affiche du film Cellule 211 sur laquelle nous découvrons les trois protagonistes principaux sur un montage, devant un fond d'émeutes.

Si l’envie vous prend de regarder un bon film de genre mais que vous ne vous y connaissez pas plus que ça, Brozkinos vous conseille fortement de lorgner du côté du cinéma espagnol, qui représente probablement le meilleur en la matière. Cellule 211 en est encore une fois la preuve parfaite. Tiré d’un roman, scénarisé par Jorge Guerricaechevarría, compère du grand Álex de la Iglesia (Balada Triste), et Daniel Monzón, également réalisateur, le film nous plonge dans le milieu carcéral espagnol avec une puissance  que l’on n’imaginait vraiment pas.

Le pitch débute simplement, mais de manière rapide et ultra efficace. Juan vient de trouver un emploi comme gardien de prison. Un jour avant sa prise de poste, il est guidé par deux matons qui lui expliquent son travail et lui font faire un repérage des lieux. Le cadre est insalubre, le bâtiment est en train de s’effondrer et des rénovations sont en cours. Blessé à cause d’une chute de débris, Juan est emmené par ses futurs collègues dans la cellule 211 qui vient d’être vidée suite au suicide d’un détenu. Le souci, c’est qu’une émeute survient, et les partenaires du jeune employé n’ont pas le temps de le sortir de là car la situation dégénère très vite.

La tension s’installe dès l’entrée du film et l’on ne sait pas si le gardien aura ses chances de survivre face à tous les criminels menés par un prisonnier sorti de la division de haute surveillance, le redoutable Malamadre. Le spectateur est malmené pendant une première partie dotée d’un grand suspense, de péripéties inattendues et qui ne cessent de nous surprendre. Mais là où Cellule 211 s’écarte du simple thriller basique, c’est qu’il est agrémenté d’un propos social qui nous parle d’un côté des conditions de vie insalubres et dégueulasses des détenus qui revendiqueront leurs exigences pendant l’émeute, et de l’autre du terrorisme espagnol grâce à l’incursion de trois membres de l’ETA, l’organisation indépendantiste des pays basques et de leur importance pour le gouvernement espagnol, qui négociera pour les récupérer. Le scénario est parfait, complexe mais toutes les pistes aboutiront à une fin logique et réellement tragique. En développant tous ces personnages, Monzón réussit un exercice de style extrêmement difficile, mais il parvient à ne jamais perdre le spectateur et à le combler d’un point de vue visuel et dramatique, tout en argumentant son film d’un réel message.

Affiche de Cellule 211 sur laquelle Luis Tosar est pris au milieu de la prison en pleine émeute.

Le plus jouissif est que ce que nous venons de vous raconter ne constitue que la première partie. Allant plus loin et tapant plus fort, Monzón nous retourne un deuxième uppercut dès la fin de la première heure et fait vaciller son récit dans une cruauté et une brutalité qui nous bouleverseront, sans pour autant blinder son œuvre de séquences violentes. Il développe une psychologie des personnages remarquable, sans manichéisme et avec un réalisme rare. Le film bascule dans un drame humain qui nous laissera scotchés, où chacun des protagonistes devient imprévisible et n’agira que pour ses convictions et sa morale, n’hésitant pas à jouer constamment avec sa vie. Les interprètes sont remarquables, en particulier le très très bon Luis Tosar que l’on connaît pour ses prestations dans les films d’Icíar Bollaín (Te doy mis ojos, Même la pluie) ou pour son rôle de dealer dans Miami Vice.

Cellule 211 est sorti en 2009 en Espagne et est reparti vainqueur des Goya (Césars espagnols), remportant 8 statuettes. En deux heures, Monzón parvient à construire deux films qui ne nous amèneront jamais là où on les attend. L’une des œuvres carcérales les plus fortes jamais réalisées, dont on sort rincés et marqués. On aurait aimé voir le film au cinéma, mais malheureusement les distributeurs français ne lui accordent qu’une sortie en DVD. La galette est disponible depuis le 1er février et il faut absolument se la procurer.

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