Critique : Chinatown – L’ouragan de la malchance

Affiche du film Chinatown sur laquelle Jack Nicholson est dessiné en train de fumer une cigarette. Le visage de Faye Dunaway apparaît dans la fumée.

La première chose qui frappe dans Chinatown est la musique de Jerry Goldsmith. Avec son thème jazzy, doux mais teinté de mystère, celui qui fait partie des meilleurs compositeurs de musiques de films nous plonge directement dans l’ambiance. Nous sommes en 1974 et le génial musicien (Papillon, La malédiction) allait se faire sucrer l’Oscar par Nino Rota et Carmine Coppola pour Le parrain 2ème partie, la meilleure partition de la trilogie.

Après le générique vintage vient la scène d’exposition. Nous sommes à Los Angeles dans les années 30 et découvrons un détective, Jake J. Gittes (prononcez Guitesse, c’est important) abonné aux filatures qui permettent de découvrir les coucheries d’hommes ou femmes mariés. Rien de très glorieux en somme. Mais lorsqu’une jeune femme nommée Evelyn Mulwray frappe à la porte de son cabinet, c’est une enquête bien étrange qui démarre pour lui et l’emmènera au cœur d’une entreprise peu recommandable.

Photo de Jack Nicholson dans le désert avec un pansement sur le nez dans le film Chinatown de Roman Polanski.

A travers ce chef d’œuvre, Roman Polanski rend hommage au film noir dont il emprunte les codes avec brio, les respecte tout en apportant son style, son humour et une mise en scène magistrale. On pense aux livres de Raymond Chandler, à son personnage Philip Marlowe et au Grand sommeil d’Howard Hawks qui a sublimé cet individu hors norme brillamment incarné par Humphrey Bogart (Le port de l’angoisse). A l’inverse de Robert Altman (MASH) qui avait modernisé Marlowe dans l’excellent Le privé avec Elliott Gould un an avant Chinatown, Polanski préfère déclarer son amour au genre en effectuant un retour aux sources dans cet univers où la trahison est monnaie courante. Bénéficiant du scénario de Robert Towne (Yakuza), récompensé par un Oscar, Polanski développe à l’écran une histoire aux dialogues subtils, aux coups de théâtre qui ne laissent pas de marbre, encore surprenants aujourd’hui, et qui se termine sur une scène légendaire, pleine d’amertume et de nostalgie.

Dans le rôle de Gittes, Jack Nicholson (Vol au dessus d’un nid de coucou) trouve le ton parfait, alternant habilement entre nonchalance et détermination. Intelligent et décontracté, il apporte à Chinatown un humour irrésistible et ne se laisse jamais décourager malgré les coups bas et la poisse légendaire qui l’accompagnera jusqu’au bout de l’œuvre. Il est accompagné de Faye Dunaway (Bonnie & Clyde), la femme fatale, élément majeur du genre, qui cache de terribles secrets sous ses airs faussement détachés. Pour ponctuer son hommage, Polanski va jusqu’à inviter John Huston, réalisateur de films noirs majeurs tels que Le faucon Maltais (1941) ou Key Largo (1948), qui mettaient aussi en scène Bogart.

Photo de John Huston fumant un cigare et souriant sur le plateau du film Chinatown de Roman Polanski.

Si vous êtes amateurs de James Ellroy (L.A. Confidential) ou même du jeu vidéo L.A. Noire, Chinatown est fait pour vous. On y retrouve un Roman Polanski de la grande époque, au sommet de son art, à l’inspiration beaucoup plus grande que celle de ses derniers films, majoritairement décevants (Carnage, Oliver Twist).

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