Critique : 3 Billboards, Les panneaux de la vengeance – Doux, durs et dingues

Affiche de 3 Billboards - Les panneaux de la vengeance de Martin McDonagh. Sur des teintes orangées, on découvre le portrait de Frances McDorman au-dessus de trois panneaux publicitaires.

Alors que l’enquête sur le meurtre de sa fille violée et brûlée stagne, Mildred Hayes décide de lancer à un message à Bill Willoughby, le chef de la police d’Ebbing. En réquisitionnant trois panneaux publicitaires d’une route abandonnée pour dénoncer cette situation, Mildred Hayes sème une véritable pagaille dans la petite ville du Missouri.

Après Bons baisers de Bruges et 7 Psychopathes, le britannique Martin McDonagh fait une nouvelle fois la belle à ses personnages dans 3 Billboards – Les panneaux de la vengeance.

Le cinéaste, grandement aidé par la géniale Frances McDormand, réussit tout d’abord à créer une héroïne complexe, nuancée et extrêmement déterminée. La justice que réclame Mildred n’est pas vraiment une quête de vengeance, contrairement à ce que laisse penser le titre français. Ne s’attendant pas aux conséquences que son message provoquera, cette mère souhaite avant tout lever le voile autour du meurtre sordide de sa fille.

Photo de Sam Rockwell et Frances McDormand lors d'un face-à-face tendu dans 3 Billboards - Les panneaux de la vengeance de Martin McDonagh.

Il est difficile de prévoir l’enchaînement de péripéties qui découleront de cette volonté. Martin McDonagh développe en effet plusieurs protagonistes qui enchaînent les actes complètement inattendus, à l’image du policier xénophobe et ultra violent incarné par Sam Rockwell. La force du long-métrage est que ces actes sont toujours au service du récit.

Les idées que l’on se fait vis-à-vis des personnages ne cessent d’être bousculées et brisées. Après deux premiers films particulièrement réussis, Martin McDonagh confirme qu’il est extrêmement doué pour les ruptures de tons. En prenant à revers le spectateur avec l’évolution du trio qui porte long-métrage, le réalisateur dévoile leur fragilité et leur sensibilité avec brio.

Photo de Frances McDormand qui s'apprête à lancer un cocktail molotov par la fenêtre dans 3 Billboards - Les panneaux de la vengeance de Martin McDonagh.

Comme dans Bons baisers de Bruges, il jongle à merveille entre leur fatalisme et leur envie de progresser. Il confirme ainsi son talent pour passer d’un registre à l’autre, avec un sens du rythme nettement plus équilibré que celui de 7 Psychopathes. Le cinéaste réussit en effet à toucher le public à travers plusieurs climax émotionnels que l’on ne voit pas venir. Le spectateur ne s’attend par exemple pas à découvrir l’héroïne aussi heurtée lors d’un conflit avec son mari ou lorsque les panneaux prennent feu. La dernière réplique de l’œuvre est par ailleurs aussi surprenante que le reste du film. Elle laisse d’abord une sensation de frustration, qui s’efface ensuite au profit d’un large sourire.

Forcés de mettre de côté leurs sentiments à cause des événements auxquels ils ont fait face, les protagonistes imprévisibles mais profondément attachants de 3 Billboards s’imposent comme de belles figures brisées de l’Americana. Leur spontanéité provoque autant d’actes dramatiques que de passages hilarants. Quoi qu’il en soit, Martin McDonagh porte sur eux un regard plein de tendresse et laisse au spectateur le choix de la morale. Grâce à cela, 3 Billboards s’impose comme une œuvre tragique et parfois féroce, qui ne manque cependant pas de douceur à l’égard des sublimes anti-héros qu’il présente.

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