Critique : A Ghost Story – Nous nous sommes tant aimés

Affiche de A Ghost Story de David Lowery sur laquelle un fantôme vêtu d'un drap blanc se tient devant un fond brumeux et sombre.

Suite à son décès dans un accident de voiture, un homme revient dans sa demeure sous la forme d’un fantôme. Il observe alors sa compagne qui tente de reconstruire sa vie, ainsi que toutes les personnes et événements qui défilent à l’endroit où il a vécu.

Après la très bonne surprise que constituait Les amants du Texas, David Lowery a de nouveau fait appel au duo formé par Casey Affleck et Rooney Mara pour cette histoire d’amour tragique. Comme dans son précédent film, leurs retrouvailles sont impossibles et la distance qui les sépare est à la fois immense et minuscule.

Le postulat du long-métrage est particulièrement alléchant et laissait présager une puissance émotionnelle équivalente à celle de son prédécesseur. Malheureusement, on peine à s’attacher à M et C comme on s’attachait aux criminels séparés dès l’introduction des Amants du Texas.

Photo de Casey Affleck vêtu d'un drap blanc et observant Rooney Mara dans le film A Ghost Story de David Lowery.

L’écriture des protagonistes est volontairement réduite, voire inexistante, et cela annihile à de multiples reprises les effets dramatiques. La séquence où Rooney Mara écoute un morceau de musique symbolise cette sensation, et ce malgré l’effet de répétition du montage censé amplifié l’émotion.

Cette distance permanente que l’on a avec le couple ne nous quittera pratiquement pas, hormis lors de la conclusion qui atteint enfin l’effet escompté malgré son évidence. Là où le long-métrage de David Lowery impressionne, c’est avant tout dans sa représentation du temps, notamment grâce à certaines ellipses qui représentent à merveille l’errance d’un fantôme qui semble peu à peu oublier sa place dans le monde, à l’image des autres vagabonds qu’il croise.

Photo de Casey Affleck vêtu d'un drap blanc et observant par la fenêtre dans A Ghost Story de David Lowery.

L’espoir quitte peu à peu cet être abandonné qui révèlera sa part de noirceur dans certaines des scènes les plus intéressantes, dans lesquelles le fantôme vient hanter sa demeure. Malheureusement, elles sont de courte durée et sont ensuite gâchées par un discours nihiliste facile qui renforce le propos sur l’aspect éphémère de l’homme, asséné par un protagoniste secondaire qui vient dire ce que l’on n’avait surtout pas besoin d’entendre.

Les images de David Lowery suffisaient en effet amplement à véhiculer ce message et à dévoiler le basculement d’un fantôme qui souhaite seulement aller au bout de sa démarche avant de s’en aller définitivement. L’aspect contemplatif de l’œuvre est souvent gâché par des séquences appuyées du même type qui font perdre à A Ghost Story sa subtilité.

Malgré ces écueils, on se laisse emporter dans ce drame qui n’a hélas pas l’épure des œuvres de Kyoshi Kurosawa, à commencer par Vers l’autre rive, qui laissait la gorge nouée grâce à sa capacité à en dire énormément avec des images apparemment anodines. Après Les amants du Texas, A Ghost Story laisse donc un sentiment de déception mais vaut néanmoins le détour pour certaines séquences d’errance très réussies, ainsi que pour sa conclusion plus sobre et donc bien plus touchante que le reste du film.

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