Critique : Ad Astra – Au nom du père

Affiche d'Ad Astra, qui dévoile le regard inquiet de Brad Pitt dans une tenue d'astronaute.

Dans un futur proche, la recherche d’une autre forme de vie est devenue l’une des quêtes majeures de l’humanité. L’astronaute Clifford McBride était chargé de mener l’exploration spatiale dans le but de trouver des réponses, mais a mystérieusement disparu depuis une vingtaine d’années. Alors que la survie de la Terre est menacée, les directeurs du programme décident d’envoyer son fils Roy dans l’espace, convaincus qu’il est encore vivant.

Première incursion de James Gray dans la science-fiction, Ad Astra permet au cinéaste de continuer à explorer les liens familiaux, son thème de prédilection. Après le retour au foyer de Little Odessa, la recherche d’une sœur dans The Immigrant ou encore les retrouvailles entre deux frères dans La nuit nous appartient, le réalisateur s’intéresse au rapport père/fils avec cette quête initiatique que n’aurait pas renié Joseph Conrad.

À l’instar de l’ouvrage Au cœur des ténèbres, mais également de The Lost City of Z, le long-métrage prend le temps de rappeler que l’important n’est pas la destination, qui ne manque jamais de décevoir tant les attentes sont généralement hautes, mais les différentes étapes pour y arriver. Ici, Roy McBride s’aventure dans un espace partiellement colonisé, ouvertement désigné comme le Far West, pour retrouver un père qu’il ne connaît plus et qu’il n’a finalement jamais connu.

Photo tirée du film "Ad Astra", sur laquelle Brad Pitt se tient dans un long tunnel et regarde vers l'objectif, en tenue d'astronaute.

Véritable machine dévouée à la cause qu’il est censé servir, sans pour autant en connaître les rouages, le héros semble vide de toute émotion, excepté les regrets. Au-delà de la voix-off souvent sur-explicative du film, c’est le jeu renfermé de Brad Pitt, qui nous offre ses regards les plus touchants depuis L’assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford, qui met parfaitement en valeur le pragmatisme de son personnage.

Son périple l’amènera logiquement vers la redécouverte des émotions et des sentiments, qu’il s’agisse de la culpabilité, la peur ou le besoin d’aimer. Parsemé de séquences inattendues et flirtant parfois avec l’horreur, d’échanges brefs mais décisifs avec les personnages incarnés par Ruth Negga et Donald Sutherland, Ad Astra est avant tout une initiation à la redécouverte de soi par la solitude la plus extrême dans un milieu inconnu, hostile et immensément vide.

Photo tirée du film "Ad Astra", sur laquelle le personnage de Brad Pitt apparaît de dos, en tenue d'astronaute. Sur Mars, le personnage vient de sortir d'un tunnel et s'apprête à avancer vers une navette.

Le film apparaît ainsi comme une réponse à The Lost City of Z, qui se plaçait du point de vue du père aventurier et absent, prêt à tout pour découvrir une cité perdue. Comme dans ce dernier, l’ambition et la recherche obstinée, pourtant censées nous aider à comprendre notre place dans le monde, semblent aboutir sur l’échec, le repli sur soi et la désillusion. Ces notions sont ici symbolisées par le souvenir de Clifford McBride, interprété par Tommy Lee Jones, que son fils Roy doit remettre en cause s’il espère lui-même ne pas sombrer.

Si ces questionnements sont loin d’être neufs au cinéma, James Gray prouve, au même titre qu’Alfonso Cuarón, Christopher Nolan ou encore Duncan Jones, que l’espace permet de les sublimer. Afin de magnifier l’épure visuelle du film, il aurait peut-être fallu diminuer la voix-off, qui souligne inutilement les interrogations existentielles que les images traduisent de manière limpide. Elle n’empêche néanmoins pas l’émotion de décoller et d’imposer Ad Astra comme une expérience cinématographique singulière, avec laquelle James Gray continue pourtant de creuser un sillon ouvert il y a 25 ans, audacieuse par sa manière d’explorer le vide et surtout très réussie.

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