Critique : Albert à l’Ouest – Une sublime canaille

L’enfant terrible d’Hollywood est de retour. Seth MacFarlane, l’expert en blagues de pets à l’origine de Ted, des Griffin et d’American Dad dévoile enfin sa trogne d’adolescent puéril dans A million ways to die in the West, ou Albert à l’Ouest.

L’artiste s’octroie le rôle principal de cette comédie aux accents de western, à moins que ce ne soit l’inverse. Son ambition est de nous présenter l’Ouest tel qu’il était vraiment : un territoire puant et cruel, dans lequel n’importe qui peut mourir n’importe quand et surtout n’importe comment.

Cela lui offre la possibilité d’enchaîner les gags à toute allure, à commencer par les nombreux décès qui donnent une certaine cadence au film. Dans l’humour, MacFarlane n’a pas changé. Toujours aussi irrévérencieux et subversif, l’auteur a une nouvelle fois été attaqué pour sa vulgarité. Pourtant, en alliant son intelligence et sa plume à ce côté gras, il fait preuve d’une étonnante modernité et n’hésite pas à tâcler l’Amérique conformiste et puritaine comme aurait pu le faire Sacha Baron Cohen (Borat).

Mais contrairement à ce dernier, MacFarlane possède un véritable talent de metteur en scène. Lorsque l’on découvre le générique d’ouverture et la partition de Joel McNeely qui rappelle celle de cadors comme Elmer Bernstein (Les 7 Mercenaires), on comprend qu’Albert à l’Ouest n’est pas qu’une simple comédie. Le réalisateur connaît les codes du western et s’amuse à les singer chaleureusement. Il ose même répondre à des questions qui taraudent les amateurs du genre depuis des lustres. Grâce à lui, nous savons à quoi ressemblait la vie des prostituées et quelle était la recette miracle des Indiens pour la méditation. Cela donne lieu à des séquences d’hallucinations dignes de celles du Big Lebowski, énorme influence pour MacFarlane.

Photo de Charlize Theron et Seth MacFarlane dans le film Albert à L'Ouest. Les deux acteurs s'amusent lors d'une fête foraine de l'Ouest.

Au lieu de jouer les Terrence Hill, MacFarlane reste fidèle à lui-même. Dans la peau de ce héros sensible et réservé, le comédien se montre plutôt convaincant et cet éternel adolescent retrouve les mêmes doutes que ceux qui traversaient Mark Wahlberg dans Ted : ceux d’un adulte irresponsable qui refuse la réalité car elle est trop ennuyeuse et dangereuse. En interprétant un homme rationnel et drôle dans une époque sans foi ni loi, il dévoile une nouvelle perspective d’un genre habituellement dur et dramatique. Si le scénario ne réserve pas d’énormes surprises, on prend plaisir à découvrir l’Ouest sous un œil neuf. Auparavant, malgré quelques échanges vaseux entre Robert Mitchum et John Wayne, il était difficile d’imaginer des cowboys à l’humour ravageur.

 Toujours très bien entouré, MacFarlane peut compter sur la présence de Charlize Theron (Young Adult) pour l’épauler et former avec lui un duo attachant et complice. Si l’auteur a son propre humour, il n’hésite cependant pas à laisser ses compères s’exprimer. Neil Patrick Harris trouve enfin un rôle au cinéma à la hauteur de Barney Stinson, son personnage culte de la série How I Met Your Mother. On lui doit certains des passages les plus drôles du film. Liam Neeson (Taken) et Amanda Seyfried (Alpha Dog) cassent leur image grâce à des rôles sur mesure qui caricaturent leurs anciennes prestations.

Malgré ses péripéties téléphonées, Albert à l’Ouest est une comédie qui a de l’allure. Entre hommage et parodie, Seth MacFarlane s’approprie les paysages de Monument Valley pour nous donner sa vision décalée de la conquête de l’Ouest. Si son humour trash ne pourra pas faire l’unanimité, il faut néanmoins reconnaître que le bonhomme est un touche-à-tout talentueux qui réussit à imposer sa patte dans n’importe quel univers. On sait par ailleurs qu’il est un grand fan de comédies musicales. On attend donc avec impatience son incursion dans le genre qui devrait être encore plus décomplexée qu’Albert à l’Ouest, deuxième essai imparfait mais honorable du réalisateur.

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