Critique : Antigang – Cruising

Poster du film Antigang de Benjamin Rocher. En dessous du titre jaune, nous retrouvons l'équipe de policiers menée par Jean Reno face à l'objectif.

S’il est l’un des réalisateurs les plus talentueux du cinéma de genre français, Benjamin Rocher a pourtant très peu été mis en avant dans la promotion d’Antigang. Après La Horde qu’il a réalisé avec Yannick Dahan et la première mi-temps de Goal of the dead, Rocher revient au cinéma avec le remake d’un polar anglais nerveux et peu connu en France, The Sweeney.

Le scénario d’Antigang suit les traces de son modèle et ne modifie pas sa trajectoire et ses péripéties. Serge Buren et sa bande de jeunes flics efficaces traquent une redoutable équipe de braqueurs dans les rues de Paris avec des méthodes peu conventionnelles.

On retrouve dans Antigang l’alchimie du duo principal de The Sweeney. A la place de Ray Winstone et Ben Drew, Jean Reno et Alban Lenoir sont épatants. On n’avait pas vu la présence du premier aussi bien mise en valeur à l’écran depuis très longtemps. Fatigué, Buren n’est plus très vif mais sa détermination n’a pas changé. Reno bouge lentement, parle peu et c’est dans ce registre qu’il dégage le plus de charisme. Extrêmement sobre, le comédien n’hésite pas à se reposer sur Lenoir, qui continue son ascension après Hero Corp et Un Français. L’acteur retrouve Benjamin Rocher après Goal of the dead et assure la part comique du film avec brio, capable d’être à la fois badass et déjanté sans tomber dans la caricature.

Photo d'Alban Lenoir dans le film Antigang. L'acteur brandit une arme. Deux autres policiers de son équipe se tiennent au second plan, disposés autour de leur voiture.

Benjamin Rocher n’hésite pas à revendiquer ses influences provenant du buddy movie notamment à travers les différences du duo. On trouve aussi dans certains de leurs échanges un charme qui renvoie à des longs métrages comme Adieu Poulet. Le respect mutuel n’enlève pas les vannes et l’esprit enfantin de cette équipe de durs fait souvent sourire. Si certains dialogues n’ont pas l’impact escompté, on retrouve dans le scénario de Tristan Schulmann et François Loubeyre un ton juste évitant à tout prix les échanges stéréotypés et les blagues ringardes. Le récit d’Antigang est old school mais le cadre et les acteurs sont dans l’ère du temps. En ce sens, le long métrage rejoint Colt 45 sorti l’an passé. Rocher et son équipe maîtrisent parfaitement le genre et lorsqu’ils utilisent des répliques redondantes, le sens du montage leur donne beaucoup plus d’impact que dans la plupart des films policiers français.

A l’inverse de bon nombre d’actionner où l’on est incapable de distinguer les décors et la chorégraphie des combats, Antigang est irréprochable au niveau de la lisibilité. Chaque choix de mise en scène est cohérent et c’est ce que l’on retiendra avant tout de cette solide série B. Qu’il dévoile un plan aérien au dessus de La Défense pour planter son récit, qu’il filme le climax autour de la BNF ou un combat rapproché dans un garage, Benjamin Rocher cadre large, fait des plans de plus de quatre secondes et installe ainsi une véritable atmosphère. On sent le sens du détail du cinéaste et la volonté de réaliser un polar aux plans iconiques revendicateurs d’un véritable amour pour le genre. Antigang est l’antithèse des nouveaux Hitman et Transporteur. Rocher prouve qu’il est possible de reprendre un scénario calibré et d’y apporter un savoir-faire et une vision.

Série B sans prétention mais très généreuse, Antigang parvient à concilier humour, scènes d’action radicales mais jamais gratuites et brutalité d’un casting fort en gueules. En 1h30, Benjamin Rocher s’approprie les codes du genre et livre une production hexagonale comme on en voit trop peu.

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