Critique : Assaut – Nuit Blanche

Affiche originale d'Assaut de John Carpenter sur laquelle Austin Stoker est dessiné tenant un fusil.

Rejetée lors de sa sortie en 1976, Assaut est devenue avec le temps l’une des œuvres les plus reconnues de John Carpenter. Tourné en trois semaines pour 100 000 dollars, le film dont le scénario est grandement inspiré de Rio Bravo comporte toutes les qualités de l’importante carrière du maître du fantastique.

Carpenter se sert de ses influences pour réinventer un nouveau style de polar urbain. Avant de nous enfermer dans le commissariat attaqué par une bande très organisée, le récit se met en place tranquillement dans les rues de Los Angeles. Quatre membres de gang sillonnent un quartier pavillonnaire en voiture à la recherche de victimes à abattre alors qu’un homme règle des affaires importantes en compagnie de sa fille.

L’enfant tombe nez-à-nez avec le gang et est froidement tuée par l’un des membres. Le père se lance dans une quête vengeresse et se réfugie dans un commissariat en pleine fermeture après avoir déclenché la colère d’une armée. Policiers et criminels vont devoir lutter côte-à-côte pour faire face à l’assaut.

Photo du gangster tenant un fusil d'assaut dans une voiture dans le film Assaut de John Carpenter.

Comme dans Halloween, John Carpenter dévoile l’absence de conscience de protagonistes représentant le mal absolu. Il filme la violence frontalement pour la souligner et la dénoncer. Après cette mise en place surprenante, le gang, à l’instar du tueur Michael Myers, effectue des attaques méthodiques mais mécaniques. Leurs tentatives ne sont là que pour insister sur la création du groupe reclus et obligé de s’entraider dans le commissariat.

John Carpenter met les protagonistes qui ouvrent l’œuvre de côté pour se concentrer sur des solitaires dont l’anticonformisme rappelle fortement le Snake Plissken de New York 1997 et Los Angeles 2013. Chez le cinéaste, le discours passe par l’attitude et les actes de ses personnages. Le flic que l’on croit largué fait preuve d’un sang froid constant tandis le criminel endurci prône en premier la solidarité. A l’image de ses prédécesseurs John Huston, Sam Peckinpah et Arthur Penn, le réalisateur réhabilite des parias loin de toute rédemption, ce qui empêche le long métrage de tomber dans la morale facile.

Photo d'Austin Stoker, Darwin Joston et Tony Burton observant côte à côte par la fenêtre dans le film Assaut de John Carpenter.

Le cinéaste joue des mouvements du gang rassemblé à l’extérieur, de l’obscurité, des toutes les entrées du commissariat et des munitions à économiser des héros pour créer des séquences tendues où le spectateur est à l’affut. Plus que les attaques répétitives, ce sont les réactions des prisonniers et la formation naturelle de la résistance qui tiennent en haleine. Nous retrouvons la paranoïa de The Thing, la méfiance permanente entraînant des décisions lâches et la fuite inutile. Le cinéaste révèle l’unique solution pour survivre sans que les protagonistes n’aient à faire de monologues fédérateurs. L’urgence et l’angoisse qu’ils traversent se font ainsi d’autant plus ressentir.

La brutalité d’Assaut est nécessaire et fait toute sa puissance. La rage de Carpenter est au service d’un scénario complexe et d’une mise en scène à ranger parmi les sommets du film de genre. En s’intéressant à des individus oubliés ou mis de côté, le réalisateur ridiculise tous les préjugés. Il nous met face à des peurs profondes que les héros affrontent avec une classe absolue, sublimés par un fameux thème électronique entêtant. Si Carpenter n’est jamais tombé dans la critique gratuite du système hollywoodien et des hautes sphères, c’est parce qu’il a préféré mettre en valeur leurs opposés, devenus aujourd’hui des icônes du cinéma contemporain.

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