Critique : Birdman – L’homme qui voulut être roi

Affiche de Birdman d'Alejandro G. Iñarritu. Nous y voyons Michael Keaton de face, en dessin, avec le super-héros qu'il a interprété et qui a fait sa gloire posé sur sa tête. En bas de l'affiche, un portrait de chacun des personnages est visible.

Quelques mois après Maps to the stars et Sils Maria, Birdman propose une nouvelle analyse cynique et désabusée de l’environnement hollywoodien. Pour sa première incursion dans la comédie, Alejandro Gonzalez Iñárritu (Babel, Biutiful) livre une œuvre surprenante de bout en bout qui marque le retour d’un acteur perdu pendant des années dans les limbes du nanar.

Le long métrage nous plonge dans un théâtre de Broadway dans lequel une ancienne gloire des années 90 met en scène une pièce censée lui apporter la reconnaissance publique qu’il a perdue et l’admiration artistique qu’il n’a jamais connue.

Comme dans toutes les autres œuvres d’Iñárritu, le message de Birdman est très appuyé. Le cinéaste aborde une multitude de thèmes, à commencer par l’infiniment petit et l’infiniment grand et la minuscule place qu’occupe l’être humain dans cet ensemble. Si l’on frôle parfois le ton moralisateur, le réalisateur se raccroche immédiatement à l’humour et à l’absurdité pour ne pas alourdir son propos. On pense notamment aux conversations entre le personnage de Keaton et sa fille. Les répliques d’Emma Stone et la passivité de Keaton prouvent que malgré son insistance Iñárritu prend du recul en permanence, ce qui l’empêche de tomber dans la satire gratuite.

Au delà des dialogues, c’est surtout l’ambitieuse mise en scène qui renouvelle sans cesse le rythme. Pensé comme un plan séquence, le film démontre la maîtrise d’un cinéaste méticuleux qui, s’il laisse une grande place à l’onirisme, garde une cohérence dans sa narration.

Récit initiatique dans lequel un homme dépassé par ses ambitions cherche à comprendre sa condition, Birdman ne pouvait qu’être porté par Michael Keaton, dont le parcours fait écho à celui de Riggan, le personnage qu’il interprète. La plupart des références s’avèrent savoureuses. Lorsqu’il évoque l’abondance de films de super-héros, Iñárritu n’est pas très original mais le ton désinvolte de Keaton et l’attitude calculée du très bon Zach Galifianakis déjouent une nouvelle fois la facilité du propos.

A l’image de ces deux protagonistes, l’évolution des personnages secondaires est parfaitement maîtrisée. Le réalisateur signe de très belles envolées romantiques sur les toits de New York, sonde l’arrogance et la mégalomanie des comédiens et s’amuse à mettre en scène leurs guerres d’égos. Pour autant, il n’enlève jamais leur part d’humanité et livre une œuvre nuancée, ce qui permet l’attachement à cette galerie de tronches égoïstes, aux problèmes existentiels irritants mais à l’humour et la sensibilité insubmersibles. Mis à part Keaton, le comédien qui représente le mieux cette complexité à l’écran est sans aucun doute Edward Norton.

S’il tape sur les journalistes, l’industrie du cinéma et le milieu fermé du théâtre, Iñárritu a l’intelligence de n’enfermer personne dans des cases et combat les idées arrêtées que nous avons tous en tête. Birdman manque parfois de subtilité mais il s’impose comme une œuvre à la technique impressionnante, à l’interprétation saisissante et au propos sur la foi qui ne peut qu’émouvoir, comme l’atteste le fabuleux dernier plan.

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