Critique : Blood Father – The Wrestler

Affiche de Blood Father réalisé par Jean-François Richet avance vers l'objectif avec un air déterminé.

Mel Gibson est enfin de retour dans les salles obscures. Après les cadeaux empoisonnés Machete Kills et Expendables 3, le comédien n’avait pas retrouvé de rôle intéressant depuis le DTV sympathique mais dispensable Get The Gringo. Avec Blood Father, Jean-François Richet vient de lui offrir son meilleur personnage d’enragé depuis Payback, sorti en 1999.

L’icône des sagas Mad Max et L’arme fatale interprète John Link, un ancien biker au passé tumultueux sorti de prison depuis peu. Après deux années de sobriété, Link tente de vivre l’existence la plus tranquille possible et fait des tatouages à domicile. Lorsque sa fille Lydia qu’il ne connaît plus débarque et lui annonce que des gangsters sont à ses trousses, John va tout faire pour la protéger sans retomber dans la violence.

Blood Father n’est en rien le film bourré d’action vanté par la bande-annonce. Jean-François Richet s’attarde durant tout le long métrage à décrire la rage contenue de Link. L’ancien criminel est dans la retenue constante, hanté par la peur de retourner en prison ou de voir sa fille y aller. Aucun acteur ne pouvait l’interpréter avec autant de crédibilité que Mel Gibson. Revenu de nombreuses polémiques et d’une mise à l’écart à Hollywood, le comédien a incarné des protagonistes torturés et borderline tout au long de sa carrière (Complots). Les points communs avec Link sont évidents, tout comme les hommages de Richet à l’une des figures du cinéma d’action à travers des plans toujours efficaces.

Photo de Mel Gibson de dos dans Blood Father qui descend de sa moto, prêt à affronter des gangsters.

Comme dans le grand Signes de M. Night Shyamalan, Gibson peine ici à endosser son rôle de père, incapable de surmonter ses regrets. Sa façon de veiller sur sa fille avec brutalité sans tomber dans la morale facile provoque l’attachement immédiat du spectateur. Blood Father représente donc l’inverse d’un Taken. Les personnages restent tels qu’ils sont et assument leurs démons, le manichéisme n’existe pas et le héros est incapable de s’en sortir seul.

Richet repousse les confrontations et nous emmène dans le monde de Link en présentant ses anciennes connaissances. Elles permettent de faire ressurgir son passé au même titre que ses regards et ses dialogues. Le réalisateur laisse son comédien s’exprimer face à d’excellents partenaires, à commencer par sa fille incarnée par Erin Moriarty ou son mentor interprété par le vétéran Michael Parks. Au fil de l’œuvre, Link perd ses attaches et la sensation de gâchis qu’il ressent en permanence est particulièrement touchante.

Photo tirée du film Blood Father réalisé par Jean-François Richet sur laquelle Mel Gibson sert Erin Moriarty dans ses bras sur une route du désert.

Richet utilise ses cadres à merveille. Le désert et les mobil-home crasseux rappellent ceux de Kill Bill vol. 2. Lorsque le réalisateur nous fait rapidement pénétrer en prison, la tension est palpable. Blood Father est une série B totalement assumée et si le scénario paraît mince, il n’en reste pas moins nuancé, sincère et sans fioritures. Toujours juste lorsqu’il aborde la relation entre Link et sa fille, le long métrage évite la mièvrerie et va à l’essentiel, tout comme lorsqu’il présente les crapules à leur poursuite.

Le cinéaste conclue son film avec un final volontairement expéditif où Link laisse échapper toute sa violence pour en finir vite et sauver la vie de sa fille. Malgré sa courte durée, Blood Father paraît néanmoins riche tant il ose s’écarter des schémas scénaristiques habituels afin de mieux se concentrer sur son personnage principal joué par un Mel Gibson qu’on est ravis de retrouver.

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