Critique : Braqueurs – Bad Boys

Affiche de Braqueurs de Julien Leclercq sur laquelle Sami Bouajila et Kaaris sont côte à côte, armés devant un fond explosif. On ne distingue quasiment pas leur visage.

Yanis est un braqueur froid, méthodique et prudent spécialisé dans les fourgons. Son équipe est solide et particulièrement discrète. Alors qu’elle vient de réussir le vol de passeports vierges, elle est brutalement mise à l’épreuve par des dealeurs qui lui proposent un marché après une erreur d’Amine, le petit frère de Yanis.

L’engrenage dans lequel se retrouvent les protagonistes de Braqueurs est simple et amené rapidement. En quelques minutes, Julien Leclercq dévoile le professionnalisme et le sang froid des voleurs dans une séquence qui rappelle l’ouverture de Heat, référence en la matière. Comme dans le long métrage de Michael Mann, les personnages sont de véritables professionnels qui vont peu à peu se faire cerner.

Photo de Youssef Hajdi dans le film Braqueurs de Julien Leclercq. l'acteur est dans un chambre, devant un lit sur lequel est posée une valise de billets.

Leclerq nous immerge dans leur vie de famille, leurs repas entre amis et les entreprises qui leur permettent de blanchir l’argent. Là encore, nous retrouvons une filiation avec le cinéma de Mann mais aussi The Town de Ben Affleck. Sans cesse dans l’observation, Yanis ne commet pas de faute tandis que son frère est très gourmand. Sa relation avec Eric, ancien compagnon de cellule, nous permet de connaître leurs intentions et de découvrir le respect entre les différents membres du groupe. Si le reste du casting ne démérite pas, Sami Bouajila et Guillaume Gouix, interprètes de Yanis et Eric, incarnent les criminels avec une justesse impressionnante. Leurs dialogues et réactions ne tombent jamais dans la caricature.

Le réalisateur va à l’essentiel dans ces passages, dévoile des hommes silencieux avec des plans utiles dans lesquels chaque parole et regard traduisent un état d’esprit ou une émotion. Les braqueurs n’idéalisent pas leur vie, leur environnement est extrêmement froid et la tension constante. En traitant cette présentation avec sobriété, Julien Leclercq contraste parfaitement avec les scènes d’action et fait gagner ses personnages en profondeur.

S’il commence fort, Julien Leclercq va crescendo dès lors que des dealers demandent à l’équipe de s’attaquer à un go fast. Alors qu’on pensait que Yanis avait le contrôle de la situation, la pression s’accentue. Pendant une rencontre dans une cité de Sevran où l’oppression est totale, les braqueurs deviennent des pions. En nous faisant pénétrer dans le bâtiment géré par les trafiquants, Leclercq change de cadre et Yanis est forcé de s’adapter.

Photo de Guillaume Gouix, Sami Bouajila et Kaaris dans le film Braqueurs de Julien Leclercq. Kaaris braque avec une arme lourde les deux autres acteurs dans un hangar.

A partir de là, le spectateur suit ses décisions en temps réel. Incapables de garder l’équilibre et devant assumer leurs erreurs, les braqueurs font face à des événements graves et désespérées. L’action devient encore plus brutale. Lors d’une fusillade tournée dans Sevran durant le final haletant, Leclercq révèle un plan séquence époustouflant où l’habileté des braqueurs refait surface mais n’empêche en aucun cas les dégâts. Dans la conclusion effrénée, la frénésie de la fuite et l’instinct de survie se ressentent viscéralement et font penser au chef d’œuvre Guet-Apens de Sam Peckinpah.

Après Colt 45 de Fabrice du Welz sorti l’an passé, Braqueurs s’impose comme un nouveau polar français très réussi où le héros doit agir dans un laps de temps très réduit et déterminant. Les références et clins d’œil sont assumés et l’entreprise n’est jamais prétentieuse. Grâce à la volonté de mettre en scène un récit authentique associé à des idées visuelles toujours pertinentes, le film est d’une efficacité stupéfiante.

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