Critique : Brimstone – La Soif du Mal

Affiche du film Brimstone réalisé par Martin Koolhoven sur laquelle Dakota Fanning avance dans une forêt enneigée avec une jeune fille. Elles paraissent effrayées. Le visage de Guy Pearce les surplombe et semble les observer à la manière d'un monstre.

Dans l’Ouest américain du XIXème siècle, Liz a une vingtaine d’années et s’occupe des accouchements dans son village. Lorsqu’un inquiétant prêcheur rejoint la communauté, Liz se retrouve traquée par cet homme de foi déterminé à la punir et la tuer.

Dès l’arrivée du sinistre révérend brillamment interprété par Guy Pearce, Brimstone bascule dans une violence radicale qui, si elle peut paraître complaisante dans le premier des quatre chapitres du film, permet au propos de gagner en épaisseur par la suite. 

Martin Koolhoven traite des périodes charnières de la vie de Liz dans le désordre chronologique. Le long métrage trouve une cohérence à mesure que les sévices vécus par Dakota Fanning empirent. La soumission et la torture que le prêcheur lui inflige sont de plus en plus douloureuses et dérangeantes pour le spectateur qui découvre des secrets sur les deux protagonistes tout au long de l’œuvre.

Liz est présentée au moment le plus calme de sa vie. Muette comme l’héroïne incarnée par Eva Green dans The Salvation de Kristian Levring, elle dégage d’emblée un courage impressionnant, notamment lorsqu’elle lance dans les premières minutes un regard au révérend qui relève à la fois de la crainte et de l’envie d’en finir.

Photo de Dakota Fanning dans le film Brimstone de Martin Koolhoven, qui brandit un fusil dans une forêt enneigée. On ne distingue que ses yeux car elle a le visage couvert par une écharpe.

A chaque apparition de ce dernier, le climat et la photographie sont glaçants. Le réalisateur l’impose comme une figure du mal déguisée en guide spirituel. Le révérend possède de nombreux points communs avec le prêcheur Harry Powell de La Nuit du Chasseur, qui pourchassait des enfants dans l’Amérique rurale afin de mettre la main sur un butin.

La violence du révérend de Brimstone est dévoilée de façon beaucoup plus frontale que dans le long métrage de Charles Laughton. Si la mise en scène ne manque pas de plans symboliques, elle est néanmoins nettement plus outrancière. On retrouve chez l’homme d’église la sensation d’être indestructible et la faculté de commettre impunément des actes pervers du Max Cady campé par Robert De Niro dans Les Nerfs à Vif. Contrairement à Scorsese, Martin Koolhoven reste dans un premier degré constant, rendant crédible son monstre prêt à tout pour retrouver Liz.

Brimstone est captivant grâce à sa façon de rendre le meurtrier intouchable, notamment dans les scènes de discours où il justifie ses actes sordides au nom de la foi qu’il revendique devant les habitants. Si la narration n’est pas linéaire, le personnage devient tout de même de plus en plus sadique et redoutable pour Liz. Dans tous les lieux où l’héroïne ne cesse de se battre pour survivre, le prêcheur se fond dans la masse et suscite l’admiration d’individus qu’il conseille et met en garde.

Photo de Carice Van Houten dans le film Brimstone de Martin Koolhoven. Son personnage écoute un discours de son mari à l'église, un prêcheur qui l'a forcé de faire voeu de silence et la force à porter un masque qui l'empêche de parler.

A l’inverse, Liz ne cesse de s’adapter et ses apparitions à l’écran sont beaucoup moins prévisibles. Sa lutte contre le meurtrier l’amène à réagir de façon bien plus surprenante. Alors que le prêcheur évoque une installation aux Etats-Unis pour mieux se reconstruire, il passe son temps à détruire ce qui l’entoure durant le reste de l’œuvre. A l’opposé, Liz est en évolution permanente et s’adapte à chaque environnement avant que l’homme ne vienne à nouveau briser les rares personnes qui lui sont chères.

Capable d’installer une ambiance anxiogène que ce soit dans un saloon ou dans les magnifiques grands espaces enneigés, Martin Koolhoven réalise avec Brimstone un western puissant qui s’intéresse à un sujet rarement abordé  dans le genre. Le désenchantement permanent qui s’en dégage rappelle le magnifique The Homesman de Tommy Lee Jones. Dans son développement de personnages complexes et pour la plupart sacrifiés, le film est passionnant et bénéficie de comédiens au meilleur de leur forme.

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