Critique : Cartel – Les chiens de paille

Affiche de Cartel de Ridley Scott. L'affiche joue énormément sur le nom de ses acteurs desquels on voit le portrait sur un montage photo peu conséquent.

Boudé par la critique et le public en France malgré son casting impressionnant, Cartel est néanmoins le film le plus intéressant depuis un bon moment de son réalisateur. Il y a quelques jours, nous vous parlions de Hannibal, autre long métrage de Ridley Scott qui manque cruellement de subtilité (qui est pourtant l’une des caractéristiques du personnage) et se termine sur une véritable boucherie durant laquelle le cannibale se déchaine.

On aurait pu croire qu’il en serait de même pour Cartel, thriller âpre scénarisé par Cormac McCarthy, génie de la littérature contemporaine américaine à qui l’on doit No country for old men. S’il n’a pas convaincu, c’est probablement parce que Cartel n’est pas ce film de gangsters ultra rythmé et violent que nous promettait la bande annonce.

Volontairement lent, le long métrage de Scott est une descente aux enfers qui traite de l’acceptation de la mort et du fait d’assumer ses choix et son destin. Le Counselor, titre original de l’œuvre et personnage principal, est justement incapable de faire ces deux choses. L’avocat aime le péché mais refuse de traiter directement avec les criminels. Il adore l’argent mais ne cherche pas à savoir d’où il provient. Il n’a aucune idée du monde dans lequel il vit et de la vengeance qui va s’abattre sur lui.

Le paysage, l’ambiance et les thèmes abordés dans Cartel nous ramènent aux films de Sam Peckinpah et en particulier à trois oeuvres dans lesquelles les héros comprennent qu’ils foncent dans la tombe à cause de leurs choix : La Horde Sauvage, Pat Garrett et Billy the Kid et surtout le magnifique Apportez moi la tête d’Alfredo Garcia. Mais contrairement à eux, l’avocat n’a aucun courage. Il est brillamment interprété par Michael Fassbender, qui n’a jamais été aussi lâche, faible et peu scrupuleux.

Photo de Brad Pitt et Michael Fassbender dans le film Cartel de Ridley Scott. Les deux hommes discutent assis. Pitt semble serein et alors que Fassbender paraît stressé.

Si Cartel est long et parfois désagréable à cause de son intrigue décousue, voir le personnage s’enfoncer dans les méandres d’une organisation qu’il croît connaître est un véritable régal. Ridley Scott surprend son spectateur en lui présentant un enchaînement de péripéties qui n’ont apparemment rien en commun, mis à part leur environnement crade et malsain. L’intrigue sinueuse est magnifiée par un découpage qui malmène le public, qui ne sait jamais où il va et surtout quels sont les véritables enjeux.

Ils n’ont en réalité pas d’importance. Cartel est une peinture d’un monde impitoyable dans laquelle chaque individu se retrouve paumé, même ceux qui ont le contrôle, à l’image des géniaux Javier Bardem et Brad Pitt, des crapules qui s’assument tellement qu’elles rendent l’avocat encore plus pathétique. Au milieu de tous ces mâles virils, il y a la géniale Cameron Diaz, prédatrice marquée par la vie qui tire les ficelles ouvertement sans que personne ne s’en rende compte. La comédienne n’a jamais été aussi inquiétante et Scott nous rappelle, comme l’ont fait avant lui Scorsese ou Spike Jonze, qu’elle est capable du meilleur.

Cartel, c’est une chute progressive et difficile parsemée d’interludes savoureux. La noirceur absolue du film est en réalité sa véritable beauté. Comme le diamant, ce sont ses imperfections apparentes qui le rendent unique. Après le cafouillage de Prometheus, Ridley Scott nous rappelle qu’il est encore capable d’une maîtrise absolue.

Kevin

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