Critique : Chroniques d’un scandale – Ma meilleure ennemie

Affiche du film Chroniques d'un scandale. Le visage de Cate Blanchett est au premier plan, de profil tandis que celui de Judi Dench est dans l'ombre au second plan, de face.

Sorti en 2007, Chroniques d’un scandale valut à Judi Dench et Cate Blanchett une nomination aux Oscars. Drame qui rappelle certains chefs d’œuvre de la littérature, le film est une immersion dans la folie d’une femme qui va profiter de l’erreur de son unique amie pour échapper à sa solitude.

Professeur dans un collège des quartiers difficiles de Londres, Judi Dench est une femme seule et réservée qui ne se livre que dans son journal intime. A travers ses observations décrites méticuleusement dans ses écrits, nous suivons l’arrivée d’une nouvelle employée. Petit à petit, cette enseignante interprétée par Cate Blanchett noue des liens d’amitié avec Dench, qui ne cesse de la soutenir afin qu’elle prenne ses marques auprès des adolescents. Lorsque cette dernière découvre que sa collègue entretient une liaison avec un élève de troisième, elle voit l’opportunité de renforcer leur amitié en l’aidant d’une manière peu orthodoxe.

L’ouverture de Chroniques d’un scandale est probablement la meilleure partie de l’œuvre. En nous immergeant directement dans les pensées de Dench, le réalisateur ne laisse quasiment pas transparaître sa folie. Si le personnage est reclus et amer, il ne paraît néanmoins pas déséquilibré. Lorsqu’elle commence à s’attacher à Blanchett, Dench devient même touchante. C’est au moment où la liaison est découverte que le spectateur est déstabilisé. Il comprend alors la véritable nature de Dench, ses réactions excessives et la peur qu’elle engendre autour d’elle. Si le début mettait mal à l’aise à cause de l’empathie que l’on éprouvait pour elle, la seconde moitié vient casser toute cette compréhension. Le malaise est toujours présent, mais pour les raisons inverses.

Photo de Cate Blanchett et Judi Dench dans le film Chroniques d'un scandale. Blanchett est pensive alors que Dench la contemple avec un regard sombre.

Le plus passionnant dans le long métrage reste le rapport à la folie, qui n’est jamais traitée comme telle. A l’image de certains romans comme Le journal d’un fou, le spectateur est déboussolé par certaines réactions mais ne les remet pas systématiquement en question. Nous acceptons d’abord, sans nous en rendre compte, les comportements irrationnels de Dench. Lorsqu’elle franchit les limites et confie à son journal des informations éloignées de la réalité, les idées que l’on s’était faites à son sujet sont brisées. Evidemment, la mise en scène laisse entrevoir ce déséquilibre (on pense notamment aux séquences durant lesquelles Dench est avec sa famille). Etant donné que ce n’est pas elle qui commet la première faute, on ne s’attarde finalement pas dessus.

L’histoire d’adultère est reléguée au second plan. C’est la manière dont Dench s’applique à détruire la famille de Blanchett qui devient l’élément central du film. Pour s’accaparer son amie, elle est prête à tout. Malheureusement, Richard Eyre en fait parfois trop dans la dernière partie. La mort du chat de Dench est probablement l’exemple qui correspond le mieux à ce manque de subtilité. Si les retombées de l’intrigue impressionnent moins que la mise en place, alors qu’elles ont un véritable impact pour certains personnages, le long métrage n’en demeure pas moins intéressant. Le plus grand plaisir, c’est de voir s’affronter deux comédiennes toujours justes qui ne tombent jamais dans le ridicule. Judi Dench trouve ici l’un de ses rôles les plus noirs. A l’inverse, Cate Blanchett, qu’on a l’habitude de voir dans la peau de femmes fortes (Monuments Men, The Good German), n’a jamais été aussi hésitante et fragile.

Si l’on regrette la perte d’intensité, on savoure tout de même la conclusion grinçante, teintée d’un humour noir british parfaitement amené. Film oubliable, Chroniques d’un scandale vaut le détour pour la confrontation de deux comédiennes au sommet dans des contre-emplois extrêmement difficiles.

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