Critique : Cold War – Amour défendu

Affiche de Cold War de Pawel Pawlikowski, sur laquelle un couple s'étreint sur une photo en noir-et-blanc.

En 1949, Wiktor est chargé de recruter des chanteurs et danseurs qui formeront l’ensemble folklorique Mazowsze, censé faire les louanges du parti communiste dans la Pologne stalinienne. Très rapidement, son attention se porte vers Zula, une jeune artiste repérée pour sa voix et son fort tempérament. Entre eux, une passion secrète se développe mais est rapidement mise à mal lorsque Wiktor propose à Zula de passer à l’Ouest à ses côtés, lors d’une représentation organisée à Berlin.

Quatre ans après Ida, Pawel Pawlikowski nous plonge à nouveau dans la Pologne d’après-guerre, pour se concentrer cette fois-ci sur une histoire d’amour impossible et déchirante. Le réalisateur fait là encore le choix du noir-et-blanc et du format 1.33, ce qui lui permet de retranscrire l’austérité et la grisaille d’un pays détruit et en pleine reconstruction, étouffé par son système politique. Au-delà des chants folkloriques à la gloire de Staline et de son parti, le réalisateur ne met que très peu en avant le régime communiste et son impact sur la population, si ce n’est à travers un représentant administratif à la fois pathétique et oppressant, qui finira par jouer un rôle déterminant dans l’histoire d’amour.

Photo tirée du film Cold War de Pawel Pawlikowski sur laquelle les deux héros du film, interprétés par Joanna Kulig et Tomasz Kot, sont très proches et s'apprêtent à s'embrasser.

Dès les premières scènes où leur relation est dévoilée, l’incompatibilité entre Zula et Wiktor est palpable, notamment lorsque la chanteuse avoue au musicien qu’elle l’espionne pour ce fameux représentant. Malgré cela, le spectateur a envie de croire en eux et en leur liberté, qui devient concrète lorsque Wiktor propose à Zula de s’enfuir au cours d’une séquence qui relance le rythme du film. Un suspense se met alors en place, tout d’abord parce que le passage illégal du Mur de Berlin se révèle dangereux, mais également parce que les doutes de l’héroïne sont totalement perceptibles.

Finalement, l’histoire d’amour idyllique n’arrivera que par bribes, dans le Paris bohème des années 50. Le point culminant de leur romance est une magnifique séquence dans un bar de la capitale, où Zula chante, accompagnée par Wiktor au piano. La ville apparaît alors nettement plus contrastée que les paysages polonais, et le jazz qui retentit s’oppose aux chants folkloriques des premières scènes. Dans la conclusion, Pawel Pawlikowski répétera d’ailleurs le traveling autour de l’héroïne que l’on découvrait au cours de ce pur moment d’alchimie et de grâce, comme pour souligner sa destinée brisée et son renoncement.

Photo tirée du film Cold War de Pawel Pawlikowski sur laquelle l'héroïne interprétée par Joanna Kulig s'apprête à chanter. La photo est en noir-et-blanc.

Devenus étrangers à leur propre pays et ne supportant pas l’exil, Zula et Wiktor sont deux amants prisonniers de leur contexte historique, qui ne sont pas sans rappeler certains protagonistes des écrits de Stefan Zweig et Ernest Hemingway, eux aussi marqués par les périodes de guerre et de transition du XXe siècle. Pawel Pawlikowski s’est d’ailleurs inspiré de la relation conflictuelle de ses parents, qui ont également vécu ces événements, pour créer ses deux personnages bouleversants, qui n’ont finalement que le sacrifice comme option pour rester ensemble.

Grâce à une réalisation qui enchaîne les longs plans sans pour autant être poseuse, que ce soit pour coller à ses héros ou pour dévoiler de somptueux tableaux de la campagne polonaise et du Paris d’un autre temps, Cold War est une oeuvre aussi délicate qu’implacable. Sa conclusion dévastatrice en est le reflet parfait, et laisse au spectateur un sentiment de douceur et de soulagement malgré sa dureté et son caractère irrévocable.

Cold War est disponible en DVD et Blu-ray.

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