Critique : Crazy Amy – 30 ans sinon rien

Poster du film Crazy Amy réalisé par Judd Apatow. Amy Schumer fait un signe du doigt à l'objectif comme s'il devait se taire en buvant dans une bouteille recouverte d'un sac marron. Derrière elle se tient Bill Hader en smoking, qui semble consterné.

Pour la première fois en cinq films, Judd Apatow n’est pas à l’origine de son scénario. Celui qui a détourné avec brio la crise de la quarantaine, la maladie et la célébrité ou encore l’arrivée d’un premier enfant a adapté le script de la comique Amy Schumer. La reine du stand up, qui ne cesse de briller depuis deux ans dans le programme Inside Amy Schumer, ne s’était jamais essayée à cet exercice et l’on craignait un Apatow moins personnel et moins touchant. Pourtant, Schumer a de nombreux points communs avec le cinéaste et réussit à faire de Crazy Amy un jalon important dans la courte mais dense filmographie d’Apatow.

Pour suivre les aventures de cette trentenaire fêtarde spécialiste des coups d’un soir, nous quittons Los Angeles pour New York. Si les plans en hélico ne se distinguent en rien des autres comédies romantiques, Judd Apatow ne tombe néanmoins pas dans la facilité et le défilé touristique qui caractérise de nombreux succès du genre (Hitch, Sexe entre amis). Il n’y aura donc pas de danse à Times Square, de balades enchantées à Central Park ou de soirée endiablée sur un rooftop.

La romance chez Apatow n’est jamais ringarde. Qui mieux que lui aurait pu adapter l’histoire de Schumer, qui passe de bar en bar, s’offre plusieurs visites à l’hôpital et au Madison Square Garden ? Le cinéaste rêvait d’ailleurs de tourner dans la mythique salle et y signe une conclusion tendre et originale qui fait un habile pied de nez aux clichés du genre.

Trainwreck_Amy_Schumer_Bill_Hader

Le fait qu’Amy tombe amoureuse d’un médecin reconnu dans le milieu sportif permet aux deux artistes de briser les codes et de signer une romance qui s’éloigne des conventions. Pour porter ce rôle, nous retrouvons Bill Hader, l’un des fidèles de l’univers du réalisateur habitué aux seconds rôles (Supergrave, En cloque mode d’emploi). A l’inverse des personnages interprétés par Seth Rogen et Paul Rudd, c’est lui qui représente ici la stabilité et l’affirmation de soi. Schumer n’en fait ni un cœur tendre ni un dur sûr de lui mais un type qui s’accorde simplement avec l’héroïne. L’humoriste ne suit pas le chemin tracé de la comédie romantique, provoque le coup de foudre rapidement et le récit prend une toute autre trajectoire dans la seconde partie.

L’importance des seconds rôles, à commencer par les excellents Tilda Swinton et Ezra Miller, renforce le ton absurde. Comme dans 40 ans toujours puceau, certaines des séquences les plus barrées se déroulent dans un environnement professionnel complètement débridé. Ainsi, nous ne sommes plus étonnés de voir Method Man, éminent membre du Wu Tang et héros de How High, en infirmier ou Ezra Miller en stagiaire en plein développement personnel.

Schumer ne s’engage pas dans la voie du féminisme et Crazy Amy n’est pas « une comédie parfaite pour les filles ». C’est ainsi qu’avait été vendue Mes meilleures amies, la grande réussite de Paul Feig. La personnalité des protagonistes interprétés par Schumer et Hader est facilement interchangeable. Le but n’est pas de revendiquer que la gente féminine peut elle aussi être adepte de la biture et de la séduction facile. Ce débat n’existe pas. Tout l’intérêt de l’œuvre est de faire basculer et d’inverser des situations pour surprendre le spectateur, épaté par la tournure touchante que prend le film.

Photo du film Crazy Amy réalisé par Judd Apatow. Dans les gradins d'un terrain de basket, Amy Schumer et Lebron James discutent.

Durant le premier acte, on jubile devant un John Cena très sensible et l’on découvre avec plaisir le grand LeBron James totalement crédible dans le rôle du BFF concerné de Bill Hader. Puis, comme d’habitude chez Apatow, ce sont les relations familiales et amicales qui conditionnent les personnages et qui les empêchent ou au contraire les forcent à évoluer. Crazy Amy n’est pas la comédie potache qu’était Bachelorette, qui gardait le rythme uniquement grâce à sa capacité à repousser ses limites.

A travers la relation complice qu’Amy a avec sa sœur au caractère opposé ou celle de Hader avec LeBron, on retrouve la même importance accordée à l’échange et à la remise en question. Schumer parle de manière crue de la sexualité mais ce n’est pas ce que l’on retient de Crazy Amy. Il se dégage du long métrage de la tolérance et une capacité à s’assumer totalement en cassant sa propre image et en jouant sur les ambivalences. S’il n’a pas été écrit par le cinéaste, Crazy Amy porte bel et bien l’esprit de Judd Apatow, qui sait définitivement très bien s’entourer.

Ce contenu a été publié dans Critiques. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *