Critique : Dark Touch – Trust

Affiche du film Dark Touch de Marina de Van. L'actrice Missy Keating est entourée de noir, effrayée et tachée de sang.

Pour son premier film en langue anglaise, Marina de Van s’installe dans la campagne irlandaise et nous plonge dans l’histoire de l’enfant la plus terrifiante que l’on ait vue depuis Carrie.

Neve est l’ainée de sa famille. Victime de maltraitances, elle est incapable de communiquer. Un soir, sa maison s’éveille et la jeune fille sort seule survivante de la catastrophe. Recueillie par des proches, les événements surnaturels continuent de la suivre et de menacer son nouvel entourage.

L’héroïne de Dark Touch met extrêmement mal à l’aise. Au lieu de nous exposer les raisons de sa folie lors du final comme c’était le cas dans Esther, Marina de Van opte pour une approche semblable à celle de De Palma dans Carrie. Dès l’ouverture, nous découvrons les sévices infligés à Neve. En nous révélant les maltraitances, la cinéaste suscite l’empathie. A l’inverse de Danny dans Shining, Neve ne va pas utiliser ses pouvoirs pour s’échapper mais pour se venger.

Si la première séquence de vengeance est prévisible, le public est en revanche surpris par la violence inouïe engendrée par les pouvoirs. La mise en scène froide et les couleurs ternes renforcent l’humiliation que subissent les victimes à l’origine du traumatisme.

Photo de Missy Keating dans le film Dark Touch. La jeune fille se tient debout seule dans la nuit, éclairée par une lumière rouge.

On pense ensuite que plusieurs personnages seront salvateurs pour Neve. Marine de Van opte pour la radicalité et s’engage dans un récit extrêmement pessimiste. Progressivement, elle efface tout espoir et installe un malaise qui atteint son paroxysme lors d’une conclusion qui frôle le grotesque. Marina de Van aborde à travers l’horreur les maltraitances et leur irréversibilité. N’ayant plus aucun repère, Neve adopte par dépit le comportement de ses parents et l’inversion des rôles est alors poussée à l’excès.

L’aspect fantastique est renforcé grâce à la mise en scène qui se détache des artifices que l’on retrouve en ce moment dans de nombreuses séries pourtant efficaces (The Strain, Penny Dreadful). Les viols de Neve sont toujours suggérés mais Marina de Van n’hésite pas à les faire remonter lors des dernières minutes. Si la violence était froide et frontale lors des premières scènes, la conclusion est à l’opposé outrancière et accentue le sentiment de dégoût du spectateur.

Le malaise est dû au fait que les actes commis par Neve sont intolérables mais Marina de Van expose parfaitement le cheminement psychologique d’une enfant qui ne parle pas mais que l’on ne peut s’empêcher de comprendre. Brillamment interprétée par Missy Keating, Neve ne connaîtra aucune rédemption et sera incapable de s’exprimer autrement qu’avec ses pouvoirs. La réalisatrice ne rend pas ses actes légitimes et c’est d’ailleurs ce qui nous fait sortir de notre zone de confort tant les revenge movie imposent parfois une prise de position. Dark Touch aborde donc la perte de l’innocence avec recul. La cinéaste réussit à développer un thème sans tomber dans la moralisation tout en proposant un thriller horrifique effrayant.

Dark Touch est disponible en DVD chez KMBO depuis le 9 septembre 2014.

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