Critique : Do The Right Thing – J’s on my feet

Affiche du film Do The Right Thing de Spike Lee. Nous y voyons deux des personnages principaux regarder vers l'objectif. Le sol est peint en bleu et rappelle les couleurs marquées du film. A la craie, on lit "A Spike Lee Joint" et "Bed Stuy", le quartier de Brooklyn où se déroule le film.

Une paire de Air Jordan nettoyée à la brosse à dents, Fight The Power expulsé en boucle d’un ghetto blaster, la démarche lente de Mookie épuisé par la chaleur… La symbolique des images de Do the Right Thing est extrêmement forte, parfois poussive mais reflète l’engagement que Spike Lee tiendra la majorité de sa carrière et qui atteindra son apogée dans le biopic Malcolm X.

Après sa sortie en 1989, Do The Right Thing a provoqué un énorme phénomène, qui n’a pas eu que des conséquences positives. Les stick up kids de New York, véritable pomme pourrie à l’époque, n’hésitaient pas à utiliser la manière forte, pour ne pas dire ultra violente, pour racketter des paires de Jordan. Ces baskets, pour lesquelles Lee avait tourné un spot, sont portées dans le film par Buggin’ Out, un afrocentriste qui déclenchera malgré lui les événements tragiques en voulant boycotter la pizzeria tenue par Danny Aiello, qui n’a accroché que des portraits d’italo-américains dans son restaurant situé en plein cœur de Bed-Stuy.

Ce quartier de Brooklyn, proche du Brownsville des légendaires Sean Price et Mike Tyson, est en 1989 habité majoritairement par des afro-américains. Spike Lee le prend comme cadre pour son récit parce qu’il le connaît et qu’il a lui-même été témoin des problèmes communautaires évoqués. Buggin’ Out veut boycotter le restaurant alors que Pino, la progéniture ignorante et arrogante du gérant interprétée par John Turturro, est effrayée à l’idée que son frère Vito devienne proche de Mookie, employé du restaurant et ami de la famillle.

Photographie du film Do The Right Thing de Spike Lee. Devant un mur de brique rouge, trois hommes assez âgés discutent et se protègent de la chaleur.

Si ce dernier prend position à de multiples reprises dans le long métrage, il est surtout le témoin de la tournure dramatique que vont prendre les événements. La conclusion fait tristement écho à la mort d’Eric Garnett survenue 25 ans plus tard. Impossible de ne pas faire le lien entre le final de Do The Right Thing et la suffocation de Garner provoquée par un policier en pleine journée dans Staten Island.

Au-delà de l’esthétique qui renforce la notion de chaleur, fondamentale car elle est à l’origine de plusieurs pétages de plombs, l’étonnante galerie de personnages reste l’élément le plus marquant de l’œuvre. Mookie, Radio Raheem et Buggin’ Out sont trois enfants du ghetto qui prennent une trajectoire différente, influencés par les préceptes de Malcolm Little mais également l’expansion d’un mouvement qu’aucun cinéaste n’aura su mettre en avant comme Spike Lee. Il suffit de regarder Rosie Perez danser de façon enragée sur Fight The Power pour voir que son long métrage transpire le hip-hop. Do the Right Thing n’a peut-être pas la puissance émotionnelle de La 25ème heure et He got game mais cette déclaration d’amour à la rue et aux individus qui la font vivre fonctionne totalement. Ici, pas de crackhead désespéré à l’image du Gator Purify de Jungle Fever mais des paumés attachants malgré leur aliénation et les mauvaises leçons tirées de préceptes radicaux. Le personnage le plus rationnel est l’ivrogne du quartier que personne ne semble prendre au sérieux. Au lieu de marteler un message, Spike Lee laisse ses protagonistes s’exprimer et montrent les limites de leur discours à travers une fin qui nous rappelle que l’on continuera de construire et surtout de vivre.

Photographie de Radio Raheem dans le film Do The Right Thing de Spike Lee. Face à l'objectif, le personnage montre ses poings sur lesquels figurent ses bagues Love/Hate. Hommage à La nuit du chasseur.

On retiendra également de ce film culte une leçon de vie provenant de La nuit du chasseur mais aussi des briscards postés sous un parasol savourant leur Miller High Life, éternel renfort pour lutter contre la chaleur coincée entre les murs de brique.

En découvrant la bande-annonce de Chi-Raq et le narrateur interprété par Samuel L. Jackson, on retrouve enfin le King of Cool amateur de Sam Cooke, Biz Markie et John Coltrane qui offrait de jolis interludes à ce chef d’œuvre. Après une trop longue attente, le Spike Lee enragé semble être enfin de retour.

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