Critique : Don’t breathe – Home sweet home

Affiche de Don't breathe, La Maison des Ténèbres sur laquelle les trois cambrioleurs s'apprêtent à rentrer dans une sombre maison. Le visage effrayé de l'héroïne est visible au second plan.

Trois cambrioleurs s’infiltrent dans la demeure d’un vétéran aveugle afin de lui dérober 300 000 dollars. Rapidement, les rôles s’inversent et les voleurs deviennent les proies du propriétaire.

Inspiré du Sous-sol de la peur de Wes Craven, Don’t breathe bénéficie d’un scénario simple écrit par le cinéaste Fede Alvarez et son compère Rodo Sayagues, de retour après leur relecture d’Evil Dead déjà produite par le grand Sam Raimi. Si le script tient sur trois lignes et paraît daté, il permet néanmoins au réalisateur d’offrir au spectateur une mise en scène jouant habilement sur l’espace et les sens des personnages.

La maison située dans une rue abandonnée de Detroit paraît petite et vide de l’extérieur. Elle représente le coup idéal pour des héros qui cherchent à fuir une ville en crise. Alvarez les présente de façon efficace en quelques scènes. S’ils ne cessent de nous surprendre par leur combativité à mesure que les murs s’élargissent pour les piéger, on a pourtant du mal à s’attacher à eux. Alvarez détourne l’attention du spectateur de leurs motivations pour la focaliser sur l’aveugle. Lors de la rencontre de ce dernier avec les voleurs, le réalisateur utilise des effets habituels. L’homme paraît vulnérable et enchaîne les gestes hésitants avant de faire preuve d’une redoutable résistance. La nature de la victime n’est pas encore révélée et l’inquiétude est minime.

Photo de Dylan Minnette échappant à l'aveugle interprété par Stephen Lang dans le film Don't breathe de Fede Alvarez.

Le cinéaste joue progressivement avec les sons et l’obscurité. Les bruits de pas ne dérangent pas lors de l’entrée dans la maison alors que le souffle des héros effrayés paraît par la suite beaucoup trop audible. Chaque recoin de la demeure est exploité et Fede Alvarez fait de la cécité un élément narratif, comme c’était le cas dans Seule dans la nuit et Terreur aveugle. Contrairement aux victimes de ces longs métrages, l’homme de Don’t breathe est préparé, connaît parfaitement son environnement et cache plus d’un secret.

En inversant les rôles, Fede Alvarez met de la distance entre le public et les cambrioleurs mais le rapproche de l’aveugle. On devine ses décisions malsaines en comprenant les sens qu’il utilise et l’on tente d’anticiper ses actes. C’est alors que les couloirs de la maison finissent d’enfermer et d’enfoncer les héros. L’obscurité prend le pas et la perte de réflexes pour les cambrioleurs est définitive. Forcés de s’adapter, leurs réactions relancent le rythme du film jusqu’au final convenu mais aussi réussi que le reste de l’œuvre. On se réjouit du montage qui nous tient bien plus en haleine que les rares dialogues. Fede Alvarez fait monter la tension non pas avec des jump-scares prévisibles mais avec le peu de temps qu’ont les voleurs pour tromper l’aveugle, maitre d’un lieu qui paraît hanté sans que le cinéaste n’appuie sur l’aspect fantastique.

Photo de Stephen Lang pointant son arme vers son sous-sol dans le film Don't Breathe de Fede Alvarez.

Cette retenue contraste avec une sous-intrigue perverse censée expliquer le comportement du propriétaire. Sans retomber, la tension est néanmoins ralentie par quelques passages anecdotiques et crades dont Don’t breathe n’avait pas besoin pour fonctionner. Fede Alvarez parvient néanmoins à rendre lisibles des séquences dans des lieux clos grâce à un découpage qui sert le récit en permanence. N’usant jamais d’artifices faciles comme le fait de plonger le spectateur dans le noir total, le réalisateur est aussi à l’aise pour filmer dans une cave grâce à son éclairage que dans une voiture attaquée par un chien cruel avec des plans limités et utiles. Fede Alvarez va souvent à l’essentiel et c’est ce qui provoque le plaisir ressenti devant Don’t breathe, un home invasion proposant une histoire classique reprise avec beaucoup d’ingéniosité.

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