Critique : Get Out – L’antre de la folie

Affiche de Get Out en noir et blanc sur laquelle on distingue uniquement les yeux horrifiés de Daniel Kaluuya.

Chris s’apprête à rencontrer ses beaux-parents pour la première fois. Alors que sa petite-amie Rose est très enthousiaste, Chris lui fait part de ses appréhensions. En arrivant dans leur demeure, le jeune homme est rapidement rassuré par les parents de Rose. Chris remarque néanmoins que certains détails détonnent par rapport à leur discours. Il devient rapidement le témoin de situations de plus en plus inquiétantes.

Membre de l’hilarant duo Key & Peele à l’affiche de la comédie Keanu l’an passé, Jordan Peele dévoile un humour noir féroce dès la première scène de Get Out. Avec une introduction qui parodie habilement le slasher, le réalisateur qui signe ici son premier film installe d’emblée son propos politique et sa dénonciation du racisme ordinaire.

La paranoïa débute lors d’un contrôle de police durant lequel Rose défend ardemment Chris, qui préfère rester dans la retenue. Après les décès de Trayvon Martin, Eric Garner, Michael Brown et plusieurs autres citoyens américains, Jordan Peele met en lumière la tension de l’Amérique post-Obama par le prisme du cinéma de genre. Le réalisateur instaure un malaise sans difficulté, surtout lorsque les dialogues se veulent rassurants pour le héros interprété par Daniel Kaluuya.

Photo de Daniel Kaluuya, assis dans un fauteuil et en larmes dans le film Get Out de Jordan Peele.

La condescendance déguisée et exprimée de façon héroïque lors de la tirade finale de Spencer Tracy dans Devine qui vient dîner, Jordan Peele la démonte lors de la première discussion entre Chris et le père de Rose interprété par Bradley Whitford, qui livre une performance bourrée de cynisme à l’instar de celle de La cabane dans les bois. 

La tolérance pleine de complaisance de la famille de Rose se révèle d’abord à travers des déclarations politiques stériles puis durant des réflexions sur le corps et la masse musculaire de Chris. Médusé, le personnage principal s’obstine néanmoins à rester pour ne pas heurter la famille de sa petite-amie malgré les avertissements de son ami Rod, dont les apparitions renforcent de façon grinçante l’incohérence puis la folie du week-end que Chris vit.

Photo de Betty Gabriel et Marcus Henderson qui sourient bizarrement face à l'objectif dans Get Out de Jordan Peele.

Le cinéaste présente l’élégante demeure des beaux-parents comme un enfer conservateur où le néo-esclavagisme est mis en place avec le sourire par une famille patricienne qui réserve un véritable cauchemar à Chris. L’enfermement se ressent encore plus lors des ruptures narratives où le héros est hypnotisé. Jordan Peele enferme alors son personnage dans un labyrinthe et le long métrage offre durant son calvaire des passages brillamment anxiogènes. Le manque de surprise se fait ressentir lorsque les twists malins s’enchaînent mais cela n’enlève rien à l’aspect jubilatoire de l’ensemble.

Dans le dernier acte, le personnage tente un soulèvement semblable à ceux opérés par les héros de The Visit de M. Night Shyamalan et Pas un bruit de Mike Flanagan, deux autres productions Blumhouse efficaces et ingénieuses. Porteur d’un discours social bien plus fort et actuel, Get Out s’en démarque intelligemment grâce à son atmosphère proche des œuvres sur les body snatchers comme Invasion Los Angeles ou L’invasion des profanateurs, l’esprit corrosif des spectacles d’Eddie Murphy et le style propre d’un humoriste qui effectue un passage plus qu’honorable derrière la caméra.

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