Critique : Gunman – Mensonges d’Etat

Affiche de Gunman de Pierre Morel. Nous y voyons Sean Penn brandir une arme, ainsi que les personnages secondaires sur un montage photo.

En quarante ans de carrière, Sean Penn s’est rarement trompé. Connu pour ses engagements politiques et humanitaires, Penn n’a jamais hésité à associer ses convictions à ses métiers de comédien et réalisateur. Cela s’est vu dans des œuvres réussies comme Harvey Milk ou Into the wild. En revanche, l’artiste n’a jamais été aussi bon que dans le thriller. La justesse de son interprétation dans Comme un chien enragé ou Mystic River et la mélancolie qui émanait de Crossing Guard et The Pledge nous ont offert de très bons moments de cinéma.

Gunman avait pour ambition de concilier la personnalité engagée de Penn à un genre qu’il a rarement expérimenté mais dans lequel il faisait un candidat prometteur au vu de certaines de ses prestations inquiétantes, le film d’action. On n’avait pas vu Sean Penn courir dans un long métrage depuis L’interprète mais l’acteur est toujours en forme et se montre particulièrement impliqué dans le projet de Pierre Morel. Dans la peau de Jim Terrier, un redoutable tueur qui partage sa vie entre des actions humanitaires et des contrats pour éliminer des hommes politiques véreux, Sean Penn donne tout.

Malheureusement, Sean Penn donne tout pour un résultat minime. Si l’on se laisse captiver par les premières minutes qui exposent brièvement la situation en République Démocratique du Congo et les actions de Penn et son équipe, on est vite dépassé par le scénario après cette introduction nerveuse.

Huit ans après sa mise à l’écart suite à une exécution importante, Terrier devient la cible d’une organisation qui souhaite étouffer toutes les traces de cette affaire compromettante. A partir de là, Gunman n’est qu’une succession de péripéties téléphonées, mises en scène proprement par Pierre Morel mais dont l’absurdité gâche tout le plaisir. Il y a tout d’abord une histoire d’amour vaine qui justifie très mal la présence d’un Javier Bardem en roue libre. A l’instar de tous les seconds rôles, il n’est qu’une passerelle vers une révélation prévisible et mal amenée. Son temps de présence à l’écran ne reflète en aucun cas l’importance qu’il occupe dans la campagne marketing. Il en est de même pour Ray Winstone et Idris Elba, deux acteurs toujours impeccables sacrifiés au profit de l’omniprésence de Penn, héros pour lequel on a du mal à trouver de l’attachement tant le scénario est maladroit.

Photo de Ray Winstone et Sean Penn dans le film Gunman. Les deux acteurs sont assis autour d'une table et semblent discuter sérieusement en fumant une cigarette.

Jamais fun ou jouissif et oubliant rapidement son message pour de l’action efficace mais convenue, Gunman se prend bien trop au sérieux pour être une série B agréable et délaisse son propos social, ce qui l’empêche d’être le thriller cérébral annoncé. Morel ne parvient pas à trouver l’équilibre que Tom Tykwer avait atteint dans L’enquête, excellent polar qui s’inspirait du scandale de la BCCI.

Le long métrage avait un pourtant un personnage prometteur, usé et abattu par son passé mouvementé, quelques séquences impressionnantes à l’image de la première tentative d’assassinat de Penn et de vrais comédiens badass capables de beaucoup plus. On a le sentiment que de nombreuses scènes ont été coupées. Cela rend le scénario ennuyeux et donne l’impression que Gunman n’est qu’une œuvre bancale piochant dans la trilogie Jason Bourne et autres Blood Diamond. Morel n’arrive jamais à coordonner ses enjeux dramatiques à son envie de dynamiser le genre. Les séquences dénonçant le capitalisme de masse se perdent au milieu d’une fusillade en pleine corrida ou de l’assaut musclé d’une villa et n’ont donc aucun effet. Tout ce que l’on retiendra, c’est l’efficacité d’un Sean Penn qui, comme tous les autres action hero hollywoodiens, est capable de se sortir de toutes les situations.

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