Critique : It Follows – Piégée

Affiche du film It Follows de David Robert Mitchell. Nous y voyons la comédienne Maika Monroe dans une piscine. L'affiche est très sombre.

Après avoir eu un rapport sexuel, une adolescente est suivie par une présence menaçante. Capable de prendre n’importe quelle forme, la chose avance sans relâche vers sa proie pour la tuer. Voici le pitch peu fourni d’It Follows, salué au dernier Festival de Gérardmer par le jury de Christophe Gans. Si l’on était sceptiques vis-à-vis de l’idée de départ, il faut néanmoins reconnaître que l’esthétique de l’œuvre est impeccable et qu’elle propose des passages entre réalité et cauchemar extrêmement efficaces.

Il y a tout d’abord cette musique électronique et ce tournage dans une petite banlieue américaine qui rappellent fortement John Carpenter, influence majeure du réalisateur David Robert Mitchell. L’ouverture toute en tension nous plonge dans une ambiance digne de Halloween. Cependant, à l’inverse de l’imposant Michael Myers, la menace est invisible et Mitchell installe un climat de paranoïa qui fait toute la force du film. Dès que la créature se met à suivre l’héroïne, interprétée par Maika Monroe, It Follows oscille entre moments de fausse tranquillité et arrivées subites de l’ennemi. Rusé, Mitchell ne parsème son long métrage que de deux ou trois jump scares brillamment utilisés.

Le reste du temps, il nous met face aux réactions de l’héroïne et ses amis. It Follows présente une bande d’adolescents soudés qui fuient ensemble le danger. Le réalisateur ne passe pas par les habituelles remises en question des proches. Ne cherchant aucune rationalité, il souhaite au contraire mettre en avant les états d’esprit de chacun face à leur peur. A travers ses cinq personnages, ils dévoilent des natures courageuses mais réservées, ainsi que d’autres plus affirmées qui se laisseront prendre au piège. C’est en cela que le rapport à la sexualité est intéressant. Il s’agit de l’élément déclencheur du compte à rebours et là où certains ont vu en It Follows une œuvre sexiste, nous y avons trouvé le récit d’une adolescente qui n’est pas prête à tout sacrifier pour survivre et qui fait preuve de beaucoup plus de courage que ses partenaires.

Photo de Maika Monroe dans le film It Follows. L'actrice est en sous-vêtements, ligotée sur une chaise sous un pont. Elle est effrayée. Un jeune homme tenant une lampe torche se tient derrière elle.

A l’inverse de nombreux films d’horreur qui jouent des clichés de l’adolescence et réduisent leurs protagonistes au rang de fêtards débiles, It Follows met en avant des individus calmes et réfléchis qui font preuve d’une solidarité surprenante. A travers certains dialogues et regards lointains, Maika Monroe révèle une vraie sensibilité. Ses rapports amoureux sont présentés de manière simple. S’ils s’avèrent cruels, son personnage se pose rarement en victime, préférant au contraire trouver une solution pour éradiquer la menace. Nous retrouvons là un personnage fort et intelligent bien plus proche de la Laurie Strode de Halloween que des ringards dépassés présents dans tous les remakes des œuvres cultes des années 80 (Freddy, les griffes de la nuit ; Carrie, la vengeance).

En n’expliquant jamais l’origine du monstre, Mitchell sème une panique dans l’esprit des personnages mais aussi dans celui des spectateurs. Si les apparitions surprises sont prévisibles, le cinéaste parvient tout de même à nous faire douter des pouvoirs de la créature. Quand elle prend la forme d’un enfant, elle n’impressionne pas. C’est en cela qu’elle est terrifiante. Marchant lentement et n’affichant pas une intelligence supérieure, elle paraît rarement invincible. Au fil du film, Mitchell lui donne de l’ampleur jusqu’au final impressionnant, qui ridiculise par sa lisibilité toutes les conclusions foireuses de la saga Paranormal Activity. S’il n’est peut-être pas le chef d’œuvre vanté par la presse, It follows nous réconcilie tout de même avec l’épouvante, genre gâché ces dernières années par l’utilisation excessive du found footage.

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