Critique : La Famille Bélier – Happiness Therapy

Affiche de La Famille Bélier d'Eric Lartigau. Nous y voyons la famille de Louane regarder vers l'objectif avec sourire. Au premier plan, Louane fait un signe de coeur avec ses mains.

On attend chaque année le successeur de Bienvenue chez les ch’tis, le long métrage qui perpétuera la tradition lancée par La grande vadrouille, la grande comédie populaire qui boostera le moral des français avant de voir ses droits rachetés par les américains comme ce fut le cas pour Intouchables. En 2014, nous avons eu l’honneur de pouvoir reprendre goût à la vie grâce à Qu’est ce qu’on a fait au bon Dieu. En ce début d’année 2015, c’est au tour de La famille Bélier de servir d’antidépresseur à la population. S’il révèle une pudeur totalement absente de la comédie précitée avec Christian Clavier, le nouveau film d’Eric Lartigau ne file malheureusement pas la banane, provoquant quelques sourires ci et là et témoignant de notre incapacité à insuffler une véritable folie dans un genre devenu terne et redondant.

Sur le papier, La famille Bélier avait le potentiel d’être un long métrage fédérateur, touchant et surtout très drôle. En effet, l’histoire de cette jeune fille qui se découvre une passion pour la musique mais ne peut la partager avec sa famille atteinte de surdité avait de quoi attirer l’attention. Hélas, en sortant de la salle, nous avons une fois de plus eu le sentiment d’être passés à côté d’un sujet riche. Le long métrage aborde les thèmes de l’adolescence et du passage à l’âge adulte de manière totalement conventionnelle. Les premiers amours, la découverte du sexe et les remises en question ne font ni rêver, ni vraiment rire. Lorsque l’œuvre se concentre sur Paula, on a l’impression d’être devant un épisode de Soda. Ce sont ces passages qui provoquent un malaise et nous font penser que le genre stagne, n’osant jamais provoquer ou ne serait-ce que titiller un peu son public. A l’image des Profs ou de Fiston, La famille Bélier propose une vision fade d’une génération qui ne s’est pas renouvelée depuis Lol, excepté dans Les beaux gosses.

La famille Bélier est une famille modèle et unie. Cette famille, malgré ses différences, c’est la vôtre. L’amour, c’est aussi accepter les choix de l’autre. On s’attendait à recevoir ce genre de messages en entrant dans la salle. Le problème est que l’œuvre, malgré son énorme potentiel, ne propose rien d’autre. L’handicap qui touche la famille de Paula est traité de manière légère et Eric Lartigau s’efforce de ne pas tomber dans la caricature. C’est pourtant ce qu’il se passe lors des quelques séquences potaches qui, au lieu de surprendre le public, tombent dans l’humour graveleux et répétitif. A la différence de certains auteurs américains qui savent associer leur amour pour la vulgarité crasse à leur naïveté, nous préférons proposer un cinéma faussement libéré, censé secoué le spectateur mais préférant se brider par peur de ne pas emporter son adhésion. C’est ce qui fait de La famille Bélier une œuvre mineure et manquant d’audace.

Photo de Louane et François Damiens. La fille et son père discutent au pied d'un arbre. Le père a une main sur l'épaule de sa fille.

C’est dommage, surtout lorsque l’on voit sur l’affiche les noms de François Damiens (Dikkenek) et Eric Elmosnino (Gainsbourg, Vie héroïque), deux comédiens qui, s’ils ne font pas toujours les bons choix, ont su se démarquer par leur singularité. Les scènes les plus drôles et les plus sincères, c’est à eux que nous les devons. Louane Emera, jeune chanteuse talentueuse, a encore à prouver avant de pleinement nous convaincre. Cela est en grande partie dû au scénario qui lui réserve une évolution sympathique, mais extrêmement prévisible.

On regrette également que les chansons soient mal exploitées. L’idée de la réappropriation du répertoire de Michel Sardou est totalement assumée et donne lieu à des séquences savoureuses, surtout lorsqu’Elmosnino s’emporte pour le défendre. Mais les chansons sont rapidement expédiées lors d’un spectacle où l’émotion ne se fait pas ressentir, mis à part lorsque la musique s’estompe pour nous faire comprendre ce que vivent les Bélier. Cette idée de mise en scène, certes pas très subtile, est pourtant la meilleure du long métrage, ce qui prouve à quel point nos comédies se révèlent souvent paresseuses et sans ampleur. Les quelques bonnes boutades et le final réussi n’auront pas suffi à faire de La Famille Bélier le film « enchantant » que l’on nous avait promis.

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