Critique : La fille du train – Amour et amnésie

Affiche de La fille du train de Tate Taylor sur laquelle Emily Blunt regarde une demeure à travers la vitre d'un train.

Chaque matin, Rachel prend le train pour rejoindre l’île de Manhattan. Elle s’assoit à la même place et observe la maison d’un couple, située près de son ancienne demeure où son ex et sa nouvelle compagne vivent avec leur bébé. Rachel pense les connaître et lorsqu’un événement inhabituel survient, elle n’hésite pas à s’en mêler et se mettre en danger.

La présentation des trois héroïnes de La fille du train est particulièrement réussie. Le mystère se crée entre les suppositions de Rachel et les immersions dans les pensées d’Anna, la jeune mère et Megan, la voisine et nounou de sa fille. Nous suivons avec intérêt le décalage entre le regard des autres et leurs véritables motivations.

La structure narrative de La fille du train rappelle celle de Gone Girl. Tate Taylor n’a néanmoins pas le talent de metteur en scène de David Fincher. Les plans sont léchés mais ne provoquent ni la tension, ni l’émotion du long métrage dans lequel Ben Affleck est accusé du meurtre de sa femme. Petit à petit, les protagonistes s’accumulent et se rapprochent dans un script qui ne nous perturbe jamais. L’aspect romantique du film est mis en avant afin de déboucher sur des révélations bien loin des promesses de l’ouverture.

Photo d'Emily Blunt avançant dans une rue pavillonnaire dans le film La fille du train de Tate Taylor.

L’alcoolisme de Rachel brouille ses souvenirs et l’on ressent au départ sa sensation de flottement grâce aux plans très serrés. Elle s’évapore par la suite à mesure que l’héroïne avance dans son enquête.Le spectateur est censé douter de sa nature mais l’ambiguïté est de courte durée et n’est perceptible qu’à travers l’interprétation d’Emily Blunt, dont les moments de folie contrastent avec la monotonie de son quotidien. Son voyeurisme s’exprime dans des plans poseurs sur le couple de Megan, interprétée par Haley Bennett.

La nature volatile de cette dernière et le traumatisme qu’elle a subi sont dévoilés lors de flashbacks que l’on découvre progressivement. L’horreur de son passé est étouffée par une réalisation qui reprend tous les effets classiques du genre. Quant à Anna, incarnée par Rebecca Ferguson, l’alter ego de Tom Cruise dans Mission : Impossible – Rogue Nation, son rôle paraît accessoire et est mis de côté jusqu’au dénouement faussement spectaculaire.

Photo de Luke Evans et Haley Bennett buvant un verre de vin au coin du feu dans le film La fille du train de Tate Taylor.

La fille du train sonne comme un thriller daté qui, malgré ses intentions, n’est est en rien sulfureux ou marquant. Comme dans La Couleur des Sentiments, autre film de Tate Taylor où plusieurs destins de femmes se croisent, les stéréotypes prennent le pas sur l’histoire et empêchent tout le propos faussement engagé de décoller. Le final est gratuit et si la violence graphique est au rendez-vous, le cinéaste ne parvient pas à nous faire ressentir les tourments de ces trois femmes.

L’académisme du cinéaste provoque l’ennui. Pourtant, Tate Taylor avait trois excellentes comédiennes à sa disposition. Malgré un potentiel certain, l’adaptation du roman de Paula Hawkins tombe dans la caricature et abandonne ses héroïnes intéressantes. La fille du train est une déception bien loin du thriller psychologique qu’elle prétend être. Alors qu’il met en scène des menteurs, des lâches et des voyeurs, Tate Taylor ne trompe jamais son spectateur à cause d’une réalisation incapable de susciter son implication.

Ce contenu a été publié dans Critiques. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *