Critique : La forme de l’eau – La vie aquatique

Affiche de "La forme de l'eau" sur laquelle l'héroïne incarnée par Sally Hawkins et l'homme amphibie interprété par Doug Jones s'étreignent sous l'eau.

Femme de ménage dans un laboratoire gouvernemental secret, Elisa mène une vie solitaire. Muette, elle est seulement comprise par sa collègue et amie Zelda et son voisin Giles. Lorsqu’elle fait la découverte d’une créature gardée secrète, sa vie bascule. Elle apprend peu à peu à communiquer avec ce mystérieux homme amphibie, réceptif à ses gestes et ses attentions.

En trente ans de carrière, Guillermo Del Toro a considérablement marqué le cinéma fantastique de son emprunte. Avec La forme de l’eau, synthèse parfaite des thèmes qui lui sont chers à ranger parmi ses plus beaux films, le cinéaste mexicain ne déroge pas à la règle.

Del Toro nous offre tout d’abord une magnifique héroïne, prend le temps de dépeindre ses envies, ses liens avec ses amis et sa solitude qui n’est jamais montrée de façon harassante. Entourée de sa collègue et son voisin brillamment interprétés par Octavia Spencer et Richard Jenkins, Elisa s’acquitte de sa tâche avec discrétion et application. Sa bonté est d’emblée perceptible à travers le sourire de la comédienne Sally Hawkins, qui illumine chacun de ses échanges avec ses proches.

Comme dans le reste de sa filmographie, du Labyrinthe de Pan à Pacific Rim, le cinéaste nous plonge dans l’univers de son héroïne avec une facilité déconcertante. Néanmoins, contrairement à certains de ses précédents longs-métrages, Del Toro appuie davantage sur certains clins d’œil, à commencer par celui fait au mythe d’Orphée placardé sur le cinéma au-dessus duquel vivent Elisa et Giles, sobrement nommé l’Orpheum.

Photo sur laquelle Elisa (Sally Hawkins) et l'homme amphibie (Doug Jones) se tiennent debout dans un cinéma dans La forme de l'eau de Guillermo Del Toro.

Lorsque l’héroïne découvre l’homme amphibie, la fascination est immédiate et découle rapidement sur l’envie de s’en rapprocher. Elisa souhaite délivrer une créature que l’on voit finalement peu dans la première partie. Les rares indices qui nous sont donnés sur elle rappellent L’étrange créature du lac noir de Jack Arnold. Une réplique du méchant incarné par Michael Shannon dans La Forme de l’eau laisse d’ailleurs penser que le long-métrage aurait très bien pu être la suite de ce classique du film de monstres.

Quand Elisa met au point son plan, le long-métrage se transforme en récit d’aventure sans temps mort. Chacun des personnages, développé rapidement mais de façon parfaitement équitable dans la première partie, tient alors un rôle capital dans la possible réussite ou l’échec total de l’héroïne. Le rythme est haletant, la caméra de Del Toro en perpétuel mouvement, et le spectateur ressent le poids de la mission qui pèse sur Elisa, Zelda mais également le scientifique incarné par Michael Stuhlbarg, décidément dans tous les bons coups après Pentagon Papers.

Comme toujours chez Del Toro, les monstres sont bien les humains et non les créatures qui les inquiètent ou les fascinent. Ici, c’est le génial Michael Shannon qui s’avère à la fois effrayant, répugnant mais également très fragile. Terrorisé par sa hiérarchie dans ce contexte de Guerre froide, l’agent qu’il interprète est prêt à tout pour accomplir sa mission. Une fois encore, la société en échelle dépeinte par Del Toro ternit l’âme de certains protagonistes et révèle leur pourriture.

Photo tirée de La Forme de L'Eau de Guillermo Del Toro sur laquelle l'homme amphibie (Doug Jones) et Elisa (Sally Hawkins) s'embrassent sous l'eau.

L’histoire d’amour est développée à travers des séquences qui ne cessent de nous bouleverser jusqu’à la somptueuse scène finale. Del Toro nous offre par exemple un magnifique aparté musical, où la profondeur des rapports entre Elisa et l’homme amphibie est parfaitement dévoilée. Par ailleurs, le réalisateur est nettement plus frontal que dans ses autres films lorsqu’il s’agit de filmer les rapports charnels, essentiels à l’évolution des deux personnages principaux.

La pureté des sentiments évoqués dans Le forme de l’eau, la bienveillance de la plupart des protagonistes et les talents narratifs du réalisateur associés à ses choix visuels font que l’on plonge avec un plaisir incommensurable dans le long-métrage. Comme pour l’héroïne, le retour à la surface est difficile.

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2 réponses à Critique : La forme de l’eau – La vie aquatique

  1. Sapana dit :

    Parce que ce nest pas très pertinent et que cest ce que la plupart des gens ont dabord remarqué lors de la diffusion de la première bande-annonce. La créature de The shape of water a certes un design proche mais plein de détails différents. Il ne bouge pas de la même façon et ne parle pas. Est-ce que Del Toro fait une référence à Hellboy ou bien est-ce que le design de sa créature est en fait une évolution/hommage de celui de La créature du lagon noir ? Je penche plutôt pour lhommage à La Créature du lagon. Plein de gens voit dans The shape of water une préquelle au personnage de A.Sapien. Pourtant il ny aucune passerelle entre les deux univers. The shape of water est conçu comme un stand alone. Encore une fois, vous en êtes resté à la forme sans aller plus loin que ça. Cest juste incompréhensible sur un site comme Dailymars où on sattend à autre chose quune critique de type jaime/jaime pas. La forme de The shape of water est le conte. Del Toro parle de lAmérique au travers dune forme de récit allégorique où le monstre représente quelque chose, les femmes racisées ou handicapées autre chose, le méchant attaché aux symboles phallique une autre chose, jusquà la couleur de la garniture des tartes dessinée par le publiciste, etc, etc Cest là que se situe lanalyse du film, celle à côté de laquelle vous êtes passé en restant bloqué sur la forme 1er degré du film. Bon, ce nest pas grave.

    • Kévin Romanet dit :

      Je suis complètement d’accord au sujet d’A. Sapien, il ne s’agit pas d’un prequel mais bien d’un stand alone qui n’a pas de lien avec le personnage de Hellboy. Del Toro a d’ailleurs affirmé qu’il ne fallait pas y voir un récit de son passé. Au sujet du conte, je suis totalement d’accord avec vous, tout comme pour les symboles. Le film parle effectivement de la mise en valeur de la différence, sujet qui n’a pas été abordé dans l’article qui manque clairement de recul. L’objectif n’était pas de livrer une analyse détaillée du film, qui mériterait bien des pages, mais d’exprimer un ressenti à chaud. Si certains éléments sont effectivement visibles dans la bande-annonce, ils restent tout de même extrêmement marquants lorsque l’on voit le film. La bienveillance de la plupart des personnages est par exemple capitale pour le récit, qui prend comme vous l’avez souligné la forme d’un conte. Je pense qu’il y a énormément de choses à voir dans La forme de l’eau, des plus évidentes aux plus enfouies et que chacun saura mettre en valeur à sa guise 🙂 Ce n’est pas l’abondance de symboles qui m’a finalement le plus marqué dans le film mais son héroïne, peut-être celle que je préfère avec la petite fille du Labyrinthe de Pan et Hellboy, ainsi que l’histoire d’amour qui semble être amenée simplement et qui fonctionne à chaque minute dans ce récit sans temps mort. Quoi qu’il en soit, le film mérite en effet une plus large analyse, plus documentée et davantage axée sur le message.

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