Critique : Les Ailes du désir – Le grand saut

Affiche du film Les ailes du désir de Wim Wenders. Nous y voyons l'ange incarné par Bruno Ganz observé le sol depuis le toit d'un immeuble berlinois.

Deux ans avant la chute du Mur de Berlin sortait Les Ailes du désir, l’un des films les plus reconnus de Wim Wenders mais également l’un des plus représentatifs de la scission entre Berlin Ouest et Berlin Est.

Nous y suivons deux anges confortablement installés au dessus de la capitale allemande occupés à observer la vie des citadins et à les aider. Damiel, curieux de découvrir la condition humaine, fait part à Cassiel de sa volonté de devenir mortel. Au fur et à mesure du récit, Damiel s’attache à Marion, une trapéziste qui ressent étrangement sa présence.

A la veille de l’effondrement du Mur, Wenders filme des anges survolant une ville cloisonnée qui n’a d’un coup plus de frontière. Il immortalise certains paysages à commencer par Postdamer Platz, terrain vague désert sur lequel un vieillard mourant se perd et laisse aller son désespoir. Les anges sont les témoins d’une cité en pleine évolution et grâce à leur présence, Wenders trouve le moyen de s’intéresser aux millions de vies qui fourmillent dans la capitale.

En intégrant des voix off et à travers le regard bienveillant des anges, Wenders donne de l’importance à une galerie d’individus passionnants, dont la profondeur des pensées, les tracas et la générosité enlèvent tout sentiment de tension imposé par la séparation de la ville. Le cinéaste revalorise les gestes quotidiens et la multitude de sensations qui traverse l’être humain. Lors des monologues de Damiel, interprété par un Bruno Ganz (La Chute) impressionnant, Wenders réussit à confronter le spectateur à sa propre nature sans complaisance et à dévoiler la beauté des épreuves qui ont marqué tous les personnages. Cela se ressent aussi avec l’utilisation du noir et blanc pour retranscrire le point de vue des anges, constamment centrés sur l’esprit, et de la couleur lors de leur absence pour mettre en avant les émotions bien plus nuancées vécues par les humains.

Photo de Bruno Ganz et Peter Falk dans le film Les ailes du désir de Wim Wenders. Les deux comédiens échangent à un stand de hot-dog à Berlin.

Damiel décide de troquer son immortalité contre la découverte des sens et si l’on pensait qu’il serait capable de s’adapter aisément, on prend plaisir à le voir tâtonner et à s’ébahir devant des actions qui n’ont pour nous aucune importance. En introduisant le personnage de Peter Falk (Husbands), acteur à l’étonnante capacité d’observation dans son propre rôle, Wenders offre au personnage de Damiel une aide pour ses nombreuses découvertes mais donne également une vision intéressante du comédien passionné incapable de sortir du processus d’imitation.

En mettant de la distance par rapport au récit grâce à l’absence de sentiments et donc de jugement des anges, Wenders signe une œuvre tolérante. La voix off trouve une résonance particulière en étant bien plus qu’un simple guide pour le spectateur. Le réalisateur l’utilise pour les introspections des citoyens que l’on aime connaître pour leurs questions simples et leur état des lieux sans amertume sur la vie.

Œuvre méta, film fantastique et romantique, Les Ailes du désir reste toujours, 28 ans après sa sortie, un long métrage inclassable. Qu’il filme Berlin en noir et blanc ou en couleur, Wenders met en avant sa dimension artistique et sa grandeur tout en se concentrant sur le parcours d’individus marqués mais jamais prisonniers de la situation politique. Les Ailes du désir est l’exact opposé de son piètre remake américain La cité des anges, monument de mièvrerie qui n’arrive jamais à poser les questions universelles soulevées par son modèle.

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