Critique : Les Combattants – La grande évasion

Affiche du film Les combattants de Thomas Cailley. Les deux acteurs hurlent dans un paysage ensoleillé.

Alors que les adolescents courent au cinéma pour aller voir le tragique Nos étoiles contraires dont la communication et le traitement ne font que rabaisser le sujet, une autre romance est sortie la même semaine. Malheureusement, cette dernière ne connaîtra pas le même succès en salles. Pourtant, Les combattants est assurément l’une des œuvres romantiques les plus réussies de l’année, qui évite un grand nombre de clichés et confirme le talent de deux jeunes acteurs.

Les combattants ne nous présente pas un couple lié par la maladie ou des problèmes financiers. Le film n’est pas parsemé de meurtre, d’adultère ou de tous les effets rocambolesques auxquels nous avons été habitués. Au contraire, le long métrage de Thomas Cailley est simple et avance naturellement. Le réalisateur n’a besoin que de dialogues subtils, de deux comédiens en béton et de jolis paysages pour nous raconter l’histoire de deux jeunes qui fuient leur routine pour affronter la fin du monde et mieux se découvrir.

Dans la première partie, ce sont leurs différences qui rendent Les Combattants intéressant et surtout très drôle. Adèle Haenel mène une vie tranquille mais s’obstine à se préparer coûte que coûte pour l’apocalypse, pendant que Kevin Azaïs fait le deuil de son père de manière plus calme et terre à terre en s’efforçant de reprendre l’entreprise familiale. Chacun gère ses drames à sa manière, sans les exposer vulgairement, et c’est d’ailleurs ce qui les amène à se rencontrer. Arnaud doit effectuer des travaux dans la maison des parents de Madeleine, qui se prépare pour un stage chez les paramilitaires. Pendant que l’un survit, l’autre prépare son combat.

Photo d'Adèle Haenel et Kevin Azais dans le film Les combattants. Les deux acteurs sont en tenue militaire dans la forêt et discutent assis sur un arbre.

Avec ce point de départ et les angoisses de ses personnages, Cailley aurait pu tomber dans l’émotion facile. Au lieu de ça, il préfère dédramatiser et dresser le portrait de deux combattants réservés et adorables. A travers leurs regards et leurs tâcles naît une histoire d’amour qui paraît originale tant elle n’est pas gâchée par des paroles mièvres et des comportements mielleux. Au lieu des chansons à l’eau de rose, nous avons droit à la composition énergique de Hit+Run. Au lieu du barbu viril et de la jeune fille timide mais mignonne, nous avons droit au doux Kevin Azaïs et à la grande gueule Adèle Haenel, deux acteurs qui respirent la sincérité. Plutôt que de filmer cette rencontre sous le ciel étoilé du Pont des Arts éclairé par d’insupportables filtres jaunes dignes des meilleures compositions Instagram, Cailley nous emmène dans un stage militaire. Il ridiculise les épisodes d’Enquête Exclusive en deux séquences et termine son histoire loin de tout, dans une forêt des Landes afin de mieux nous rapprocher de ces deux êtres profondément touchants.

A une époque où tout passe par la parole, surtout dans le cinéma français, Thomas Cailley a compris que l’économie de mots ne signifiait pas l’absence de sentiments. Il laisse ses personnages s’exprimer autrement et leur liberté procure un sentiment que l’on n’avait pas ressentis depuis un bon moment devant une œuvre romantique.

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