Critique : L’homme aux mille visages – L’arnaqueur

Affiche de L'homme aux mille visages d'Alberto Rodriguez sur laquelle le héros se tient au centre de l'affiche debout et une multitude de ses ombres sont autour de lui.

Trahi par son gouvernement, Francisco Paesa est engagé pour résoudre une affaire de détournement de fonds qui pourrait engendrer un véritable scandale en Espagne. L’ancien agent secret voit à travers cette proposition la possibilité de se venger et de récupérer une somme colossale.

Présenté comme un homme qui a tout perdu et qui ne paraît pas spécialement malin dans les premières séquences, Francisco Paesa est l’un des protagonistes les plus intéressants que l’on ait vu au cinéma depuis le début d’année. Dès le départ, Alberto Rodriguez brouille les pistes en confiant la voix off à un personnage secondaire et perd le spectateur dans un enchaînement de flashbacks et d’ellipses.

La musique et le montage dynamique contrastent avec la nature extrêmement calme et réservée de Paesa. Chacun des personnages qui l’entourent pense l’avoir cerné, à commencer par Luis Roldán, l’ancien directeur de la garde civile accusé de corruption sur lequel Paesa exerce un contrôle total. S’il a le même talent et la même facilité pour convaincre que Frank Abagnale, le héros d’Arrête moi si tu peux, Paesa n’a pas sa candeur et son désir de revanche ne s’exprime qu’à travers de rares regards. En cela, le titre du film résume parfaitement l’escroc.

Photo de José Coronado et Carlos Santos dans le film L'homme aux mille visages d'Alberto Rodriguez. Coronado présente deux passeports aux autorités d'un aéroport et Santos se tient juste derrière lui, à sa droite.

Si L’homme aux mille visages souffre de quelques baisses de rythme, Alberto Rodriguez n’a aucun mal à faire douter le spectateur de la finalité d’un scandale qui secoua l’Espagne dans les années 90. Le public est baladé entre les nombreux enjeux et les différents états d’âme des seconds rôles. A plusieurs reprises, le projet de Paesa semble compromis. L’homme est en réalité redoutable et le puzzle finit de s’assembler dans la dernière demi-heure où tous les protagonistes apparemment importants s’effondrent une fois que leurs ficelles sont lâchées.

La conclusion paraît expéditive mais elle synthétise à merveille le côté insaisissable d’un homme qui a su faire tomber un gouvernement. Dans ses silences, ses observations et sa façon de ne jamais dévoiler ses intentions, Paesa rappelle Smiley, l’agent secret interprété par Gary Oldman dans La Taupe qui servait une toute autre cause.

Photo d'Eduard Fernandez dans le film L'homme aux mille visages d'Alberto Rodriguez où l'homme est dans Paris, semble observer quelque chose tout en fumant une cigarette. Il porte des lunettes de soleil.

Francisco Paesa est un marionnettiste féroce que l’on trouve pathétique avant de percevoir sa jubilation lorsque sa vengeance commence à se concrétiser. Alberto Rodriguez n’expose jamais ses convictions morales et laisse les autres protagonistes se justifier avant de chuter les uns après les autres.

Le cinéaste réussit, à travers une reconstitution impeccable, à dévoiler les motivations d’un individu insondable sans jamais les exprimer clairement. On comprend la grandeur de son influence une fois que le film est terminé. Porté par l’excellent Eduard Fernández (Truman, La méthode), Francisco Paesa est un personnage qui demeure longtemps dans l’esprit du spectateur pris de court par son plan dévoilé avec brio par le réalisateur de La Isla Mínima.

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