Critique : L’homme irrationnel – La grande illusion

Poster de L'homme irrationnel de Woody Allen. Joaquin Phoenix se tient adossé à un voiture et regarde derrière lui avec un air suspicieux. Le reste de l'affiche comprend les informations textuelles sur un fond blanc.

Depuis l’excellent Boris de Whatever Works, nous n’avions pas été surpris par un personnage de Woody Allen autant que par cet homme irrationnel. Professeur de philosophie complètement blasé, Abe est, à l’image de son créateur, rongé par des questions universelles et paradoxales. Débarquant dans une université américaine bien tranquille, Abe n’arrive toujours pas à reprendre goût à la vie malgré sa relation avec Jill, une étudiante fascinée par ce penseur désabusé.

Beaucoup plus que dans le sympathique Magic in the Moonlight, Woody Allen retrouve un vrai sens du rythme et nous passionne avec les questions et le mal-être de ce professeur alcoolique et séducteur.

Le cinéaste trouve le parfait équilibre entre un suspense bien amené et la romance portée par deux comédiens qui collent parfaitement à son univers. La candeur d’Emma Stone, en admiration totale devant un Joaquin Phoenix ravagé fait que l’on s’attache aux deux protagonistes et à leur histoire d’amour naissante. Puis Allen revient à l’humour grinçant et à la cruauté de sa trilogie londonienne. Sur l’aspect romantique et l’importance de la suspicion, L’homme irrationnel réussit là où Scoop échouait. Lorsqu’il bascule pleinement dans le thriller, le film prend à revers le spectateur qui ne porte plus d’intérêt aux questions de son personnage principal mais à celle de son héroïne transformée en enquêtrice maligne.

Photographie du film L'homme irrationnel de Woody Allen. Emma Stone et Joaquin Phoenix rient ensemble et s'apprêtent à participer à un stand de fête foraine. La photo est très colorée.

L’attitude de Phoenix que l’on sent constamment en train de flotter séduit d’abord mais Allen lui réserve une évolution assez inattendue. La conclusion de L’homme irrationnel nous reste bien plus longtemps à l’esprit que celle des insignifiants To Rome with love et Vous allez rencontrer un bel et sombre inconnu. L’auteur n’a rien perdu de son cynisme et de ses doutes sur l’existence. Sans se réinventer, il exploite son filon avec originalité et sa marque de fabrique n’a pas empêché L’homme irrationnel de nous épater. Hormis dans l’écriture de ses protagonistes redondants mais assumés, le long métrage continue de s’écarter des Woody Allen du début et se rapproche de l’esthétique lumineuse de ses récentes œuvres.

Oscillant entre la légèreté du couple, l’enquête menée malgré elle par Emma Stone et les principes philosophiques remis en question tout au long de l’œuvre, Allen se recycle avec énergie. Les traits d’esprit et la finesse d’écriture s’accordent avec l’absurdité des personnages grossiers planqués derrière leur masque universitaire. Cela se ressent lors des échanges entre Phoenix et la trop rare Parker Posey qui dévoilent les dessous de la vie du campus exemplaire.

Une nouvelle fois, Allen propose une galerie de protagonistes à son image, des intellectuels passionnés par la morale kantienne qui sauront très vite revenir à leurs instincts primaires lorsqu’ils se retrouveront dans la panade. C’est ce qui fait tout le charme de ce rendez-vous annuel.

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