Critique : L’horloger de Saint-Paul – Simples secrets

Affiche de L'horloger de Saint-Paul de Bertrand Tavernier. Nous y distinguons le cadran d'une horloge, une photo de Philippe Noiret ainsi qu'une voiture en feu au second plan.

Jean Rochefort vient de fêter ses 85 ans. C’est l’occasion idéale pour revenir sur l’un de ses meilleurs films, L’horloger de Saint-Paul, qui ouvre magistralement la filmographie de Bertrand Tavernier.

Ce premier long métrage débute dans les rues du Vieux Lyon, dans lesquelles un horloger discute avec ses amis autour d’une table d’un bouchon. Dans ce petit restaurant, l’effervescence des dialogues frappe et le naturel des comédiens séduit. Comme souvent chez Tavernier, nous sommes dans l’observation du réel retranscrit avec une narration extrêmement bien pensée. Immédiatement, au milieu de ce groupe, nous n’avons d’yeux que pour Philippe Noiret, ce grand homme qui parle fort mais n’aboie jamais.

Rien ne laisse présager que ce paisible citadin s’apprête à vivre le drame de sa vie mais également ses plus belles retrouvailles. Le fils de l’horloger est accusé de meurtre et a pris la fuite. Pour Michel Descombes, c’est la désillusion. Lui qui pensait qu’il n’avait que de simples divergences avec son enfant réalise qu’il ne le connaissait pas. Débarque alors Rochefort, le policier pragmatique mais compréhensif. La relation qu’il entretiendra avec Noiret tout au long du film nous permet d’en savoir plus sur ce fils disparu mais surtout sur l’horloger, partagé entre réserve et besoin de comprendre.

Photo de Philippe Noiret dans le film L'horloger de Saint-Paul de Bertrand Tavernier. Nous y voyons le comédien assis sur les quais de Saône de Lyon, discutant avec son ami incarné par Jacques Denis.

Avec ses personnages humanistes et empathiques, Tavernier livre une œuvre dramatique mais optimiste. Il est bon de redécouvrir des acteurs qui parlent peu mais bien et qui ont la capacité de véritablement s’effacer derrière leurs personnages. Amoureux du Cinéma, Tavernier a toujours su utiliser l’image comme un langage, comme l’ont fait avant lui les cinéastes qu’il revendique (Michael Powell, John Ford). Le réalisateur filme Lyon comme un espace tranquille et construit dans cette ville un récit qui s’accorde parfaitement avec ses rues, ce qui n’était pas le cas des autres œuvres tournées dans la capitale des Gaules, à commencer par le mauvais Parole de flic. Dans les rues pavées dans lesquelles vivent les artisans, Noiret fait entièrement partie du décor et les traboules qu’il traverse s’accordent parfaitement à sa bonhomie naturelle.

Au lieu de mettre en place une enquête et d’installer un suspense, Tavernier s’attarde sur la volonté de comprendre du père et non sur la gravité du crime. L’acte importe moins que les raisons et le spectateur attend seulement la confrontation familiale. A travers les silences et les regards fuyants, Noiret révèle une sensibilité désarmante dans le dernier acte.

Adapté d’un roman de Simenon, L’horloger d’Everton, le film de Tavernier est une chronique familiale juste qui prouve que les écarts par rapport au matériau littéraire peuvent aussi être de grandes qualités. Le cinéaste sait mettre en avant dans ses films des personnages entiers et discrets (Un dimanche à la campagne, Dans la brume électrique) malgré son talent pour moquer la tromperie et l’hypocrisie (Coup de torchon, Quai d’Orsay). C’est ce qu’on retiendra de L’horloger de Saint-Paul et de cet affrontement entre un père désorienté et un policier tiraillé entre son devoir et son envie d’agir le plus justement possible. Jamais grossier et sachant exprimer subtilement les sentiments et états d’âme de ses personnages, Tavernier signait en 1974 un premier film plein de sincérité et prouvait que l’image est son meilleur moyen d’expression.

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