Critique : Mademoiselle – L’art délicat de la séduction

Affiche de Mademoiselle de Park Chan-wook sur laquelle Kim Min-Hee est face à plusieurs hommes avant une lecture.

Sookee a appris le recel et le vol dans son enfance. Elle est recrutée par un escroc se faisant passer pour un comte afin de voler l’héritage de Hideko, une riche japonaise. Le plan se déroule d’abord comme prévu mais est rapidement perturbé par les sentiments naissants de Sookee pour Hideko.

Du premier au dernier plan, les émotions que procure Mademoiselle sont d’une intensité rare. Comme dans plusieurs de ses précédents films, Park Chan-wook réussit à distiller des indices et éléments de façon anodine qui font sens à mesure que l’œuvre avance.

En très peu d’images, il révèle la vie de Sookee dans un village coréen que l’on découvre sous une pluie battante. Sa capacité d’observation exprimée en voix off et ses talents pour le recel sont brillamment dévoilés à tel point que l’on ne doute jamais de ses capacités.

Photo de Kim Min-hee se faisant soigner les pieds par Kim Tae-ri dans le film Mademoiselle de Park Chan-wook.

Pourtant, le spectateur est trompé une première fois. Il le sera à plusieurs reprises jusqu’à l’apparition du générique de fin qui provoque un grand soulagement. Grâce une narration d’une fluidité incroyable, Park Chan-wook nous fait croire à la force inébranlable d’individus qu’il n’arrêtera pas de briser par la suite.

Les mensonges proférés par les personnages leur permettent d’abord de s’enrichir, puis de sauver leur vie. Jouant sans cesse de l’architecture du manoir et de ses murs très fins, Park Chan-wook rend les stratégies difficiles à déployer tant chaque protagoniste est dans une méfiance constante des autres. Là encore, en fonction de l’angle de la caméra, des coupures parfois brusques du montage, les interprétations du spectateur sont expéditives et souvent fausses.

Le réalisateur utilise des objets pour révéler la nature de ses personnages, à l’image du poulpe vivant d’Old Boy que le héros dévorait. La libération que peuvent susciter une cigarette ou des boules de Geisha ou le dégout ressenti devant l’encre dans la bouche de l’oncle de Hideko font à plusieurs reprises avancer et basculer le récit.

Photo de Kim Min-hee face à Jin-woong Cho assis face à face dans Mademoiselle de Park Chan-wook. Elle s'apprête à lire alors qu'il regarde vers l'objectif avec un air sombre.

Les décors, les costumes et la photographie ne font jamais office d’emballage dans Mademoiselle. Ils sont au service d’un scénario totalement maîtrisé tour à tour effrayant et poignant. L’élégance formelle marque davantage les divergences entre Sookee et Hideko, japonaise vivant en Corée durant la colonisation dans les années 30. Malgré leurs différences sociales, le désir de vengeance amené progressivement face aux actes manipulateurs et pervers est le même. Jusqu’au magnifique final, le spectateur est partagé entre la crainte d’une trahison et la réussite d’un plan qu’il n’aurait jamais pu imaginer au départ.

Park Chan-wook alterne entre moments de cruauté extrêmement rudes et déclarations délicates très touchantes. Les envolées sont de plus en plus nombreuses et l’intensité que provoquait le suspense disparaît pour laisser place à une éblouissante montée des sentiments.

Thriller mystérieux parsemé d’un humour très noir, mélodrame gracieux brillamment porté par Kim Tae-ri et Kim Min-hee, immersion dans une époque et un manoir où tous les rapports humains sont faussés, Mademoiselle sait être tout cela à la fois et s’impose comme l’un des films les plus beaux, passionnants et aboutis de l’année.

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