Critique : Maestro – Conte d’été

Affiche du film Maestro de Léa Fazer. Devant un fond jaune, les personnages incarnés par Pio Marmaï et Michael Lonsdale échangent avec un air complice.

Passé inaperçu lors de sa sortie en salles l’été dernier, perdu au milieu des merveilles que sont Lucy, Expendables 3 et Black Storm, Maestro est pourtant l’une des comédies françaises les plus agréables de l’année 2014.

Inspiré de la relation entre Eric Rohmer et Jocelyn Quivrin, Maestro est centré sur le tournage des Amours d’Astrée et de Céladon, dernier long métrage du metteur en scène de Pauline à la plage. Ecrit par Quivrin et Léa Fazer, grande amie du comédien et également réalisatrice, Maestro séduit d’emblée par le portrait qui est fait d’Henri, jeune comédien qui aspire à devenir le Bruce Willis parisien mais qui a parfois du mal à quitter son canapé.

A travers les blagues potaches d’Henri et ses relations amicales, on retrouve la personnalité détachée que Quivrin laissait transparaître dans certains de ses films (99 francs, Incognito). Léa Fazer, qui l’avait dirigé dans Notre univers impitoyable et Ensemble c’est trop, montre durant ces premières minutes l’affection qu’elle porte à ce glandeur profondément attachant. Pio Marmaï, dans sa décontraction absolue, rappelle certains acteurs emblématiques du paysage comique américain à l’image de l’excellent Paul Rudd (Our idiot brother).

Photo de Pio Marmai et Michael Lonsdale. Les deux comédiens sont assis dans la nature et observent le paysage en silence.

Si la légèreté de la mise en place sera présente durant tout le long métrage, elle s’estompera petit à petit avec l’apparition du réalisateur Cédric Rovère. En plus d’être une comédie réussie et drôle de bout en bout, Maestro nous présente surtout un fabuleux récit initiatique au travers duquel Henri découvrira grâce à Rovère une autre facette du cinéma et un amour inconditionnel pour les mots. Si l’on aurait aimé plus de scènes entre les deux personnages, on se réjouit de chacun de leurs échanges et Fazer montre que leur relation était à double sens. Jamais les gouts d’Henri pour un cinéma populaire de très haute qualité (Die Hard) ne sont remis en question ou tournés à la dérision. La simplicité des deux personnages principaux rend le film passionnant et l’on attend toujours les interventions captivantes de l’excellent Michael Lonsdale (Le nom de la rose) qui nous font presque oublier la romance entre Henri et une jeune comédienne fascinée par le travail de Rovère.

Léa Fazer réussit à nous immerger dans les coulisses d’un film « d’auteur » en signant une comédie populaire au ton juste et nous rappelle que le mélange des univers peut être source de créativité. A défaut d’être originale, Maestro est une œuvre sincère et émouvante dans sa manière d’aborder l’importance du partage et de la transmission. Le long métrage donne à la fois envie de se plonger dans la vaste carrière de Rohmer mais également dans celle trop courte et parfois ponctuée d’échecs (L’empire des loups) de Jocelyn Quivrin, acteur à l’allure singulière et marquante à l’aise aussi bien chez Jean-Claude Brisseau que chez Jan Kounen.

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