Critique : Manhunter – Traqué

Affiche dessinée de Manhunter sur laquelle Nous voyons le portrait de William Petersen  et sur le milieu de l'affiche nous le voyons pénétrer dans une pièce avec une lampe torche.

Après avoir incarcéré le docteur Hannibal Lecktor, l’agent fédéral Will Graham vit retiré avec sa famille et tente de se remettre des dégâts que lui a causés le psychiatre. Son ancien collègue Jack Crawford vient lui demander de l’aide pour traquer un autre tueur en série qui s’attaque à des familles. Graham va devoir plonger dans l’esprit du psychopathe qui se fait appeler Dragon Rouge.

Dans Manhunter, la présence de Hannibal est nécessaire au récit mais le film n’est pas centré autour de lui comme la version de Brett Ratner où Will Graham, personnage fascinant chez Michael Mann, perdait toute sa profondeur. S’il nécessite l’aide du psychiatre, le profiler est néanmoins doté d’un instinct et d’une empathie envers les meurtriers parfaitement mis en avant par la mise en scène.

Sa capacité à se contrôler et sa difficulté à lutter contre les horreurs qu’il découvre sont les axes dramatiques centraux. Graham doit les affronter tout en avançant dans l’enquête. Lorsqu’il pénètre sur une scène de crime pour comprendre le comportement du tueur, le suspense est à son comble alors qu’il est seul sur les lieux. Michael Mann réussit à nous faire pénétrer dans le tiraillement qui anime Graham tout en dévoilant les actes atroces du Dragon Rouge. A mesure que les indices se multiplient, l’agent du FBI s’autodétruit.

Photo de William Petersen et Brian Cox discutant dans la cellule protégée de Hannibal dans le film Manhunter de Michael Mann.

Le cinéaste dévoile dans la dernière partie la personnalité du Dragon Rouge et l’on comprend que les visions du profiler étaient bonnes. Son sens de l’anticipation permet de faire évoluer l’histoire et Manhunter est une traque qui ne lâche jamais le spectateur. Pour attraper le prédateur, Graham est obligé de se mettre dans sa peau. L’œuvre rappelle ainsi Cruising de William Friedkin, autre grand thriller où le héros incarné Pacino finissait par se perdre totalement dans son jeu de piste avec un tueur.

Le long métrage de Mann est néanmoins bien moins sombre tant la volonté de Graham est perceptible à chaque instant. Il est calme, pragmatique et déterminé à l’image du Neil McCauley de Heat. Sa vie de famille est d’ailleurs aussi importante que l’histoire d’amour naissante du braqueur et conditionne des décisions capitales dans l’avancée du récit. Le réalisateur ne met de côté aucun protagoniste et parvient à dévoiler le charisme, la subtilité et la perversité de Hannibal en trois scènes où l’excellent Brian Cox ne quitte jamais sa cellule.

Photo de William Petersen pointant son arme vers la caméra dans le film Manhunter de Michael Mann.

Nous retrouvons dans Manhunter les couleurs et le pistolet braqué vers l’objectif de Heat, les plans aériens au dessus des villes éclairées et les vues sur l’océan que Mann ne cessera de rendre sublimes jusqu’à Miami Vice, où l’utilisation du numérique offre une atmosphère encore plus immersive. On pense à Sam Peckinpah dans le final impressionnant où les ralentis accentuent la violence et la force brute du Dragon Rouge. On perçoit également l’influence de Mann sur de jeunes cinéastes comme Nicolas Winding Refn qui a déjà une filmographie aussi singulière et belle que ses brillants aînés.

Le récit a été repris dans la série Hannibal et le triste Dragon Rouge mais Manhunter est l’adaptation la plus intense et émouvante du roman de Thomas Harris. Elle annonce déjà l’incroyable carrière de Michael Mann.

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