Critique : Maps to the Stars – Panique à Hollywood

Affiche de Maps To The Stars de David Cronenberg, sur laquelle nous voyons Hollywood s'embraser.

Pour son nouveau film sélectionné au dernier Festival de Cannes, David Cronenberg s’est attaqué à Hollywood, ce petit coin de paradis où les stars vivent paisiblement, où Marilyn Monroe a connu une fin de vie heureuse et où Meg Ryan a relancé sa carrière grâce à un lifting salvateur. Après la mafia russe et la psychanalyse, le cinéaste s’est intéressé à un autre champ de bataille où la violence règne en maître.

Nous y retrouvons Havana Segrand et Benjie Weiss, deux acteurs avides de succès, d’argent et de récompenses. La première est sur le déclin et rêve de réinterpréter le rôle qui offrit la gloire à sa mère, une étoile de l’âge d’or. Le second compte bien profiter de sa jeunesse au maximum en surfant sur la popularité qu’il a auprès des adolescents. Leurs ambitions seront chamboulées avec l’arrivée d’une jeune femme énigmatique.

Cette dernière, Agatha, est le personnage principal de l’œuvre. Brûlée, elle est rejetée par les autres protagonistes à cause de son apparence alors qu’elle est la personne la plus équilibrée de cette troupe de névrosés. Ses cicatrices nous rappellent celles des personnages de Crash et les doutes qu’elle sème sont semblables à ceux que Viggo Mortensen nous laissait dans A History of Violence et Les promesses de l’ombre. Comme souvent chez Cronenberg, la première opinion du spectateur n’est jamais la bonne.

Si le cinéaste a délaissé le fantastique depuis un moment, il s’amuse toujours autant à mettre en images l’esprit halluciné de ses protagonistes et notamment de son héroïne pas si naïve et attendrissante. Cela donne lieu à des séquences tendues où l’on oscille entre réalité et fantasmes morbides. Peu à peu, la folie prend le dessus et l’œuvre se termine sur un déchainement logique qui laisse le spectateur dubitatif. Le malaise est total et l’on sort de la salle secoué. Sur la fin, Cronenberg refuse la rationalité et cela lui permet de retranscrire à merveille la démence d’Hollywood, territoire d’esprits cramés impossibles à capter.

Photo de Julianne Moore dans le film Maps to the Stars de David Cronenberg. L'actrice médite en position de yoga dans une villa.

Histoire d’amour et de vengeance qu’on ne dévoilera pas afin d’éviter les spoilers, Maps to the Stars est également la satire d’un système pervers où les stars n’ont plus aucune notion de la réalité. Ne souhaitant pas généraliser, Cronenberg s’attarde sur deux comédiens qui apportent chacun leurs répliques féroces et leur lot de situations improbables et souvent insensées. Julianne Moore incarne l’actrice sur le déclin, rabattue sur ses problèmes existentiels et ses séances de yoga très spéciales effectuées avec John Cusack, le père de Benjie, le jeune premier adepte des boissons énergisantes qui lui permettent de combler son manque de codéine. Moore a rarement été aussi habitée et l’on n’avait pas vu l’actrice aussi impliquée depuis A single man. Monument d’égoïsme et de fausseté, la comédienne mérite amplement son Prix d’interprétation féminine. Le reste du casting ne démérite pas, à commencer par Evan Bird et Mia Wasikowska. Cette dernière joue la carte de l’ambiguïté à merveille comme elle l’avait fait dans le décevant Stoker. John Cusack (Identity) arrête enfin de cachetonner après une série de navets peu recommandables (The Bag Man, Suspect). Dans la peau du psychologue beaucoup plus intéressé par son image que par le mental de ses patients, il retrouve un rôle à la hauteur de son talent. Enfin, Robert Pattinson interprète le débutant passif qui se laisse entrainer dans ce système pervers où personne n’est épargné.

Maps to the Stars n’est pas qu’un pamphlet dénonciateur d’une industrie où les tromperies permettent d’accéder au trône. Le réalisateur met en avant le côté éphémère de certaines stars qui courent après la gloire et non la reconnaissance à travers leur art. Mais Hollywood représente surtout un cadre parfait pour son scénario oppressant. Il signe avec ce nouveau long métrage un thriller très réussi porté par des acteurs au meilleur de leur forme.

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Une réponse à Critique : Maps to the Stars – Panique à Hollywood

  1. Clement dit :

    Julianne Moore ne fait que confirmer ce dont elle était capable jusque là. Souvent sous estimée, son prix d’interprétation vient récompenser l’ensemble de ses dernières sorties.
    Après on aime ou on aime pas Cronenberg mais son style bouscule un peu les standards. Il n’y avait qu’à voir les cris de dégoûts des spectateurs de l’UGC au fur et à mesure que le film se dénouait c’était assez tordant.
    En tous cas, son nouvel opus dépasse largement celui sur la psychanalyse qui avait personnellement définitivement enterré la pauvre Keira Knightley…

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