Critique : Message from the King – Le Solitaire

Affiche de Message from the King de Fabrice du Welz sur laquelle nous voyons la main du héros entourée d'une chaîne ensanglantée avec au loin devant lui, les bâtiments de Los Angeles. Il s'agit d'un dessin et seul le sang est en couleur.

Après avoir reçu un inquiétant message de sa sœur, Jacob King quitte l’Afrique du Sud pour lui rendre visite à Los Angeles. A son arrivée, il découvre qu’elle est morte dans de terribles circonstances et se lance à la recherche des responsables.

Polar dont le pitch semble totalement dénué d’originalité, Message from the King est un solide film de genre qui marque la première incursion de Fabrice Du Welz à Hollywood. Epaulé par l’excellent Chadwick Boseman, le réalisateur de Calvaire et Colt 45 réussit à créer un personnage mémorable autour duquel le mystère est permanent.

Lorsque Jacob King débarque à Los Angeles, il n’a que 600 dollars en poche et une adresse à laquelle sa sœur ne vit plus depuis longtemps. Alors que le spectateur s’attend à voir le héros plonger dans un engrenage infernal, King fait immédiatement preuve d’un sang froid et d’une concentration qui rappellent Mr Majestyk, l’agriculteur imprévisible interprété par Charles Bronson dans le film culte de Richard Fleischer.

Photo de Chadwick Boseman dans Message from the King de Fabrice du Welz sur laquelle on distingue le visage de Chadwick Boseman à travers une vitre marquée par la pluie. Il semble faire nuit.

Ne révélant rien sur son personnage hormis le fait qu’il a grandi dans les Cape Flats avec son frère et sa sœur, Fabrice Du Welz donne au fil de l’œuvre une véritable aura à son protagoniste. S’il débarque dans la ville poisseuse que William Friedkin décrivait dans Police Fédérale Los Angeles, King ne semble jamais impressionné et encore moins déstabilisé par l’environnement auquel il s’adapte rapidement.

Le héros mène la danse dans chaque conversation et réussit à enquêter à partir du moindre détail. Néanmoins, ses agissements ne sont jamais présentés de façon spectaculaire et le long métrage s’écarte de productions récentes à l’image de John Wick 2. Fabrice Du Welz évite habilement toute surenchère et donne les clés sur King dans une scène finale qui le place aux côtés des icônes du cinéma de genre des années 70.

L’action est peu présente et le rythme ralentit dans la deuxième partie où les protagonistes gagnent en épaisseur, à commencer par Jacob King mais également sa voisine de motel interprétée par Teresa Palmer. Au-delà de sa vengeance, ce sont les flous sur son passé et ses talents qui nous intéressent et que Fabrice Du Welz dévoile au compte-gouttes.

Photo de Chadwick Boseman et Teresa Palmer discutant face-à-face dans un café de Los Angeles dans le film Message from the King de Fabrice du Welz.

Message from The King aborde le vigilante movie de façon plausible sans pour autant perdre en radicalité. Le réalisateur n’a aucun mal à créer une atmosphère pesante et à insuffler de la brutalité à son récit, notamment lorsque Boseman cogne avec une chaîne, arme fétiche du héros qui colle parfaitement à sa personnalité. La violence est expéditive car King ne prend aucun plaisir à en faire usage. C’est cette cohérence entre son caractère et les choix que l’on découvre à l’écran qui font que Message from the King est une série B bien plus efficace que bon nombre de longs métrages récents.

Le pragmatisme de King surprend de bout en bout. A mesure que la conclusion se rapproche, sa ruse se ressent de plus en plus dans la mise en scène, notamment lors des séquences de combat sèches et maîtrisées.

La chaleur et la corruption de Los Angeles rendent le héros vulnérables mais il ne verse jamais dans les discours mièvres sur son passé, la justification de ses capacités ou la dénonciation de ses ennemis à travers des états d’âme faciles. Jacob King se rapproche davantage du Michael Caine de Get Carter que du Liam Neeson de Taken et s’impose sans difficulté comme l’un des personnages les plus badass du cinéma d’action de ces dernières années.

Ce contenu a été publié dans Critiques. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *