Critique : Miséricorde – Gone Girl

Poster de Miséricorde, le premier film des Enquêtes du Départemeny V. Sur l'affiche, nous pouvons voir les deux enquêteurs tournés vers l'objectif en haut d'un tas d'ordures. Le visage d'une femme est visible à l'arrière plan. Il s'agit de la victime d'un kidnapping dans le film.

Miséricorde est le premier volet tiré des Enquêtes du Département V, une série de polars écrits par Jussi Adler-Olsen. Enorme succès au box-office danois, le long métrage bénéficie d’une distribution inhabituelle en France. Disponible en VOD à partir du 27 mars grâce à Wild Side, le film sera suivi par l’arrivée en salles le 8 avril de Profanation, la seconde enquête menée par le département.

Si Miséricorde est un thriller classique, il n’en demeure pas moins une réussite à de nombreux niveaux. On retiendra avant tout la présentation d’un duo aux rapports atypiques. Le traitement de ces deux personnages rappelle parfois celui des inspecteurs de la série The Wire, centrée sur une équipe d’enquêteurs jetée dans la cave pour traiter des affaires obscures. Nikolaj Lie Kaas, héros de la série originale The Killing, incarne un flic torturé sans tomber dans la caricature, préférant les silences et l’absence de toute émotion. Son partenaire interprété par Fares Fares, que l’on a découvert dans Zero Dark Thirty et Easy Money, apporte de la légèreté mais n’est pas le sidekick toujours prêt à balancer une vanne, s’imposant plutôt comme un médiateur réfléchi et patient. La nervosité du premier s’accorde parfaitement au calme du second et l’on prend un véritable plaisir à les voir démêler une affaire classée.

Cette dernière met en avant un troisième personnage essentiel, celui de Merete, une jeune politicienne disparue dont le corps n’a jamais été retrouvé. L’autre qualité du long métrage est de développer deux arcs narratifs qui se rejoignent naturellement. La présentation en profondeur de la victime est un code redondant du thriller (Psychose, Pulsions) mais elle dévoile ici un enjeu dramatique inhabituel qui permet de comprendre les conséquences de la disparition sur l’entourage de Merete. La présence de son frère handicapé incapable de parler accentue le suspense et l’impossibilité de trouver de nouveaux indices.

Photo du film MIséricorde. Les deux enquêteurs du Département V échangent autour de clichés accrochés au mur utiles pour l'enquête.

Le metteur en scène Mikkel Norgaard (Borgen) oppresse son spectateur lorsqu’il dévoile les sévices infligés à Merete par un mystérieux tortionnaire. A l’instar de la saga Millenium, Miséricorde ne tombe jamais dans la violence gratuite mais sait faire mal à son public. La transformation physique de la victime, brillamment incarnée par Sonja Richter (The Homesman), est impressionnante. L’isolement et les persécutions donnent lieu à des séquences répétitives mais nécessaires.

On regrettera des révélations finales peu surprenantes qui forcent les émotions mais le cheminement du scénario est toujours solide et cohérent. Miséricorde pose les bases d’une saga qui proposera sans doute des intrigues plus originales et révèle un duo attachant, s’éloignant des stéréotypes proposés par les buddy movies.

Jamais dans le spectaculaire, Mikkel Norgaard signe un thriller froid exécuté avec précision. Le cinéaste s’offre quelques traits d’humour bien amenés, notamment grâce à la répartie cinglante du héros. On attend néanmoins de Profanation un script plus singulier et une réalisation plus personnelle. On craignait que l’ambition de cette saga soit de profiter de la mode des polars nordiques pour trouver le succès. Le résultat est cependant étonnamment intriguant. Miséricorde remplit largement son cahier des charges et s’ancre dans un réalisme que certains maîtres du genre n’auraient pas renié.

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