Critique : Nos pires voisins – American Beauty

Affiche du film Nos pires voisins de Nicholas Stoller. A gauche, nous voyons le couple incarné par Rose Byrne et Seth Rogen. Ce dernier porte un bébé. A droite se tient Zac Efron. Derrière eux se dresse une clôture et l'on comprend qu'une rivalité va s'installer entre eux.

Poulain de l’écurie Apatow, Nicholas Stoller a signé avec son compère Jason Segel deux des meilleures comédies américaines de ces dernières années, Sans Sarah rien ne va et Cinq ans de réflexion. En 2014, il dévoilait son premier projet avec un autre membre éminent de la bande, Seth Rogen. N’ayant pas beaucoup fait parler d’elle, Nos pires voisins est une œuvre totalement dispensable mais en cohérence avec le travail d’une grande famille de comiques qui sait analyser avec férocité les travers du passage à l’âge adulte.

Comme En cloque mode d’emploi et Cinq ans de réflexion, Nos pires voisins traite de l’acceptation de certaines responsabilités. Si la volonté de surfer sur les mauvais films « concept » dans la lignée de Projet X est déplorable, Nos pires voisins devient intéressant lorsqu’il s’écarte de ce postulat. Profondément vulgaire et donc irrecevable pour la critique française, le long métrage assume entièrement son irrévérence à travers la présentation d’un couple aussi futé que la confrérie débile venant d’aménager dans le quartier. Avec ses tee-shirts Odd Future et sa Snapback, Seth Rogen traine sa mine simplette et tente de s’imposer face à l’étalon Zac Efron. Qui est l’adolescent et qui est l’homme viril ?

Scénariste avec son acolyte Evan Goldberg (Supergrave), Rogen a toujours su entendre ce que le public lui reprochait. Le comédien au rire gras qui jouera le même rôle d’attardé durant les quarante prochaines années joue sans subtilité de l’image qu’il véhicule. Nos pires voisins est le film le plus lourd de Stoller et regorge d’idées qui ne pourront que conforter les cancaniers dans leurs opinions. Le résultat est néanmoins plaisant si l’on fait abstraction des séquences de fiestas où il suffit de secouer la caméra sous de gigantesques néons pour retranscrire la folle ambiance qui règne dans la confrérie. L’affrontement entre les voisins est classique mais laisse place à de jolies surprises, à l’image de la soirée « Robert De Niro ».

Photo de Zac Efron et Dave Franco dans le film Nos pires voisins. Déguisés en Robert De Niro, les deux acteurs font des mimiques du comédien devant une fenêtre.

Depuis C’est la fin, Goldberg et Rogen s’interdisent toute limite et se focalisent sur l’impact des gags, ce qui n’était pas le cas dans Supergrave et Délire Express. Avec L’interview qui tue, Nos pires voisins est l’œuvre la plus représentative de ce changement de trajectoire. A l’inverse d’un Apatow qui flirte de plus en plus avec le drame, Rogen et Goldberg s’aventurent dans l’humour graveleux et favorisent le comique de situation aux conversations étirées qui caractérisaient leurs précédents films. Cela confère au long métrage un rythme inégal et l’on finit par n’attendre que les crasses que les voisins se feront.

Ce que Goldberg et Rogen avaient réussi dans C’est la fin, Stoller n’y parvient qu’à moitié dans Nos pires voisins. A l’aise lorsqu’il s’agit d’exposer tous les enjeux d’une comédie romantique et pour détailler les différents états d’âme que traversent ses personnages, Stoller a plus de difficultés à dynamiser un récit qui ne repose que sur quelques fulgurances potaches. Heureusement, ces dernières fonctionnent toujours et l’on découvre même le potentiel comique d’un Zac Efron à mille lieues du début de sa carrière. Entre lui, Rogen et les excellents seconds rôles (Rose Byrne, Dave Franco), chacun trouve le ton juste. Leur plaisir et leur ironie font la réussite de Nos pires voisins, une parenthèse oubliable mais loin d’être honteuse dans la filmographie d’un cinéaste d’habitude plus inspiré.

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