Critique : Okja – La Petite Boutique des horreurs

Affiche d'Okja de Bong Joon-ho sur laquelle Mija se promène avec son animal devant une lumière qui les rend à peine visibles. Sur le dos d'Okja, on peut distinguer une usine.

Mija vit avec Okja, un cochon géant, depuis l’âge de quatre ans. Alors que son grand-père avait été désigné par la firme américaine Mirando pour élever Okja, Mija a peu à peu pris le relais et s’occupe quotidiennement de l’animal. Lorsque des employés de Mirando débarquent pour emmener Okja au concours du Meilleur cochon organisé à New York, Mija se lance à leur poursuite et embarque pour un voyage chargé de péripéties. De Séoul à New York, la jeune fille fera tout pour retrouver son amie.

Dans l’introduction qui annonce la charge anticapitaliste que représente son film, Bong Joon-ho parodie habilement les infographies des entreprises censées vanter l’importance donnée au développement durable et aux tendances écologiques. Tilda Swinton peine à dissimuler son cynisme et lance en une réplique le ton volontairement caricatural d’Okja.

Les hostilités sont immédiatement ouvertes avant de laisser place à la naïveté d’une première partie centrée sur les liens entre les deux héroïnes. Perchées en haut d’une montagne coréenne, Mija et Okja vivent en harmonie et la puissance de leur lien se ressent en quelques plans. Après l’ouverture outrancière et désenchantée dans l’entrepôt new-yorkais, la candeur prend le dessus. L’ambiance passe d’un extrême à l’autre à la manière d’un conte vu en grande partie à travers les yeux d’une enfant. Cette variation entre les registres permet au long métrage de multiplier les niveaux de lecture et de se rendre accessible à tous les publics.

Photo tirée d'Okja de Bong Joon-ho sur laquelle les deux héroïnes sont toutes deux dans la forêt, en Corée du Sud.

Le mercantilisme lié à l’existence d’Okja revient lorsque Jake Gyllenhaal rend visite à l’animal. Pathétique et véhiculant une grande partie des poncifs du film, son personnage permet au comédien de proposer une performance en roue libre qui provoque un malaise à chacune de ses apparitions.

Le départ d’Okja fait basculer le récit dans une nouvelle dynamique. La course effrénée dans laquelle se lance Mija lui permet de prouver toute sa détermination. Bong Joon-ho fait de la jeune fille une héroïne capable de tout repousser. Son amitié avec le cochon donnait une véritable puissance émotionnelle à Okja dans la première partie. Les épreuves qui les séparent par la suite la renforcent. A chaque regard entre la petite fille et l’animal, Bong Joon-ho nous rappelle quel est l’objectif de cette quête, mais également la finalité qui risque de les séparer définitivement.

C’est ce lien, que le cinéaste n’a aucun mal à faire évoluer, qui rend le message d’Okja encore plus percutant. Mija est le seul protagoniste de l’œuvre à entretenir une relation désintéressée avec l’animal. Leur besoin de se réunir rappelle le parcours de la famille de The Host.

Photo d'Anh Seo-hyeon à la poursuite d'Okja dans les rues de Séoul dans le film Okja de Bong Joon-ho.

Les enjeux plus ou moins surprenants sur la firme Mirando sont dévoilés dans un ultime chapitre où chaque protagoniste va au bout de ses convictions. S’il donne un regard sévère sur certains personnages secondaires, Bong Joon-ho corrige le tir dans le troisième acte, notamment lors d’une émeute superbement filmée et chorégraphiée. Les sévices s’accentuent pour Okja et le récit tombe dans la noirceur absolue avant que l’émotion ne reprenne peu à peu le dessus grâce à la dévotion bouleversante de Mija, interprétée par l’excellente Anh Seo-hyeon.

Capable d’allier grand spectacle et propos engagé avec la même aisance que dans ses précédents longs métrages, Bong Joon-ho nous rappelle avec Okja qu’il est l’un des plus grands réalisateurs de son époque. Le cinéaste dévoile son regard plein de colère sur nos problématiques sociétales dans un film de genre intelligent et universel. Les idées de mise en scène s’y enchaînent sans temps mort, à tel point qu’un deuxième visionnage paraît d’emblée nécessaire pour capter toute la richesse de l’œuvre.

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