Critique : Pas de printemps pour Marnie – A dangerous method

Affiche de Pas de Printemps pour Marnie d'Alfred Hitchcock. De nombreuses écriture sont sur l'affiche mais l'on distingue à droite les visages dessinés de Tippi Hedren et Sean Connery.

Après les succès de Sueurs froides, La mort aux trousses, Psychose et Les Oiseaux, Alfred Hitchcock aborda un registre tout à fait différent avec Pas de printemps pour Marnie. Echec lors de sa sortie en 1964, Marnie s’est affirmé avec le temps comme un chef d’œuvre de tension psychologique dans lequel on retrouve de nombreuses thématiques chères au réalisateur.

Le scénario est atypique et Hitchcock dévoile avec ce film une nouvelle facette du thriller obsessionnel, qui sera brillamment reprise par des cinéastes comme François Truffaut (La sirène du Mississipi) ou Brian de Palma (Obsession). Ici, pas d’intrigue policière ou de menace ambiante mais une immersion tendue dans la tête d’une voleuse compulsive.

Le suspense demeure en grande partie grâce à la relation construite autour de Marnie et Mark Rutland, un riche homme d’affaires qui a pour passion de dresser les félins et qui voit en Marnie un nouveau challenge. Peu à peu, un jeu de manipulation s’installe entre eux, laissant tour à tour place à la séduction et la répulsion mais n’apportant que peu de réponses sur la nature des angoisses de Marnie.

Hitchcock laisse planer le mystère autour de son personnage mais nous donne quelques pistes en filmant ses crises de panique et ses cauchemars avec des effets visuels semblables à ceux de Sueurs froides. Tourné en grande partie en studio où Hitchcock jouissait d’une liberté totale, Marnie comporte une poursuite à cheval mémorable et charnière dans laquelle on retrouve le savoir-faire d’un cinéaste extrêmement doué pour l’illusion. Marnie est traumatisée par la couleur rouge et le tonnerre. Cela déclenche en elle de véritables accès de panique et d’hystérie. Pour les mettre en images, Hitchcock utilise des plans serrés sur le visage des protagonistes, ce qui renforce l’étouffement vécu par Marnie. Les effets de couleur et le mythique travelling contrarié appuient la sensation de vertige que ressent l’héroïne à de multiples reprises. Travaillant pour la dernière fois avec son compositeur fétiche Bernard Herrmann, Hitchcock apporte à son œuvre une brillante composition.

Photo en noir et blanc de Tippi Hedren dans le film Pas de printemps pour Marnie d'Alfred Hitchcock. L'actrice pointe une arme vers le sol avec un regard désespéré.

La mise en scène de Pas de printemps pour Marnie est magistrale et met en avant l’ambiguïté du couple brillamment interprété par Tippi Hedren et Sean Connery. A la fois victime et bourreau, Rutland a du mal à faire le tri entre ses pulsions et sa volonté d’aider Marnie à retrouver la mémoire. En tentant une approche psychanalytique, Rutland se heurte à un mur. Il faut attendre un acte brutal pour découvrir la nature des agissements de Marnie. Dans la première partie de l’œuvre, l’héroïne est présentée comme une femme fatale organisée, autoritaire et n’hésitant pas à se travestir pour arriver à ses fins. Lorsque l’on découvre ses fêlures, on se demande si elle agit consciemment ou si ses actes compulsifs sont le fruit d’un traumatisme enfoui. Malgré un sujet complexe, Hitchcock évite les bavardages faciles et apporte des touches sarcastiques qui contrecarrent les stéréotypes mis en avant par Rutland, notamment à travers l’utilisation de la fameuse réplique « You freud me Jane ».

L’objectif d’Hitchcock n’est pas de faire de la philosophie de comptoir mais de développer un suspense articulé autour de deux personnages qui refusent de se dévoiler. Il faut observer leur environnement pour les connaître. Le cinéaste maîtrise chaque détail et l’on en apprend bien plus sur Rutland par les brèves déclarations de sa famille que par ses propres paroles. Il en est de même pour Marnie, qui ne s’apaise que lorsqu’elle est en présence de son cheval et qui ferait tout pour subvenir aux besoins de sa mère. Avec ce récit sinueux mais toujours cohérent, Hitchcock force le spectateur à tout remettre en question et le fait, comme à son habitude, sortir de sa zone de confort. Si la violence est bien différente de celle des Oiseaux ou Psychose, elle est tout aussi déstabilisante et prouve que le maître a su représenter le mal sous une multitude d’aspects.

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