Critique : Patti Cake$ – Hustle & Flow

Affiche du film Patti Cake$ réalisé par Geremy Jasper. On peut voir l'héroïne s'appuyant contre sa voiture en train de rire avec son meilleur ami Jehri, qui est assis sur le capot.

Patricia Dombrowski a 23 ans et vit dans une petite ville du New Jersey aux côtés de sa mère et sa grand-mère. Douée pour le rap, la jeune Patti Cake$ rêve de marcher dans les pas de son idole O-Z. Patricia peine cependant à prendre véritablement confiance en elle. Heureusement, elle peut compter sur le soutien sans faille de Jehri, son meilleur ami.

Le scénario de Patti Cake$ part d’un postulat extrêmement classique, raison pour laquelle le film est très souvent comparé à 8 mile. Si les points communs avec ses prédécesseurs sont évidents, jamais le long métrage ne provoque l’ennuie ou la lassitude. Au contraire, il réussit à nous surprendre de bout en bout grâce à des personnages passionnés brillamment mis en avant par le réalisateur Geremy Jasper.

La première qualité du film est de ne pas présenter le hip-hop comme un simple tremplin permettant d’accéder à la notoriété. Il n’est pas non plus utilisé uniquement comme le reflet de la condition sociale de l’héroïne. Dans Patti Cake$, le rap est vu comme une discipline à part entière où le processus d’écriture et la production sont aussi importants que le succès qui attend l’artiste en cas de réussite.

Photo de Danielle Macdonald tirée du film Patti Cake$ réalisé par Geremy Jasper. On peut voir Patti rapper sur scène.

Geremy Jasper est passionné par la culture hip-hop, par la construction d’une mesure, par la réalisation d’un morceau mais également par l’imagerie et les fantasmes qui entourent la discipline. A travers les rêves de Patti, le réalisateur nourrit les rêves de gloire de la rappeuse qui vivra plusieurs désillusions lorsqu’elle découvrira les coulisses du milieu.

Cela ne freinera néanmoins pas sa passion. L’énergie dont Patti fait preuve en permanence la rend profondément attachante. Associée à la simplicité de ses rapports avec ses proches, sa détermination prouve que le réalisateur est un véritable connaisseur des valeurs d’une culture à la fois démocratisée et sous-estimée. Les apparitions de Kirk Knight, Skyzoo et Big Body Bes prouvent également son attachement à une branche du rap qui est loin d’être la plus médiatisée.

La conclusion où l’on reste dans les rues du New Jersey et où la légendaire MC Lyte rend hommage à Patti nous rappelle en quelques secondes la force avec laquelle le hip-hop sait répandre son énergie positive.

Photo de Danielle Macdonald et Siddharth Dhananjay tirée du film Patti Cake$ réalisé par Geremy Jasper. On peut voir les deux personnages dans le magasin où Jehri doit tenir la caisse. On assiste ici à un moment de complicité entre les deux amis.

Au-delà de sa manière d’aborder le rap, Patti Cake$ se révèle touchant pour de multiples raisons. Les relations d’amitié qui se nouent ou se renforcent tout au long de l’œuvre donnent lieu à des séquences drôles et parfois très émouvantes. Jamais misérabiliste, le long métrage évite tous les écueils d’un film comme Precious.

Pour autant, le long métrage ne se résume pas non plus au feel good movie vanté par la campagne marketing. Les séquences tournées dans le bar où Patti travaille sont notamment révélatrices de la relation complexe entre l’héroïne et sa mère, une chanteuse ratée qui impose de nombreuses responsabilités à sa fille. Geremy Jasper ne laisse cependant aucune place à l’apitoiement et préfère se focaliser sur la créativité d’une bande d’artistes talentueux.

Révélant une photographie extrêmement soignée et empli de sublimes plans où l’héroïne erre dans sa ville, Patti Cake$ est une œuvre étonnante et totalement maîtrisée. Malgré le manque de surprise du script, on se laisse très facilement emporter dans ce tourbillon d’énergie porté avec brio par Danielle Macdonald, Bridget Everett et la trop rare Cathy Moriarty.

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